Recenser les capacités d’adaptation et de rafraîchissement des plantes
© TensorSpark/Adobe StockL’Ademe, le Cerema et Plante & Cité ont lancé le projet Avec. Il consiste à analyser 2 000 essences pour déterminer les plus adaptées à la plantation en ville face au changement climatique et au besoin croissant de rafraîchissement.
Fin mai, le ministère de la Transition écologique officialisait ses trajectoires de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique : environ +2 °C en 2100 si les accords de Paris sont respectés au niveau planétaire et +4 °C si les politiques mondiales existantes se poursuivent sans mesure additionnelle. Face à cette hausse des températures certaine, les collectivités cherchent à sélectionner des essences végétales à placer en ville qui apportent le plus de fraîcheur possible et adaptées au changement climatique. En clair « planter sans se planter », résume Tariq Yaïche, chef de groupe Transition environnementale au Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema). « C’est important : certaines collectivités s’étaient lancées dans des plans végétalisation et un an plus tard, quasiment toutes les plantations étaient mortes parce qu’inadaptées », ajoute-t-il.
Pour les aider à choisir, le Cerema, l’Ademe et Plante & Cité, une association technique sur la nature en ville, ont lancé fin mai, et pour vingt mois, le projet Adaptation du végétal au climat de demain (Avec). Celui-ci consiste à établir et mettre à disposition de tous une base de données sur la capacité d’adaptation au changement climatique et de rafraîchissement d’arbres et arbustes pouvant être disposés dans les centres urbains de France métropolitaine. Pour cela, trois axes seront travaillés : l’identification et le rassemblement de données fiables sur les caractéristiques du végétal impliquées dans les mécanismes biologiques et physiologiques d’adaptation ; le renseignement des critères recherchés pour le maximum d’essences et enfin l’élaboration d’indicateurs pour alimenter les outils d’aide à la décision et rendre accessibles les données via le système d’information Végébase-Floriscope, libre et gratuit, développé par Plante & Cité.
Une essence, une fiche
« Floriscope est une encyclopédie du végétal où chaque plante dispose d’une fiche avec sa description : gabarit, couleur, floraison, saisonnalité, exposition, caractéristique du sol, etc. L’idée du projet Avec est de produire des informations sur ces deux nouveaux thèmes et donc de construire des indicateurs pour en rendre compte dans notre base de données », détaille Pauline Laïlle, chargée de mission pour Plante & Cité. Acteurs publics et privés pourront ainsi découvrir la capacité d’évapotranspiration ou encore la résistance à la chaleur des plantes recensées.
Grâce à l’interface de programmation d’application (API) de Végébase, ces données pourront être assemblées à d’autres indicateurs dans des outils d’aide à la décision, tels que Sésame porté par le Cerema. « Il y a des besoins en information pour alimenter des outils d’aide à la décision multicritères et s’adapter à toute la diversité des situations rencontrées sur le terrain », expose Pauline Laïlle. « En effet, tout le monde ne recherche pas la même chose. Si l’on évoque une allée plantée, un parc urbain, une place, on étudie différentes caractéristiques et ce qui est vrai à Limoges ne l’est pas à Marseille ou Strasbourg », complète Tarik Yaïche.
Plus d’arbres et de précision
En outre, les porteurs du projet prévoient d’aller plus loin que les bases de données existantes. Déjà, le nombre de plantes recensées est étendu. Contre 80 actuellement dans Arboclimat de l’Ademe, et 500 dans Sésame, Avec vise un périmètre initial de 2 000. « On ne s’attend pas à pouvoir renseigner toutes les données sur toutes les essences, et ce n’est pas non plus ce que l’on “promet“ », nuance Pauline Laïlle.
Ensuite, même lorsqu’il existe quelques variables sur l’adaptation des essences au changement climatique et sur leur capacité de rafraîchissement, leur niveau de précision est insuffisant. « Dans les démarches existantes, les données sont assez éparses et souvent liées à des aspects, des familles ou des lieux particuliers. Il s’agit d’identifier ces sources et de les rassembler pour être un peu plus intégrateur », se projette Tarik Yaïche. « Nous avons des indicateurs qu’il faut affiner et compléter avec d’autres plus précis parce qu’on sait que les contraintes environnementales vont faire jouer certaines caractéristiques physiologiques du végétal, notamment la manière dont la colonne d’eau dans le végétal (les vaisseaux conducteurs qui l’alimentent en sève) se comporte. Ce n’est pas encore bien connu et caractérisé sur toutes les essences qui nous intéressent », précise Pauline Laïlle.
Le premier chantier, ajoute-t-elle, sera donc de « déterminer ce que l’on cherche précisément ». Et, les scientifiques s’attendent à beaucoup de lacunes de données. « C’est pourquoi une feuille de route pour les acquérir et formuler des projets d’observation et d’expérimentation sur le terrain sera également finalisée à l’issue des vingt mois. Nous sommes sur le premier barreau de l’échelle », expose l’ingénieure. Les 2 000 essences étudiées seront les plus « courantes », celles qui sont actuellement proposées par les pépiniéristes et professionnels de fourniture de ces plantations, et les « espèces d’avenir ». Certaines, dédiées au nord de l’Hexagone, seront issues d’un climat méridional. Celles pensées pour le sud proviendront de régions telles que l’Espagne, le Maroc, le Moyen- Orient… Pour l’instant, les chercheurs se concentreront sur la métropole, le climat et les essences des Départements, Régions et Territoires d’Outre-Mer (Drom-tom) étant « trop spécifiques » pour être inclus.