Les chiffres ont un sens

Dans notre monde, technique et complexe, certaines questions méritent d’être traitées avec la plus grande impartialité, afin d’éviter les jeux de pouvoir qui favorisent un point de vue, parfois contre toute logique scientifique et contre l’intérêt général. La bataille qui vient de s’engager sur le coefficient de conversion énergie primaire/énergie finale en est l’exemple type. Ce coefficient permet d’exprimer la quantité d’énergie primaire nécessaire pour utiliser un kilowattheure d’électricité finale. En France, il a été fixé depuis longtemps à 2,58 en référence au parc de production des années 1960 dont les centrales avaient un rendement de 38 à 40 %. Ce niveau ne reflète pas la réalité physique depuis que le parc est devenu majoritairement nucléaire, au rendement plus faible : le coefficient devrait être en réalité entre 3 et 3,3. En gardant 2,58 toutes ces années, les pouvoirs publics ont politiquement décidé de favoriser l’électricité et spécialement le chauffage par effet Joule qui pose aujourd’hui de graves soucis de pointe de consommation l’hiver.

Actuellement, la DGEC souhaite revoir le coefficient. Mais, au lieu de le porter logiquement à sa valeur actuelle de 2,74 (selon les propres calculs de l’Administration), elle propose de le fixer au niveau attendu pour 2035, soit 2,2. Effectivement, à cette date, le coefficient aura baissé du fait des fermetures de centrales classiques et du déploiement des EnR. Mais pourquoi l’anticiper ? Cela avantagerait indûment l’attrait de l’électricité dans la prochaine réglementation thermique des bâtiments, au risque de voir ressurgir les “grille-pains” comme le dit l’association négaWatt. Cela sortirait aussi artificiellement un million de logements énergivores des classes F et G du DPE : une manière bien surprenante de faire disparaître la précarité énergétique ! Cela serait également contre ce que recommandent les directives européennes. Enfin, cela ne serait pas juste intellectuellement, car les chiffres ont un sens.

Ce mauvais tour de passe-passe doit être refusé. Aujourd’hui, il est donc essentiel de porter ce coefficient de conversion à 2,7 au minimum.

LIEN(S) : Cet Edito est paru dans Energie Plus 625

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