RSE : minimiser les impacts ne suffit plus

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La RSE s’est développée depuis 1995 “en mode 1.0” selon les mots d’Elisabeth Laville, fondatrice et dirigeante d’Utopies. L’approche est très technique, basée sur des indicateurs qui peuvent faire l’objet d’une analyse des agences de notation. Le cadre est défini par les entreprises mais, au fil du temps, elles ont pu s’appuyer sur des chartes ou normes afin de répondre mieux aux standards les plus reconnus qui englobent tout ou partie des enjeux de la RSE. De manière classique, sur la base d’un audit, les entreprises peuvent alors choisir une série d’actions à mener, assurer un suivi des indicateurs, faire un rapport des progrès au fil des ans, etc.

Des contraintes réglementaires se sont aussi ajoutées : dès 2011, les entreprises cotées en Bourse ont eu l’obligation d’indiquer dans leur rapport annuel une série d’informations relatives aux conséquences sociales et environnementales de leurs activités. L’obligation s’est étendue à de nombreuses entreprises avec les lois Grenelles de 2009 et 2010. En 2015, l’obligation de reporting extra-financier incombe aussi aux acteurs financiers. Transparence, informations vérifiables, certification par un tiers font partie des principes à respecter. Mais sans réels contrôles et sanctions, la démarche repose tout de même sur la bonne volonté des entreprises…

Néanmoins, l’intérêt est croissant depuis 10 ans, notamment sous la pression de l’opinion publique. Ainsi, le cas de Herta est significatif : deux ans après un reportage de l’émission Cash Investigation sur la présence de nitrites dans ses produits, la marque de charcuterie a complètement changé son orientation en proposant des produits végétaux, plus sains aux yeux de nombreux consommateurs, mais après son concurrent Fleury Michon. Et maintenant, le groupe Nestlé va revendre la partie “viande” d’Herta pour ne garder que la partie “végétale”, sous la pression des actionnaires.

Revoir le modèle d’affaires

Les considérations sociales et environnementales peuvent donc amener les entreprises à revoir leur positionnement stratégique. L’arsenal législatif a même durci les obligations en ce sens depuis 2017 : il a renforcé le niveau de la déclaration de performance extra-financière que les entreprises doivent rendre public (art. L225-102-1 du Code de commerce) et demande un plan de vigilance aux très grandes entreprises (art. L225-102-4 du Code de commerce).

La loi pour la croissance et la transformation des entreprises (loi Pacte) va dans le même sens puisqu’elle enjoint les entreprises à définir leur raison d’être au regard de leurs différentes parties prenantes. La loi ouvre d’ailleurs la possibilité de se définir comme “entreprises à mission”, c’est-à-dire d’avoir un but lucratif tout en formulant une mission d’intérêt général.

«Il est clair qu’aujourd’hui, ne rien faire en matière de RSE est inacceptable. Et en faire le minimum, via l’obligation de reporting, ne garantit pas d’éviter des problèmes, estime Sébastien Delpont, directeur associé de Greenflex. En réalité, pour être leader, une entreprise doit désormais aller au-delà de la loi pour anticiper ce qui peut tuer son activité et savoir exactement comment elle va créer de la valeur.» […]

 

LIEN(S) : Vous avez lu des extraits de cette enquête. Lisez-la en entier dans le n°630

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