Les premiers pas de Prorefei à la Réunion

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Sur l’île de la Réunion, la première session de formation Prorefei a été organisée fin septembre 2020. Afin d’améliorer la mobilisation pour cette démarche, une communication croisée a été mise en œuvre avec le programme Assure qui incite à la mise en place d’un système de management de la maîtrise de l’énergie.

Former les salariés en charge de la gestion de l’énergie dans l’industrie afin de faire émerger des projets d’optimisation énergétique concrets, rentables et adaptés aux contraintes de chaque entreprise, quels que soient sa spécialisation ou ses moyens. Tel est l’objectif du programme Prorefei, piloté par l’Association technique énergie environnement (ATEE) et s’inscrivant dans le cadre du dispositif des CEE. Depuis son lancement en 2018, plus de 700 référents énergie ont ainsi pu bénéficier de ce parcours de formation sur l’ensemble du territoire français. La métropole en premier lieu, mais également les départements-régions d’Outre-mer avec successivement les Antilles (Guadeloupe et Martinique), la Guyane et désormais la Réunion. Fin septembre 2020, s’est ainsi déroulée la première session de formation Prorefei sur cette île de l’Océan indien.

Mandaté par l’ATEE, l’organisme de formation Isodom s’est chargé de mettre en place ce parcours multimodal qui comprend un mooc de 6 heures, un stage présentiel de 2 jours et un accompagnement individuel en situation de travail sur plusieurs mois. «La première formation était prévue en mars, mais en raison de la crise sanitaire, elle a été annulée et reportée en septembre avec quatre stagiaires. On a toutefois encore du mal à mobiliser les stagiaires sur la partie administrative et obtenir des retours rapides», indique Nancy Badilas d’Isodom. Dans certains cas, il est parfois difficile de dégager du temps pour les salariés, notamment quand il n’y a qu’un seul responsable de la maintenance ou animateur QSE. Une chose est sûre : l’intérêt ne manque pas. Mais avec l’arrêt de certaines bonifications supplémentaires de fiches standardisées CEE pour les Drom, l’engouement pour optimiser son efficacité énergétique est moindre qu’en 2015.

Communication croisée

Pour favoriser cette mobilisation, l’organisme de formation et l’ATEE se sont rapprochés de l’Association pour le développement industriel de la Réunion (Adir) qui porte le programme Assure. «À la Réunion, les industries sont avant tout des TPE/PME, n’ayant pas forcément les ressources pour passer la certification Iso 50001 qui apparaît parfois comme surdimensionnée. Le but d’Assure est d’emmener le plus d’industriels à s’engager dans une telle démarche, et de leur fournir des outils pour réduire leurs consommations énergétiques. Les parties de l’Iso 50001 qui vont amener des résultats rapides sont ainsi particulièrement ciblées», explique Sophie Cordillet, chargée de mission environnement à l’Adir. Ce programme étant complémentaire à celui de Prorefei, une communication croisée a été élaborée, avec notamment l’organisation d’un webinaire commun en juin dernier afin de recruter davantage de professionnels. De plus, l’Adir communique régulièrement dans ses newsletters sur le programme piloté par l’ATEE. Au final, les deux programmes gagnent sur la promotion de ce couple. «Le programme Prorefei augmente le degré de sensibilisation sur la problématique du management de l’énergie. Pour le programme Assure, avoir quelqu’un formé et sensibilisé comme interlocuteur est forcément un gain de temps et d’efficacité pour la mise en place d’actions», précise Sophie Cordillet. Il ne faut toutefois pas que les périmètres de ces deux programmes se superposent trop afin de garder leur spécificité et proposer une palette de solutions aux entreprises. Que ce soit pour Prorefei ou Assure, Isodom et Adir espèrent que les premiers stagiaires formés pourront faire part de leur retour d’expérience et ainsi témoigner de leur pertinence.

Clément Cygler


Témoignage de Laurent Vacossain, responsable industriel Sicabat/Sicabo/Sica Viandes Pays/ Salaison de Bourbon
«Je suis arrivé il y a un an dans le groupe, déjà certifié Iso 50001, en tant que responsable industriel. Mon prédécesseur était le référent énergie, et j’ai également récupéré cette fonction. Même si j’avais déjà une sensibilité aux problématiques sur l’énergie, j’avais vraiment besoin de savoir ce qu’on demandait à un référent énergie. La formation Prorefei m’a plutôt conforté dans mes attentes. Cela m’a permis de parler le même langage et d’utiliser un vocabulaire adapté, tout en approfondissant certains aspects du management de l’énergie. Par exemple, comment mieux gérer sa facture électrique, sur quel type de contrat il valait mieux partir ou quelles actions étaient possibles pour optimiser sa consommation énergétique ? La dernière partie de la formation avec un accompagnant m’aide sur le volet “Diagnostic énergétique” afin de trouver les meilleures solutions d’optimisation possibles. Il faut savoir qu’à la Réunion, un seul opérateur, EDF, est présent ce qui diminue notre pouvoir d’action et de négociation. Mise en place sur les sites du groupe, une gestion technique centralisée (GTC) nous permet de visualiser quasi en temps réel les consommations de différents postes. Cela nous aide à mieux gérer les coûts en fonction des plages horaires du contrat EDF, et à identifier des pistes d’actions d’amélioration de l’efficacité, notamment sur la production de froid qui représente entre 75 et 80 % de notre consommation énergétique totale. Le groupe est ainsi en train de finaliser la mise en place d’un nouvel équipement qui, associé à la récupération d’une partie de la chaleur des machines, devrait nous faire économiser environ 20 % d’énergie.»
Témoignage de Clarisse Aaron, animatrice Qualité sécurité environnement (QSE) chez runeo
«Depuis 2019, une équipe projet est dédié au déploiement du plan de performance énergétique au sein de runéo, filiale de Veolia Eau à la Réunion car nous sommes certifiés Iso50001. Avec Prorefei, nous voulions approfondir nos connaissances et surtout bénéficier de l’expérience et de points de vue externes des autres stagiaires et entreprises présentes. La formation nous a permis de réviser nos bases sur l’énergie, notamment avec le mooc en ligne, et approfondir de nouvelles notions comme le retour sur investissement et l’instrumentation.  Nous étions 3 collaborateurs de runéo  à suivre la même formation. La valeur ajoutée est désormais la possibilité de plus facilement diffuser les messages en interne. A la fin de la formation, chaque stagiaire est accompagné par un formateur-accompagnateur sur une thématique spécifique choisie ensemble, en fonction de nos différents domaines d’expertise et des enjeux identifiés en interne  (plans de comptage, sensibilisation du personnel et montage financier). Pour ma part, je me concentre sur la sensibilisation du personnel. L’accompagnement et l’adhésion des collaborateurs sur le terrain sont des points clés pour ce type de projet. La performance énergétique doit devenir une habitude à l’image de la sécurité par exemple. Cette formation était donc l’occasion de travailler sur le thème de la sensibilisation des collaborateurs et faire évoluer leurs manières de penser, même si je pense d’ailleurs que  la formation en présentielle devrait comporter plus de contenu sur ce thème. Cette nouvelle approche arrive avec de nouveaux outils performants qui peuvent effrayer, mais nos collaborateurs comprennent les enjeux et les attentes de la démarche. D’autant plus que des objectifs chiffrés d’optimisation des performances énergétique et environnementale, avec des indicateurs, ont été fixés par Veolia au niveau national. Pour les atteindre, nous devons pouvoir compter sur l’implication de chacun.»
Programme prolongé, prise en charge abaissée
Pour atteindre son objectif de former 3 000 référents énergie, Prorefei a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2023. Toutefois, les conditions de prise en charge vont évoluer. Depuis son lancement et jusqu’à fin 2021, Prorefei est pris en charge à 100 % pour les entreprises de moins de 300 salariés, à 50 % au-delà. En 2022, le taux de prise en charge diminuera à 80 % pour les entreprises de moins de 300 salariés, et à 40 % au-delà, puis en 2023 à 60 % pour les entreprises de moins de 300 salariés, et à 30 % au-delà.
LIEN(S) : Cet article est paru dans le n°657

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