Le complexe recyclage des terres excavées du Grand Paris
Les terres issues des chantiers du Grand Paris Express peuvent- elles servir de matériaux sur des chantiers de construction franciliens ? Malgré plusieurs projets de valorisation des terres excavées, les obstacles restent encore nombreux.
En décembre 2021, le journal de Boulogne- Billancourt BBI annonçait la future construction en cœur de ville d’un immeuble de logements sociaux doté d’une façade en terre crue « issue des forages du Grand Paris Express ». Un an plus tard, le chantier est lancé mais « le lot Façade en terre crue a été remporté par Terrio, une entreprise lyonnaise », indique Philibert Déchelette, architecte de l’agence éponyme qui a gagné le concours pour concevoir cet immeuble. Pour utiliser de la terre parisienne, comme le proposait une entreprise concurrente, il fallait réaliser des études de qualification, ce qui augmentait son coût et pouvait rallonger les délais. « Nous exigeons des entreprises de travaux qu’elles caractérisent les terres excavées. Mais c’est une analyse chimique : nature des terres, composition et niveau de pollution. L’étude des paramètres physique reste à faire », explique Thomas Gaudron, responsable des terres excavées et de l’économie circulaire à la Société du Grand Paris.
Cette dernière a élaboré dès 2012 un schéma directeur de gestion des déblais, dans lequel elle s’est donné un objectif de valorisation à hauteur de 70 % de l’ensemble des terres. Sachant que les travaux du Grand Paris Express doivent générer 47 millions de tonnes de déblais d’ici à 2030. Aujourd’hui, la valorisation atteint plutôt près de 52 %. Ce terme, « valorisation », recouvre des réalités très différentes. La valorisation volume représente 96 % du total : la terre est utilisée pour le remblaiement de carrières ou des projets d’aménagement urbain.
La valorisation matière est composée quant à elles du réemploi sur site ou sur d’autres chantiers et du recyclage. C’est dans ce dernier domaine, qui concerne 2,2 % des terres excavées, que l’on trouve la fabrication de nouveaux matériaux de construction. « Ont été produits à ce jour du plâtre, du clinker et des granulats pour béton », détaille Thomas Gaudron. Pas de produits en terre crue, donc. « Chaque filière a ses propres critères techniques. Pour la terre crue, par exemple, il faut des limons de plateaux. Nous ne pouvons pas toujours en fournir », poursuit-il.
Qui plus est, ces éco-matériaux sont souvent coûteux. La solution structure et planchers bois avec façade en terre crue mise en œuvre à Boulogne-Billancourt, par exemple, coûte entre 1 000 et 12 000 euros par m2, selon Philibert Déchelette. Le chantier, toutefois, est beaucoup plus rapide. La façade a été montée en un mois, le chantier devrait durer un an en tout. En outre, le gain environnemental est là : « la terre est un matériau abondant, qui redevient de la terre quand le bâtiment est démoli. Elle ne nécessite aucun adjuvant polluant, ni habillage ni finition. Enfin, le matériau a de bonnes propriétés hygrométriques », souligne l’architecte.
Obstacles à lever
Du côté de la Société du Grand Paris, une équipe dédiée accompagne la gestion (traçabilité, caractérisation…) et la valorisation des terres. Une expérimentation a ainsi été menée avec la coopérative Cycle Terre, située à Sevran. « Le projet était de transformer en briques de terre crue les déblais de creusement de la gare de Sevran-Livry, puis d’utiliser ces briques dans la construction de la nouvelle gare. Malheureusement, le planning de l’excavation des terres et celui de Cycle Terre n’ont pas concordé. Il y a aussi eu des obstacles normatifs et assurantiels. Le projet n’a donc pas abouti tel que prévu », indique Thomas Gaudron. Une autre expérimentation a été menée avec Neo-Eco, à l’échelle du laboratoire. Elle a produit du clinker et du substitut de terre végétale. Toutefois, « peu de filières sont compatibles avec nos cadences. En outre, les plateformes de valorisation des déblais en éco-matériaux ne trouvent pas toujours de débouchés pour leurs productions », reconnaît Thomas Gaudron.