Industrialiser les rénovations énergétiques, c’est possible !

23 03 2023
Léa Surmaire
EnergieSprong
Les façades de cette résidence de Vaulx-en-Velin ont été rénovées avec la démarche EnergieSprong : des panneaux isolants préfabriqués puis installés sur le mur existant.

Depuis 2016, la méthode EnergieSprong, portée par Greenflex en France, progresse. Elle consiste à recouvrir les bâtiments d’une enveloppe isolante construite sur-mesure en usine.

C’est un pas vers une accélération des rénovations performantes. Depuis 2016, la méthode EnergieSprong a déjà été utilisée pour rénover 2 000 logements et est en cours sur 4 000 autres. Pour permettre des chantiers en site occupé et réduire le temps de pose et le personnel nécessaire sur site, le processus d’isolation a quelque peu été « industrialisé ». Pour les façades, des panneaux sur-mesure intégrant une ossature, une isolation, des films protecteurs et des parements sont fabriqués en usine. Puis, ils sont fixés sur le bâtiment, comme une seconde peau. Une toiture isolante équipée de panneaux solaires mais aussi des installations de chauffage et de refroidissement intelligentes peuvent également être installées. Chaque rénovation est différente. Le client choisit les modules et leurs composants « à la carte ». Elle doit toutefois respecter le niveau Énergie Zéro (E=0) sur trente ans, ce qui signifie que le bâtiment doit produire autant d’énergie (ou plus) qu’il n’en consomme. 

Une massification nécessaire


L’idée provient des Pays-Bas. « Au début des années 2010, les logements étaient alimentés à 90 % au gaz. Le pays a décidé de passer à bien plus d’électricité avec des champs éoliens offshore. Pour diminuer en parallèle les consommations électriques, il fallait une isolation de qualité. Pour cela, un standard a été imposé et le processus a été industrialisé. Cela a permis de massifier les rénovations globales et de diviser les coûts par deux », raconte Sébastien Delpont, directeur du développement conseil de Greenflex ainsi que du programme EnergieSprong France. Depuis, et grâce à des aides de l’Union européenne, le concept s’est exporté : Italie, Royaume Uni, Allemagne, France…

En France, c’est Greenflex qui joue le facilitateur. Les besoins sont là : le rythme des rénovations globales est largement insuffisant, comme le décrivait la Cour des Comptes dans un rapport en 2022. Cette même année, l’Agence nationale de l’habitat (Anah) les évaluait à 50 000 par an, soit quinze fois moins que l’objectif fixé dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en 2050. En effet, à cette date, l’ensemble du parc logements en France devra être au standard « bâtiment basse consommation » (BBC).

Pour inciter les entreprises du bâtiment à se lancer dans la démarche EnergieSprong et à innover, il faut toutefois proposer des appels d’offres assez conséquents. C’est pour cette raison que le facilitateur ne travaille pour l’instant qu’avec des bailleurs sociaux dont certains s’associent pour bénéficier d’économies d’échelles.

1 000 logements rénovés en 18 moisVaulx-en-Velin EnergieSprong

Est Métropole Habitat (EMH) a lancé cette démarche pour rénover les 988 logements des résidences Noirettes et Grand Bois à Vaulx-en- Velin en 2020. C’est pour l’instant la plus importante opération en logement collectif conduite en France, avec 50 % de la réhabilitation « industrialisée ». L’isolation des façades, couplée à des actions plus classiques telles que le remplacement des menuiseries, a permis de passer d’une étiquette de performance énergétique « D » à « B » en 18 mois au lieu de trois ans, selon Céline Reynaud, directrice d’EMH.

Qui plus est, elle a été effectuée avec 50 % de matériaux biosourcés. L’ossature a été créée à partir de bois issus de forêts éco labellisées et les isolants avec des plastiques recyclés. Le coût total, de 26 millions d’euros, a été majoritairement financé par des fonds propres et des prêts. « En moyenne, pour un appartement T3 par exemple, nous avons majoré le loyer de 10 € de plus par mois, mais les charges ont baissé de 30 € », expose Céline Reynaud. Même si le coût est quatre fois plus élevé que pour une isolation plus classique, EMH se réengage dans une opération de 930 logements à Saint-Priest (Rhône) en 2023. Aura HLM, l’association des organismes HLM Auvergne Rhône-Alpes, a d’ailleurs lancé une étude de massifi cation auprès de ses adhérents pour faire baisser les coûts. Près de 30 000 logements ont été identifiés par une vingtaine de bailleurs.

L’innovation en fer de lance

Ce prototype de façade isolante conçue notamment par STO a été présentée lors du premier concours d’innovation EnergieSprong en 2020.
Ce prototype de façade isolante conçue notamment par STO a été présentée lors du premier concours d’innovation EnergieSprong en 2020.

Industrialiser oui, mais tout en s’adaptant au terrain. C’est à Wattrelos (Nord) qu’a été conduite l’opération la plus complète et importante de France. Dans ce projet porté par Vilogia, 160 pavillons individuels ont été équipés de façades isolantes, de toitures isolantes bardées de panneaux photovoltaïques, et de pompes à chaleur air/eau. Les celliers de certains habitants étant parfois encombrés, le fournisseur de pompes à chaleur Daikin leur a installé des locaux extérieurs pour les placer. « EnergieSprong a donné un autre rôle aux industriels. Nous n’effectuons plus seulement la livraison du produit mais sommes également force de proposition pour accompagner au mieux les habitants. Pour réduire encore davantage le niveau sonore des pompes à chaleur, nous planchons actuellement sur un système qui permettrait de les mutualiser en les éloignant, tout en gardant une indépendance pour chaque logement », expose Éric Bokobza, prescripteur marché collectif chez Daikin France.

EnergieSprong appelle également à l’innovation. Dans le cadre du programme « MustBe0 » d’Interreg North-West Europe, neuf bailleurs répartis en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Allemagne travaillent ensemble sur des solutions de rénovation à énergie zéro destinées à des immeubles collectifs. Chacun planche sur un démonstrateur, dans ces quatre pays.

En parallèle, en France, Greenflex a mis en place des concours dans le cadre de programmes de certificats d’économie d’énergies (CEE). Les entreprises candidates sont accompagnées par un maître d’œuvre dans le développement de leur solution et reçoivent une indemnité financière. Certaines technologies seront ensuite mises en œuvre en condition réelle sur des bâtiments de référence. Lors du deuxième et dernier concours en date dont les prototypes ont été présentés fin 2021, 71 entreprises, en majorité des TPE/PME, ont concouru sur trois thèmes : des rénovations destinées aux maisons individuelles, d’autres permettant aux occupants de logements collectifs d’optimiser leur consommation énergétique et enfin l’amélioration de l’isolation des façades des bâtiments éducatifs. Ont notamment été remarquées par le jury une ossature autoportante en acier pensée pour être facilement recyclée ou encore une enveloppe de façade isolante conçue entièrement en paille et bois. 

Transition : un bâtiment sur la bonne pente

02 12 2024
Olivier Mary

L’ensemble immobilier Six Degrés vient d’être livré à Gentilly. Ces 39 000 m² de bureaux reposent sur des solutions de construction bas carbone, d’économie circulaire et de sobriété énergétique.

Lire la suite

Une copropriété passe d'une étiquette C à A

28 11 2024
Caroline Kim-Morange

Une rénovation d’ampleur a permis à une copropriété de Chaumont de passer d’une étiquette de performance énergétique C à A, un résultat rare pour une copropriété. Détails de l’opération.

Lire la suite

De l’IA pour réduire la consommation des bâtiments

28 11 2024
Léa Surmaire

IA Eco-Pilot permet d’automatiser la détection de gisements d’économies d’énergie dans les bâtiments tertiaires. Ce logiciel vise également leur régulation automatique, grâce à leurs données de consommation, la météo ou encore la saturation du réseau électrique.

Lire la suite