Loos-en-Gohelle, laboratoire de transition énergétique

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Située au cœur du bassin minier dans les Hauts-de-France, la ville de 6 500 habitants est identifiée par l’Ademe comme étant un démonstrateur de la conduite du changement vers une ville durable. Loos-en-Gohelle s’est engagée il y a 30 ans dans la transition écologique et énergétique. Un long chemin, cimenté par l’implication des habitants, qui a permis de l’ériger en territoire pilote de développement durable en France, en misant notamment sur le photovoltaïque.

Les traces du passé minier à Loos-en-Gohelle sont encore bien visibles. La ville du Pas-de-Calais s’étend au pied des terrils, parmi les plus hauts d’Europe. La dernière mine a fermé en 1986, laissant sur le carreau des milliers de mineurs et de familles désœuvrés, perdant tous leurs repères. Marcel Caron, alors maire socialiste de la commune, tente de pallier cette crise identitaire en proposant une forte politique d’implication culturelle. Au travers de spectacles, de livres sur l’histoire commune, d’expositions, les habitants se réapproprient leur patrimoine et retrouvent la valeur de leur territoire. Et ces événements ont posé le socle fondateur de la transition écologique de la ville, car la politique de Loos-en-Gohelle n’aurait jamais vu le jour sans l’adhésion et la participation citoyenne. «Il fallait impliquer et responsabiliser les habitants pour parvenir à une transition, et aussi adopter une approche systémique pour tenir compte des contraintes sociales», assure Antoine Raynaud, directeur de cabinet du maire actuel, Jean-François Caron, écologiste convaincu, qui n’est autre que le fils de l’ancien édile.

Charte du cadre de vie

Peu à peu, sous l’impulsion de Marcel Caron, qui souhaite que Loos s’émancipe de son héritage minier, et de son fils, alors conseiller municipal, la ville s’inscrit dans une résilience et une transition vers un autre mode de développement, plus durable. En 1995, le plan d’occupation des sols est révisé, avec l’aide des acteurs économiques locaux et des habitants. En parallèle, la municipalité travaille à une charte du cadre de vie, pour analyser et établir un diagnostic, avec deux volets. Le premier étant social, pour une écoute des attentes de la population et sa participation aux projets. Le second, environnemental, déclinés en sept thèmes : gestion des déplacements, eau, énergie, plan paysager, gestion des déchets, HQE. Après cinq ans de concertation, la charte voit le jour en 2000, précurseur de l’agenda 21. Sa mise en application démarre. Quel que soit le projet, la population est consultée et invitée à participer à son élaboration. Une ceinture verte de 15 km incite à l’éco-mobilité, des ateliers sur la biodiversité sont mis en place, une politique zéro phyto est menée parmi les premières en France, puis la baisse de l’éclairage public, des éco-pâturages, etc.

Le logement est aussi un axe majeur de la politique verte. La cité minière compte une multitude d’habitations qui sont de véritables passoires thermiques. «À l’époque, explique le maire actuel, les mineurs se chauffaient gratuitement au charbon, il y avait beaucoup de déperdition énergétique mais cela n’était pas un problème. Quand les mines ont fermé, des chauffages électriques ont été installés, et les factures se sont envolées.» En 1997 et jusqu’à aujourd’hui, les maisons de mineurs sont peu à peu rénovées sous les critères HQE, avec des factures énergétiques divisées par 10, dans un territoire où plus de la moitié de la population n’est pas imposable. Certaines maisons ont dû être détruites mais il n’était pas question de supprimer tout le bâti existant, autant de symboles du passé qui font encore la fierté des habitants. Au début des années 2000, la ville prend également une mesure inédite et interdit le chauffage électrique pour tout nouveau projet de construction ou de réhabilitation du parc social. Une mesure qui ne peut être traduite dans les textes, mais le maire et ses adjoints insistent fortement sur ce point face aux bailleurs sociaux et aux promoteurs. Et cela fonctionne. Si bien que depuis vingt ans, les chauffages électriques sont rares à Loos-en-Gohelle, remplacés par une bonne isolation, des triples-vitrages et des pompes à chaleur.

Plan solaire citoyen

La ville a aussi décidé de miser sur le photovoltaïque. La première étape consiste à équiper les bâtiments municipaux de panneaux, à commencer par l’église. 200 m2 de panneaux photovoltaïques y sont installés en 2013, devenant ainsi le premier édifice religieux en France à produire de l’électricité, 32 000 kWh/ an, pour l’équivalent de 12 logements. L’électricité revendue rapporte 5 000 euros à la ville (vendue à Enercoop), qui souhaite donc aller encore plus loin. Ainsi, sept autres bâtiments sont désormais équipés en 2019 et 2020, pour 2 380 m2 et une puissance cumulée de 448 kWc pour une production de 440 MWh annuellement, l’équivalent de 176 foyers. L’investissement pour ces huit toitures s’élève à 571 000 euros.

Mais Loos-en-Gohelle dispose d’un budget de fonctionnement annuel modeste : 6 millions d’euros et les investissements sont limités à 3 millions. Pour avoir les moyens de ses ambitions, la municipalité a mis en place un montage financier, porté par la SAS Mine de Soleil créée en 2019, pour une exploitation de 30 ans. Cette SAS regroupe Sunelis, une entreprise de Lille spécialisée dans le photovoltaïque, et la société d’économie mixte Énergies Hauts-de-France, qui a emprunté 80 % de la somme et en a financé 20 %. La ville a investi à hauteur de 17 %. Les 40 000 euros restants ont été financés par 115 citoyens de Loos-en-Gohelle, toujours dans cette démarche d’impliquer le citoyen. «À terme, détaille Jean-François Caron, l’objectif est de couvrir 100 % des besoins en électricité de la ville, dans le cadre des TEPOS.»

LumiWatt, plateforme technologique

Et pour cela, le maire peut s’appuyer sur des outils performants. En 2011, la ville a co-porté la plateforme LumiWatt, avec EDF et le CD2E, le Centre de développement des éco-entreprises dans les Hauts-de-France. LumiWatt, c’est un lieu d’expérimentation technologique des énergies renouvelables unique en Europe, pour promouvoir le solaire dans les zones à ensoleillement modéré. Au pied des terrils, 10 technologies solaires photovoltaïques différentes, cristallines, couches minces et hybrides, y sont testées, comparées, analysées en condition réelle sur une vingtaine d’installations.

L’innovation est donc au cœur du projet de Loos-en-Gohelle. Sans oublier son histoire. Un lieu conjugue parfaitement les deux dans la ville : la base 11/19, un ancien site minier qui abrite désormais le CD2E, centre expert pour l’émergence des éco-technologies, depuis 2002. Le CD2E est devenu un pôle de référence du développement durable, notamment dans la construction. Car la ville y tient. Depuis la fin des années 1990, Loos impose l’éco-construction dans les appels d’offres, du jamais vu. Un tiers de son parc social aujourd’hui sont des logements éco-conçus.

Pour les projets dont elle n’a pas la maîtrise, «comme des supermarchés par exemple, nous incitons aujourd’hui les entrepreneurs à tendre vers cette éco-construction, en proposant de manière constructive des solutions grâce au CD2E notamment», développe Antoine Raynaud, directeur de cabinet du maire.

En 2009, Loos-en-Gohelle lance également le projet Villavenir, un concept innovant avec la construction de six maisons individuelles BBC d’environ 100 m2, initié par la Fédération française du bâtiment et repris par un bailleur social. Avec des structures en bois, toitures végétalisées, chaudières très haute performance à condensation, panneaux solaires thermiques, et récupération des eaux de pluie, entre autres. Dix ans plus tard, le projet s’élargit, Villavenir 2 sort de terre, avec cette fois 10 appartements basse consommation. Le gros projet de ce mandat, durant lequel le maire devrait laisser sa place pour se consacrer aux questions de transition, sera l’éco-quartier Ouest. Un véritable défi pour réhabiliter cette friche minière de 35 hectares et trois cités excentrées de la ville, en 600 logements et en école, gymnase et espace événementiel. Et comme à chaque fois, les habitants sont impliqués depuis 2009 dans cet important projet.

LIEN(S) : Cet article est paru dans le n°654

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