Peindre son toit en blanc, une solution qui séduit de plus en plus ?
EnercoolDepuis son arrivée en France à la fin des années 2010, le « cool roofing », le fait de peindre son toit en blanc, poursuit son développement. L’Ademe n’est toutefois pas convaincue par la pratique.
Julien Bayou, député Europe Écologie les Verts (EELV), croit en cette technique. Dans le cadre du projet de loi sur les énergies renouvelables, il a proposé au vote en décembre dernier un amendement, non retenu au final*, visant à rendre obligatoire le cool roofing pour les bâtiments non résidentiels (entreprises, centres commerciaux, écoles…). Pratiqué aux États-Unis et au Canada depuis une quinzaine d’années, il consiste à « rafraîchir sa toiture » grâce à une peinture réflexive, le plus souvent blanche. L’objectif ? Diminuer la consommation énergétique liée à la climatisation et ses émissions de gaz à effet de serre (GES).
Faire bouclier à la chaleur
« L’idée est d’empêcher la chaleur de rentrer dans le bâtiment. Lorsque les infrarouges du spectre lumineux émis par le soleil atteignent la toiture, une partie de la lumière est renvoyée, l’autre est stockée sous forme de chaleur et rentre dans le bâtiment. Ainsi, le blanc aide à en réfléchir d’avantage et réduit l’absorption de la chaleur », expose Adeline Constant, responsable marketing et communication d’Enercool, une société ligérienne créée en 2020. La peinture développée par Enercool se compose de pigments blancs et d’aérogels de silice. Ces minuscules billes de verre creuses, composées à 99 % d’air, permettent ainsi d’éviter sa transmission à l’intérieur du bâtiment.
« Aujourd’hui, les revêtements des toitures plates sont souvent noirs, leur température peut monter à 60 °C - 70 °C voire 80 °C. Notre peinture permet de la diviser par deux en toiture, et ainsi de diminuer de 3 °C à 6 °C la température en intérieur. Cela réduit de 30 à 50 % l’énergie consommée par la climatisation », expose Adeline Constant. Les concurrents français Solar Paint et Cool Roof ont développé d’autres compositions mais se targuent à peu près des mêmes résultats. Dorénavant, il existe également des peintures pour toitures pentues. Comme elles sont colorées, la réflectivité est moindre : le gain en intérieur se situe aux alentours de 2 à 3 °C.
Un contexte prolifique
Avec la hausse des prix de l’électricité et la canicule estivale, le cool roofing a la fraîcheur en poupe. « En une année, les demandes ont explosé, les factures énergétiques devenaient insupportables pour certains de nos clients, qui sont surtout des industriels. La demande des particuliers aussi a augmenté », relate Adeline Constant. « Depuis cet été, nous avons également de nombreux clients dans le nord de la France, qui, devant l’usage croissant de leur climatisation et les coûts qu’elle implique ont opté pour le cool roofing », ajoute Nadège Bernard, directrice commerciale de Solar Paint. Ainsi, si Solar Paint a peint 90 000 m2 de toiture en 2022, ses projections pour 2023 sont de plus de 210 000 m2.
Depuis juillet 2021, une fiche d’opération standardisée de Certificats d’économie d’énergies (CEE) a d’ailleurs été créée : la BAT-EN-112 intitulée « Revêtements réflectifs en toiture ». Toutefois, elle ne concerne que les bâtiments tertiaires à usage commercial. « Elle ne sera pas élargie aux particuliers parce que leur consommation en climatisation n’est pas assez élevée pour entraîner d’importantes économies d’énergies », expose Corentin Courbot, chargé de mission au Club C2E de l’Association technique énergie environnement (ATEE). Nadège Bernard regrette qu’elle ne soit pas étendue à tous les bâtiments industriels, « qui sont eux aussi concernés par le décret tertiaire et par l’obligation de baisser leurs consommations énergétiques ».
Mais, l’Ademe doute de l’efficacité de la solution. Pour l’agence, elle est « bien trop spécifique pour avoir des gains d’économies substantielles ». En fait, selon elle, cette solution ne réduirait la consommation énergétique que dans des bâtiments avec un important besoin de climatisation, mal isolés, très peu vitrés, en zone climatique « chaude » et encore, pas à tous les coups…
* Faute d’étude d’impact préalable, cette obligation a été transformée en une demande de rapport au gouvernement sur l’opportunité de cette mesure