Méthanisation agricole : les clés de sa durabilité étudiées

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Pour favoriser un développement pérenne et durable de la méthanisation agricole, un travail de co-construction impliquant l’ensemble des parties prenantes a été réalisé. Définition de la durabilité, enjeux et recommandations pour la filière ont été dressés dans un rapport.

Tout comme le solaire, l’éolien ou encore la géothermie, la méthanisation est un enjeu essentiel de la transition énergétique dans les territoires, en particulier ruraux. Encouragée par les politiques et plans nationaux (Plan national d’action en faveur des énergies renouvelables, Plan énergie méthanisation autonomie azote (EMAA) et Loi de transition énergétique pour la croissance verte), la méthanisation a su ainsi se développer progressivement. En 2018, 700 unités de méthanisation, dont 442 utilisant des ressources agricoles, étaient recensées en France. Un nombre qui pourrait rapidement doubler au vu des projets en cours de validation. 1085 projets de méthanisation ont été enregistrés fin 2019 selon GRDF.

Toutefois, ce développement croissant s’accompagne de quelques problématiques de compatibilité avec la transition agroécologique et de durabilité pour la filière de méthanisation agricole. Afin d’identifier ces conditions de durabilité, WWF France et GRDF ont réuni acteurs de la recherche, institutionnels, filières agricole et biométhane ainsi que le tissu associatif (Club Biogaz de l’ATEE, ACE Méthanisation, Agriculture & Territoires, Citepa, Inrae, France gaz renouvelables, Solagro…). Les échanges et réflexions menés au cours de l’année passée ont abouti à la publication d’un rapport : « Méthanisation agricole, quelles conditions de durabilité de la filière en France ? »

S’adressant aux porteurs de projets, prescripteurs et collectivités, ce rapport met en avant les nouvelles questions de recherche et les besoins identifiés pour favoriser la diffusion des pratiques vertueuses. «La méthanisation agricole étant une technologie jeune et complexe, l’objectif était avant tout de compiler et de rendre accessible un certain nombre d’informations issues de travaux menés ces dernières années. Il est en effet essentiel d’être le plus exemplaire possible et justifier les techniques en fournissant des données validées et expliquées», indique Alice L’Hostis, directrice du Centre technique biogaz méthanisation (CTBM). Une définition de la durabilité de la méthanisation agricole est ainsi proposée. Elle recouvre trois conditions: la mise en œuvre de pratiques agroécologiques à l’échelle de la parcelle et de l’exploitation, l’intégration territoriale et la capacité à passer à l’échelle pour apporter une solution à la hauteur des défis sociétaux globaux. L’intégration à l’échelle territoriale, en impliquant l’ensemble de parties prenantes directes ou indirectes concernées, a par ailleurs été identifiée comme clé dans la réussite des projets.

Enjeux partagés: CIVE et digestat

Le travail piloté par WWF France et GrDF a également cherché à tester la compatibilité de ce cadre de durabilité à deux thèmes classés comme prioritaires par la filière : les cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE) et le retour au sol des digestats. « Ce sont deux sujets qui posent le plus de questions car ils concentrent des enjeux partagés entre les mondes agricole et énergétique », souligne Alice L’Hostis. Selon le rapport, les connaissances scientifiques actuelles mettent en évidence des impacts positifs des CIVE et du retour au sol du digestat sur l’agrosystème, mais « ceux-ci ne sont observables que par la mise en œuvre de conditions techniques spécifiques, pouvant modifier les pratiques actuelles.» Des expérimentations et des travaux de recherche doivent encore se poursuivre pour valider ces enseignements.

Enfin, ce travail de co-construction a également permis de formuler collectivement des recommandations pour accompagner le développement de la méthanisation agricole de manière durable. Ce dernier devrait notamment passer par l’élaboration d’un référentiel commun et cohérent, s’appuyant sur « des critères et des niveaux de performance attendus à la fois sur les pratiques mais aussi sur l’intégration territoriale comme les modalités de concertation ». Les initiatives existantes comme le label Qualimétha®, développé en 2019 par le Club Biogaz, ou la charte « Unis pour innover et progresser » de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF) pourraient faciliter cette élaboration.

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