Olympi : du numérique et des produits préfabriqués pour favoriser le bas carbone
Pierres & Territoires d’Eure-et-Loir/Abvent 2021À Chartres, afin d’alléger le bilan carbone de la construction d’un ensemble immobilier, une maquette numérique a été utilisée et des produits préfabriqués, dont certains en béton bas carbone, ont été privilégiés.
L’Union sociale pour l’habitat (USH), Procivis et ADNc, sur proposition de Pierres & Territoire, ont lancé en 2022 le chantier d’un démonstrateur à Chartres pour limiter au maximum l’empreinte carbone d’un ensemble immobilier. Pour y parvenir, plusieurs leviers ont été activés, tels que l’utilisation d’éléments préfabriqués et de béton bas carbone, ainsi que le recours à une maquette numérique. Composé de 37 logements d’une surface totale habitable de 2 215 m2, ce démonstrateur est suivi par la Fédération de l’industrie du béton (Fib) et le Centre d’études et de recherches de l’industrie du béton (Cerib). Il devrait être livré fin 2024. Le premier levier a consisté à utiliser une maquette numérique (« BIM ») en guise de dossier de consultation des entreprises (DCE) qui intègre l’ensemble de documents sur le projet transmis aux candidats lors d’un appel d’offres.
Concrètement, son objectif est de faciliter l’appropriation du projet par les très petites, petites et moyennes entreprises (TPE-PME). Avec celle-ci, elles peuvent identifier la localisation et la quantité de produits à mettre en œuvre dès l’appel d’offres pour fiabiliser les coûts de construction. Aussi, elle sert à renforcer la communication entre les artisans sélectionnés en intégrant tous les travaux (architecture, plomberie, électricité etc.) sur une maquette commune. La forme de ce DCE a été créée à partir des attentes de TPE-PME de la Fédération française du bâtiment (FFB) et de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb).
Préfabriquer pour décarboner
Dans un second temps, le BIM a pu être envoyé en usine afin de fabriquer le juste nombre de pièces sur-mesure avant de les acheminer sur le chantier. « C’est comme construire une maison hors site, sauf qu’un ensemble de 37 logements est trop grand », précise Fabio Mastroianni, le pilote du démonstrateur Olympi également assistant à maîtrise d’ouvrage délégué. Cela permet de réduire le coût des travaux et les nuisances sonores pour les riverains. Ainsi, outre les murs réalisés en blocs béton, les prédalles, les prémurs, les escaliers ou encore les appuis de fenêtre et seuils de porte ont été préfabriqués.
Par ailleurs, l’empreinte carbone des matériaux a été limitée « au maximum ». Déjà, « l’entreprise de gros œuvre choisie avait obligation d’utiliser des produits “smart system en béton” », détaille Fabio Mastroianni. Cela signifie qu’ils sont fabriqués en boucles « courtes » et livrés sur les chantiers à moins de 100 kilomètres. Les matières premières doivent notamment être situées dans un rayon inférieur à 50 km des usines.
Ensuite, les gravats des deux maisons existantes auparavant — recyclés en application routière et en granulats pour béton certifiés CE2+ — ont été intégrés dans plusieurs produits, dont les bétons des fondations. De plus, des bétons bas carbone ont été utilisés, comme pour les prédalles de l’intégralité des planchers. Celles-ci sont également constituées d’armatures en acier et de granulats recyclés. Elles présentent une empreinte carbone de 9,87 kg CO2/m², soit deux fois moins élevée qu’un prédalle générique.
« Nous avons fait des simulations sur la base qu’exige la réglementation environnementale 2020 (RE2020), et effectivement, nous avons significativement décarboné l’opération », précise Fabio Mastroianni. En effet, l’étude réalisée par Bastide- Bondoux, a montré que l’indicateur carbone construction pouvait respecter le seuil réglementaire de 781 kg CO2/m² de surface habitable. D’autres indicateurs ont été suivis par le Cerib, dont l’intégration de granulats recyclés et de diverses matières premières secondaires dans les produits en béton.
Un modèle à répliquer
Ces pratiques de numérisation de la construction, d’économie circulaire et de décarbonation sont vouées à être répliquées. Fabio Mastroianni copilote « BIM pour tous », un projet coordonné par l’Association pour le développement du numérique dans le bâtiment (ADN Construction) qui vise à offrir cette méthode en libre accès à destination des maîtrises d’œuvres en France. Actuellement, deux assistants à maîtrise d’ouvrage sont engagés dans la démarche.