PPE: un rapport déjà bien critiqué

200

Le timing pourrait prêter à sourire : attendue depuis des mois, le projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie pour 2023 et 2028 a été publié vendredi dernier à 16 h par le ministère de la Transition écologique et solidaire sans tambour ni trompette. Peut-être était-ce pour laisser le temps aux acteurs concernés de découvrir les éléments de cette PPE durant le week-end…

François de Rugy ne sera pas déçu. Bien que le projet du décret lui-même n’a pas été communiqué*, le rapport mis en ligne fait plus de 360 pages et contient tous les axes de la programmation.

Plusieurs aspects contestés

Les représentants des filières professionnelles en ont vite pris connaissance et les premiers à réagir ont été les plus mécontents de la politique qui va être induite par la PPE. On trouve au premier rang les associations environnementales comme le Réseau Action Climat qui voit dans ce texte une «contradiction entre les objectifs et les plans d’actions et moyens alloués».

Le RAC reproche notamment à la PPE de revoir à la baisse les objectifs et mesures de réduction de la consommation d’énergie, ainsi que les moyens de sortir de la dépendance au pétrole. Rénovation des bâtiments existants et évolution des mobilités leur semblent manquer de mesures adaptées.

La fermeture des centrales à charbon prévue d’ici 2022 reste soumise à la suspicion des ONG dès lors que le Gouvernement a laissé la porte ouverte à un fonctionnement prolongé, notamment pour Cordemais en cas de mix partiel avec de la biomasse.

Sur le nucléaire, la PPE acte la fermeture de Fessenheim en 2020 puis de deux autres réacteurs en 2027-2028. Sous conditions (sécurité d’approvisionnement, prix de marché de l’électricité), il est aussi envisagé deux fermetures supplémentaires en 2025-2026. L’objectif global est de fermer 12 réacteurs d’ici 2035 pour limiter la production nucléaire à 50% du mix électrique. Si ces annonces sont un indéniable progrès par rapport au statu quo vécu depuis le vote de la Loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), l’analyse de Wise-Paris (voir PDF ci-dessous) montre que le rythme dessiné par la PPE risque de créer une surcapacité de production électrique (chiffrée à plus de 120 TWh en 2028 par la DGEC). De fait, l’après-2035 n’est pas pensé, hormis qu’une dizaines de réacteurs devront dépasser la cinquième visite décennale. Amener des centrales jusqu’à 60 ans ? La filière nucléaire en rêve. Mais l’ASN juge cela prématuré puisqu’elle n’a même pas donné d’avis pour le passage des 40 ans de la grande majorité des installations !

 

 

Biogaz et éolien en mer profondément déçus

Deux filières professionnelles ont aussi réagi vivement. Celle de l’éolien est certes rassurée sur les objectifs des installations terrestres mais trouvent très insuffisants les 6 GW maximum retenus dans la PPE pour l’éolien en mer. Selon France Énergie Éolienne, cela va «priver notre pays d’une opportunité industrielle, économique, énergétique et environnementale». Sous couvert de compétitivité économique, le Gouvernement tient en effet la bride aux développeurs éolien offshore.

Le même argument est tenu à la filière méthanisation, en lui demandant d’arriver à faire baisser les coûts des projets de biogaz injecté à 67 €/MWh PCS en 2023. Une baisse d’au moins 30% par rapport à aujourd’hui qui sera difficile à assurer en si peu de temps. Sans compter que les objectifs en volume affichés par la PPE conduiraient à 7% de biométhane dans la consommation de gaz, moins que les 10% affichés dans la LTECV et beaucoup moins que les 30% souhaités par la filière. Le recours à des appels d’offres dès 2019 et le maintien du tarif d’achat du biométhane en guichet ouvert uniquement pour des petites installations ne semblent pas non plus adaptés selon les professionnels. De nombreux acteurs biogaziers (Club Biogaz de l’ATEE, Coénove, France Gaz Renouvelable) ont donc signifié leur mécontentement et comptent sur le Gouvernement pour revoir cette version de la PPE.

La consultation, lancée pour trois mois, risque d’être mouvementée…

 

* Le texte du décret ne sera probablement pas publié avant plusieurs semaines ou mois. En effet, le ministère veut d’abord faire passer dans la loi la modification de certains objectifs qui étaient prévus par la Loi de transition énergétique pour la croissance verte (part de 50% de nucléaire en 2035 au lieu de 2025, réduction de consommation d’énergies fossiles plus grande). Cette “petite loi” devrait être intégrée dans la loi Pacte.

ÉNERGIE PLUS détaillera le contenu de la PPE dans un prochain numéro.

 

Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.