Marché de capacité : à peine lancé, déjà en évolution

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Lancé il y a deux ans, le marché de capacité a déjà permis plus de 1400 transactions de certificats de capacité. Ce marché doit être pérennisé – d’autant plus que les appels d’offres effacement fonctionnent mal – mais le changement rapide des règles inquiète les acteurs.

En effet, depuis la première enchère fin 2016, neuf enchères ont eu lieu : une en 2016, trois en 2017 et six en 2018. Elles ont permis aux acteurs concernés d’acquérir ou vendre des garanties de capacités pour les années 2017, 2018 et 2019.

Un potentiel dans l’industrie et le tertiaire

Dans ce marché décentralisé, c’est-à-dire avec de multiples acteurs, il y a tout de même un fort pôle d’attraction qui s’appelle… EDF : le groupe achète beaucoup de par sa position de fournisseur encore dominant, et vend beaucoup grâce à l’importance de son parc de production qui représente au moins 80 % de l’apport de garantie de capacités ! Et il a l’obligation d’offrir à la vente 25 % de ses garanties aux enchères.

Outre ce poids de l’ancien monopole, le mécanisme de capacité attire de nombreux acteurs. Tout n’est pas parfait mais le système fonctionne. En plus des actifs de production, il mobilise notamment des consommateurs industriels et tertiaires pouvant moduler leur demande. Car, il ne faut pas l’oublier, le mécanisme est censé privilégier à coût égal l’émergence d’effacements de consommation.

Malgré les différents systèmes existants (mécanisme d’ajustement, appel d’offres effacement, mécanisme Nebef, etc.), le potentiel d’effacement des consommations électriques dans l’industrie et dans le tertiaire n’est pas exploité. Il pourrait atteindre techniquement 6,5 à 9,5 GW, comme le révélait un rapport de l’Ademe il y a un an.

À la recherche de liquidité

Sur le mécanisme de capacité, les échanges de gré à gré sont largement majoritaires, puisque sur les 84 GW d’obligation, seuls 22 GW sont issus des enchères. Cela n’aide pas à la transparence de ce qui se passe réellement sur le marché des garanties de capacité. Et les enchères se retrouvant avec peu de volumes, la liquidité y est faible. Une solution est de recourir à une société de trading qui en apporte. En 2017, ACT Commodities a ainsi permis l’échange de 1000 à 1500 MW. Ce volume pourrait augmenter car les acteurs prennent confiance, et les prochaines évolutions sur les capacités transfrontalières vont drainer de nouveaux acteurs sur le marché.

Changements en vue

En effet, il est déjà prévu de changer les règles du mécanisme de capacité. Un décret est en cours de préparation, largement inspiré du rapport “Évolution des modalités de prise en compte de l’interconnexion au système européen dans le mécanisme de capacité français” publié par RTE en avril 2018. Car un des sujets est de pouvoir intégrer des capacités de pays étrangers dans le dispositif national. D’autres points délicats portent par exemple sur la fixation du prix de règlement des écarts.

Le sentiment est qu’il y a encore des zones d’immaturité dans le mécanisme de capacité, et que ces changements arrivent un peu vite, perturbant la stratégie de sociétés spécialisés dans l’effacement comme Eqinov et Energy Pool.

Si la France peut donc aujourd’hui servir de modèle aux autres pays européens, cela ne se fera pas à terme sans des ajustements à l’échelle de l’Union.

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