Sobriété énergétique : contraintes matérielles, équité sociale et perspectives institutionnelles

Collectif sous la coordination de Bruno Villalba et Luc Semal, Ed. Quae, 204 pages, 39 euros

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Les ouvrages sur la sobriété sont assez rares pour souligner l’importance de celui-ci. Il regroupe les contributions d’une douzaine de chercheurs de science politique, de sociologie, de marketing et d’anthropologie, à partir d’enquêtes de terrain. En particulier, un travail fait dans la région Hauts-de-France dans le cadre de l’appel à projets “Climat, habitat, urbanisme” a alimenté plusieurs des dix chapitres de ce livre.

Les auteurs partent du constat que nos sociétés “thermo-industrielles” se sont bâties sur l’abondance énergétique. La dépendance est si forte que rien ne concourt vraiment à la remettre en cause, même lorsque les contraintes du changement climatique et des limites en ressources de l’environnement poussent gouvernements, entreprises et citoyens à penser “efficacité énergétique” et “énergies renouvelables”. Le primat des solutions techniques conduit à essayer de faire “mieux”, mais pas forcément “moins”.

Les chercheurs montrent ici sous différents angles comment la notion de sobriété (et ses équivalents : modération, tempérance, frugalité, mesure, suffisance, etc.) est à même d’aider à penser un tout autre modèle. Pour y arriver, insistent-ils, il est nécessaire de reconnaître «la dimension politique d’une notion invitant à négocier collectivement un juste partage des efforts de réduction de consommations». La portée de cette approche est féconde, dès lors que le lecteur accepte de se départir des idées habituelles, spécialement celle de croissance. Il y arrivera en considérant que la finitude écologique est l’un des principaux défis des démocraties modernes. Et que la question n’est pas de savoir si nous avons le choix de la sobriété, mais bien plutôt de comment nous la mettrons collectivement en œuvre quand nous serons obligés de le faire.

Une des approches intéressantes de l’ouvrage est de s’intéresser aux personnes en situation de précarité énergétique et à celles ayant délibérément choisi une vie sobre. Contre toute attente, l’analyse montre qu’il n’y a pas de distinction nette entre sobriété “subie” et “choisie” mais qu’il y a plutôt des cheminements qui se croisent.

Comme en écho à l’actualité des gilets jaunes, les coordinateurs de l’ouvrage interrogent en conclusion du livre : «Assez, c’est combien ?». Au niveau individuel, mais surtout encore plus au niveau collectif, la question doit être concertée, et résolue politiquement, au risque de voir les inégalités se creuser.

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