Matières radioactives : des coûts et leur devenir à (re)définir

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La Cour des comptes demande à ce que les coûts de stockage des déchets nucléaires et le devenir des matières soient mieux définis et explicités.

La Cour des comptes, dans un rapport sur l’aval du cycle du combustible nucléaire publié début juillet, sollicite plus de certitudes quant aux coûts et au devenir des matières du nucléaire. Après avoir demandé à ce que les relations entre amont et aval du cycle soient explicitées de manière transparente au public, au sein de débats, la Cour des comptes s’attarde sur le projet Cigéo et ses implications en quelques points, notamment financiers et logistiques, encore flous à ce jour. Pour la Cour des comptes, bien que dans l’industrie nucléaire les échéances sont lointaines, il est certaines problématiques pour lesquelles il ne faut pas attendre. Quels sont les coûts de reconditionnement et d’entreposage des déchets radioactifs « anciens » ? C’est l’une des questions que se pose le rapport. Ils viendraient s’ajouter aux investissements cumulés sur les principaux sites de stockage et d’entreposage qui pourraient s’élever à 1,4 milliard d’euros entre 2018 et 2030 et augmenter d’1,5 milliard d’euros de 2030 à 2050. Il faut donc absolument programmer ces investissements.

L’estimation des coûts coincée entre les évolutions des techniques et la politique énergétique

La Cour des comptes recommande ainsi de réévaluer le coût de Cigéo. Hors-norme, le montant de ce projet de stockage, fixé en 2016 à 25 milliards d’euros, dépend de nombreuses variables. Les politiques publiques futures comme les décisions d’évolution du périmètre et de la nature des déchets à stocker auront un impact sur le projet. Il faut donc prendre en compte les risques et opportunités du projet de manière plus réaliste que la méthode initiale pour la prochaine révision du coût de Cigéo. Le calcul des coûts pour plusieurs scénarios de politique énergétique est aussi nécessaire. L’objectif du stockage est de limiter le report des charges sur les générations futures. Les propriétaires de substances radioactives doivent aussi travailler à leur classification : matière valorisable ou déchet ? Ce classement évolue : les MOX usés (oxyde d’uranium appauvri et de plutonium) aujourd’hui traités comme des déchets par EDF pourraient être valorisés dans des réacteurs à neutrons rapides ou de prochaine génération. Or, considérés comme des déchets, ils sont pris en compte dans le stockage par Cigéo. Lorsqu’ils seront classés valorisables, la préparation du stockage aura été inutile. À l’inverse, l’uranium de retraitement est aujourd’hui valorisé. Mais d’après la Cour des comptes, sa valorisation sera insuffisante dès 2023 pour en faire diminuer les stocks. Il faudrait donc prévoir d’en enfouir une partie. Tout cela encore une fois pour éviter de les laisser à charge des générations futures. La Cour des comptes demande donc une anticipation de tous ces paramètres et des décisions qui en découlent sur le long terme, tout en étant le plus transparent possible.

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