Réseau de chaleur : Valence passe au vert

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Valence a converti son réseau de chaleur à la biomasse. D’ici 2025, les abonnés seront alimentés à 70 % par du bois énergie provenant des forêts et industries locales.

Depuis 1967, le réseau de chaleur de Valence était alimenté aux énergies fossiles. Comme beaucoup de réseaux existants, il était voué à être converti en réseau alimenté par des énergies renouvelables et de récupération (EnR&R), et c’est chose faite, à l’issue de trois ans de travaux. Dès 2017 en effet, les premières phases de modernisation des installations ont été entreprises sous l’impulsion d’Énergie Verte de Valence, filiale du groupe Coriance, qui exploite le réseau. Toutes les sous-stations qui fonctionnaient en haute pression ont été adaptées à la basse pression, et plus de 2,7x kilomètres de tuyaux dont le diamètre était insuffisant ont été changés.

Une nouvelle chaufferie biomasse a été inaugurée en octobre dernier. Sa production de chaleur alimente les usagers du réseau historique ainsi que ceux qui ont été raccordés au réseau dans le cadre de l’extension de celui-ci en 2019. Une extension nécessaire (+2,5 km de réseau) pour relier le réseau préexistant et le site de la nouvelle chaufferie, un peu plus excentré que celui de l’ancienne, et qui a attiré de nouveaux clients au réseau de chaleur, comme l’hôpital de Valence, un lycée, le palais des sports et des bâtiments de la ville. «Il s’agit d’un programme de développement assez important : le réseau desservait 5 000 équivalent logements à sa création, chiffre porté à environ 7 500 au terme de son extension», précise Christian Mennessier, chef d’agence Coriance. Le projet dans son ensemble représente un investissement de 24,5 millions d’euros, dont 5,6 M€ ont été octroyés par l’Ademe Auvergne-Rhône-Alpes.

À l’heure actuelle, la chaufferie est alimentée à 55 % par des énergies renouvelables (ce qui permet dès lors à ses abonnés de bénéficier d’une TVA à 5,5 %). Fin 2020, le prix moyen de la chaleur devrait baisser de 19  par rapport à la situation de 2018). Elle fonctionne grâce à deux chaudières biomasse de 3,7 et 6 MW fournies par Compte.R, une pompe à chaleur et trois chaudières gaz utilisées en appoint et secours. «À l’arrêt de la turbine à gaz dont le contrat d’achat prend fin en 2024, la part de production à partir d’EnR atteindra 70 %», complète Christian Mennessier.

Pour assurer l’approvisionnement biomasse de la chaufferie, Énergie Verte de Valence a fait attention à diversifier le nombre d’interlocuteurs : «Nous souhaitons avoir des partenaires importants qui vont apporter une part significative des 20 000 tonnes de biomasse par an dont nous avons besoin. Mais nous voulons également pouvoir travailler avec des producteurs plus petits et locaux, qui peuvent proposer des opérations plus ponctuelles », développe le chef d’agence. Le mix de biomasse dédié à la chaufferie est plutôt classique, avec 60 % de plaquettes forestières prélevées dans un rayon de 100 kilomètres, du broyat de classe A, et des connexes de scierie.

Une attention particulière a été portée à la qualité de l’air rejeté par les installations : les meilleures technologies disponibles ont été mobilisées sur les chaudières biomasse. «Nous nous engageons sur un plafond de 8 mg/m3 concernant les rejets de poussières, pour une limite établie à 20 mg/m3 dans la réglementation, détaille Christian Mennessier. De même, nous nous engageons sur des rejets d’oxyde d’azote limités à 200 mg/m3, et la réglementation fixe une limite à 300 mg/m3.» Le chef d’agence souligne que le rendement global de production sera en outre amélioré par le condenseur et la pompe à chaleur qui valorisent l’énergie contenue dans les fumées des chaudières bois et la retourne au réseau.

Globalement, le projet n’a pas rencontré de réticences particulières auprès des riverains. Toutefois, Christian Mennessier pointe un enjeu important pour l’acceptabilité durable du projet de chaufferie : «Nous devons démontrer que l’on peut prélever 20 000 tonnes de bois dans le cadre d’une gestion durable de la forêt, en privilégiant des circuits courts et des entreprises locales.»

 


Trois questions à Yves Lederer, président de Coriance
La situation sanitaire et économique a récemment provoqué un décrochage historique des prix du gaz. Quelles sont les conséquences sur la chaleur renouvelable ?
Yves Lederer : La baisse des prix des énergies fossiles, notamment ceux du gaz, a deux conséquences sur la production de chaleur renouvelable. D’abord, elle freine les créations de réseaux de chaleur dans nombre de collectivités, notamment celles de plus de 10 000 habitants, car les projets sont économiquement moins pertinents. Par ailleurs, dans le cas d’une conversion de réseau de chaleur existant, la compétitivité des prix de la chaleur renouvelable et du gaz est mise en balance par de potentiels clients au raccordement.
La France est en retard sur les objectifs qu’elle s’est fixés pour le développement des réseaux de chaleur, pourquoi ?
Y.L. : Le rythme de développement des réseaux de chaleur est bien en deçà des objectifs inscrits dans les textes. Il s’explique en grande partie d’un point de vue économique. Auparavant, les économies attendues grâce au raccordement à un réseau de chaleur reposaient sur les perspectives d’un prix du gaz qui se maintenait à un niveau élevé, grevé de façon graduelle par une taxe carbone. Avec l’effondrement des prix du gaz d’une part, et l’abandon de la taxe d’autre part, les projections d’économies qui avaient été présentées aux potentiels clients d’un réseau de chaleur ne sont plus du tout de même niveau.
Comment rattraper ce retard ?
Y.L. : Ce retard me parait difficilement rattrapable. En revanche, en augmentant, voire même en doublant les aides apportées par l’Ademe – ce qui est normalement prévu dès 2021*– on peut au moins accélérer le déploiement des réseaux et éviter que le retard ne s’aggrave. Il est regrettable que l’attention portée aux aides à la chaleur renouvelable ne soit pas plus accentuée car celles-ci coûtent moins chères aux pouvoirs publics que celles qui sont octroyées par exemple à la génération d’électricité renouvelable. De plus, quand on parle de doublement du Fonds chaleur, on voit que l’effort n’est pas si considérable que ça, eu égard à l’impact sur la balance commerciale française. En effet, chaque fois qu’on crée un réseau de chaleur alimenté par de la géothermie ou du bois, on mobilise des énergies locales, plutôt que d’importer du gaz.
* Voir les 25 actions lancées par le gouvernement fin 2019, suite aux travaux du groupe de travail “chaleur et froid renouvelables” mis en place par Emmanuelle Wargon.
LIEN(S) : Cet article est paru dans le n°655

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