Une augmentation de 85 % d’EnR dans les cinq prochaines années
AIEAvec la crise de l’énergie et la montée des prix des fossiles, les EnR devraient être déployées plus vite que prévu entre 2022 et 2027, selon l’Agence internationale de l’énergie. C’est toutefois insuffisant pour atteindre l’objectif « zéro émission nette ».
La crise de l’énergie accélère fortement le déploiement des énergies renouvelables, selon le rapport Renewables 2022, de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Entre 2022 et 2027, leur capacité devrait augmenter de presque 2 400 GW (l’équivalent de la puissance installée électrique chinoise). C’est une accélération de 85 % par rapport au rythme d’expansion des cinq années précédentes et de 30 % par rapport aux prévisions du rapport précédent Renewables 2021 sur la période 2022-2027. Elle devrait ainsi passer de 3 258 GW fin 2021 à 5 640 GW en 2027. (voir graphique)
Ainsi, les EnR pourraient dépasser le charbon et devenir la première source de production d’électricité d’ici 2025, représentant 38 % dans le mix énergétique mondial en 2027. Cela pourrait, selon les auteurs, « offrir une chance de limiter le réchauffement à 1,5 °C ». Une perspective pourtant difficile voire impossible selon les conclusions du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) et des scientifiques réunis à la COP27 (Voir Énergie Plus 694 et 695).
Des moyens européens insuffisants
En Europe, la guerre en Ukraine marque un « tournant » : les États cherchent désormais à accroître leur sécurité énergétique en plus de l’atteinte de leurs objectifs climatiques. Ainsi, leur capacité d’EnR ajoutée devrait doubler au cours de la période 2022-2027 par rapport aux cinq années précédentes. Selon l’Agence, cet essor est toutefois insuffisant pour respecter les objectifs du plan RePowerEU autant dans le secteur de l’électricité que ceux des transports ou des réseaux de chaleur et de froid.
La Chine, l’Inde et les États-Unis sont également moteurs du développement des EnR. La moitié du déploiement mondial proviendra d’ailleurs de la première. Avec des réformes plus rapides que prévu pour combattre la crise de l’énergie, ces trois États doubleront leur puissance installée et engageront ainsi les deux tiers du développement mondial des EnR entre 2022 et 2027.
Qui plus est, l’Inde et les États-Unis investissent la production de panneaux solaires. Tout au long de la chaîne d’approvisionnement, les parts de marché chinoises pourraient donc s’effriter de 80-95 % à 75-90 % entre 2022 et 2027, celle de la production de plaquettes de silicium en tête.
Le photovoltaïque devant le charbon
Selon l’AIE, durant ces cinq ans, les fossiles vont décliner et les EnR augmenter. Le solaire photovoltaïque à grande échelle et l’éolien terrestre, les moins chères dans la majorité des pays, devraient compter pour 90 % des EnR ajoutées sur cette période. La capacité photovoltaïque devrait presque tripler, et ainsi dépasser celle du charbon en 2027 pour atteindre environ 2 360 GW de puissance installée.
L’éolien devrait lui augmenter de 50 % pour s’établir à 1 532 GW. Cette dynamique devrait participer au développement de l’hydrogène vert. Les biocarburants aussi puisqu’en parallèle, la demande mondiale devrait augmenter de 22 % sur la période.
85 % d’augmentation sur cinq ans, cela reste toutefois insuffisant selon l’Agence. Pour être conforme à l’objectif « zéro émission nette » en 2050, la capacité d’EnR entre 2022 et 2027 devrait croître de 60 % de plus que les prévisions faites dans Renewables 2022. Pour l’élever déjà de 25 % supplémentaire, et déployer près de 3 000 GW de capacité d’EnR entre 2022 et 2027, les États doivent relever des défis politiques, réglementaires (d’autorisations notamment) et de financement au cours des 12 à 24 prochains mois selon l’AIE.
Au niveau global, il faudrait notamment résoudre les problèmes de chaînes d’approvisionnement, étendre les réseaux et déployer plus de ressources de flexibilité pour gérer en toute sécurité des parts plus importantes d’énergies renouvelables variables.