PPE : un plan pour 10 ans encore améliorable

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La voici enfin, cette programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui devait simplement décliner la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) de 2015 en objectifs opérationnels pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028. (…) Le projet a été publié le 25 janvier dernier sous la forme d’un rapport de 368 pages, complété par le projet de décret fin février, désormais mis en consultation auprès de différents conseils et comités d’experts sur l’énergie, ainsi que de l’Autorité environnementale et des pays voisins, spécialement l’Allemagne. (…) Le rapport détaille précisément les positionnements souhaités par la DGEC, bras armé du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Économies d’énergies : ambition globale revue à la baisse

Commençant par le début, la PPE examine d’abord les consommations d’énergie pour évaluer leurs évolutions les dix prochaines années. Celles-ci dépendent de plusieurs hypothèses macroéconomiques (population, prix des énergies, croissance économique, valeur ajoutée industrielle, etc.) dans le cadre d’une modélisation sur la base du scénario “avec mesures complémentaires” de la SNBC. Parmi les paramètres, le prix du carbone sur le marché européen est envisagé à la hausse (22,5 €/tCO2 en 2025 et 33,5 €/tCO2 en 2030) et la fiscalité carbone en France garde la trajectoire prévue initialement pour la contribution climat-énergie (86,2 €/tCO2 en 2022 et 225 €/tCO2 en 2030). Le gel de cette dernière hypothèque déjà les résultats, surtout que personne ne sait quand et comment le Gouvernement aura le courage de la remettre en place.

Si la France réduit déjà sa consommation depuis 2010, ce n’est malheureusement pas à un rythme compatible avec l’objectif de la LTECV de -20 % de consommation d’énergie finale en 2030 par rapport à 2012. Prenant acte de ce “raté”, la PPE fixe l’évolution de cette consommation à seulement -6,6 % en 2023 et -14 % en 2028. Les chiffres ne sont clairement pas à la hauteur : ils conduiraient à environ -17 % en 2030, quand l’Union européenne a fixé un nouveau cap de -32,5 % lors de la révision de la directive Efficacité énergétique ! (…)

Absence de la cogénération

(…) En ce qui concerne le gaz naturel, aucune mesure spécifique n’est prévue, seule la maîtrise de l’énergie dans les bâtiments devant conduire mécaniquement à réduire les consommations : 406 TWh en 2023 et 349 TWh en 2028, soit une baisse à terme d’environ 25 % par rapport à la plus forte consommation enregistrée en 2010-2011.

Cette forme de clémence de la PPE vis-à-vis du gaz naturel ne lui empêche pas de tirer un trait sur la cogénération gaz. Elle argue son coût important et décide en conséquence de supprimer tous les dispositifs de soutien à de nouvelles installations, y compris les petites cogénérations qui bénéficiaient d’un arrêté tarifaire depuis fin 2016. Pourtant exemplaire par ces rendements élevés, la cogénération devrait au contraire être une des pierres angulaires de l’efficacité énergétique en France ! L’incompréhension est totale du côté des professionnels qui comptent bien faire valoir ses atouts et notamment le fait que le coût de la tonne de CO2 évitée est bien inférieur à celui de certaines filières renouvelables. (…)

Chaleur renouvelable ambitieuse

Les besoins en chaleur de la France sont estimés dans la PPE à 690 TWh en 2023 et 635 TWh en 2028 (contre 741 TWh en 2016). En plus de l’enjeu de baisse de consommation, il y a celui du verdissement de la production. La déclinaison des objectifs européens oblige en effet à une part de 33 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale de chaleur en 2020 et la LTECV vise 38 % en 2030. On en est loin : en 2016, le taux constaté approche à peine 21 % (soit 154,6 TWh). La PPE revoit les objectifs de chaleur renouvelable légèrement à la baisse mais ils restent très ambitieux : 196 TWh en 2023 et une fourchette 218-247 TWh en 2028. Le rythme de croissance actuel doit donc être multiplié par 1,5. (…)

La biomasse solide participe grandement à l’atteinte d’un plus fort niveau de chaleur renouvelable à représentant à elle seule, dans les projections de la PPE, 145 TWh en 2023 et 157-169 TWh en 2028. La cogénération biomasse n’est pas exclue mais la priorité est donnée à la valorisation de la chaleur. Alors qu’il y a une stagnation du marché des appareils indépendants de chauffage au bois, la PPE mise sur un remplacement plus fort : 9,5 millions de ménages équipés en 2023 et environ 10,5 millions en 2028 alors qu’on n’en compte que 7,5 millions actuellement. L’installation de chaufferies dans le collectif et l’industrie sera soutenue.

Pour les pompes à chaleur, le contexte est plus aisé. (…)

La suite de cet article est à découvrir dans le n°621.


La filière biogaz demande d’importants changements

Le Club Biogaz de l’ATEE montre que les objectifs de la PPE vont faire monter le nombre d’installations de cogénération biogaz mises en service chaque année d’ici 2023 puis ensuite le diviser presque par deux. « L’attrition du marché de la cogénération doit être compensé par l’injection de biométhane pour maintenir et développer l’emploi et pérenniser la filière française », dit le Club. Le développement par appels d’offres du biométhane injecté manque aussi de précision. Au-delà du fait que le recours à ces appels ne garantit en rien l’atteinte des objectifs (l’expérience prouve plutôt le contraire), le Club Biogaz relève de nombreux points à préciser. Quel sera le seuil entre tarif d’achat et appel d’offres ? Celui-ci sera-t-il cohérent avec les lignes directrices de l’UE (1 MWe soit environ 250 m3/h) ? Quels seront les volumes réservés au tarif d’achat ? Si le volume d’un appel d’offres n’est pas atteint, est-il ajouté au suivant ? Les projets déjà en cours, trouveront-ils leur place dans ces appels ? Quelle est l’articulation avec les appels à projets régionaux ? Un acheteur de dernier recours sera-t-il prévu ? L’adaptation au droit européen (directive RED II) sera-t-il assuré, spécialement sur les garanties d’origine ? Bref, sur le biogaz, la copie est largement à compléter…

 

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