Les capteurs d’Ewattch dressent un pont entre performances énergétique et industrielle

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Ewattch fait entrer l’efficacité énergétique dans les ateliers des PME par la porte de la supervision des performances industrielles. Cette société vosgienne a développé ses propres capteurs connectés et applications logicielles dont ses clients louent la simplicité d’usage. Elle boucle actuellement une levée de fonds de 2 à 3 millions d’euros.

Une plus grande efficacité énergétique dans l’industrie passe indiscutablement par la mise en place de systèmes de mesurage des consommations de gaz et d’électricité. Pour faire entrer ces instrumentations complexes dans les PME, la start-up française Ewattch joue la carte d’une solution polyvalente, capable de superviser en simultané les performances industrielle et énergétique. «Notre expertise en internet des objets (iOT) nous a amené à mettre au point des capteurs multifonctions sans fil qui s’interfacent sur tous types de machines, y compris les plus vétustes.  Ces capteurs alimentent en temps réel nos applications logicielles en données : état du parc machine, temps de cycle, taux de rendement, consommations énergétiques, etc.», éclaire Nicolas Babel, gérant d’Ewattch.

La société, fondée il y a huit ans à Saint-Dié-des-Vosges, s’était initialement positionnée sur le marché du bâtiment, en lien avec les exigences de la règlementation thermique 2012. Faute d’une valeur ajoutée suffisante dans l’efficacité énergétique des logements, elle s’est ouverte au secteur industriel en s’appuyant sur sa double expertise dans les domaines du capteur et des logiciels applicatifs. Avec succès. «Nous figurons parmi les rares acteurs du marché à maîtriser ces deux compétences. Nous concevons nos propres capteurs qui fonctionnent selon le réseau bas débit de longue portée LoRaWAN. Nous proposons en parallèle plusieurs applications de suivi en mode SaaS», poursuit le gérant.

Réseau bas débit LoRaWAN

Les capteurs sont fabriqués par un sous-traitant électronique local Scaita (Haut-Rhin). Les outils numériques sont développés en interne par Ewattch. Ils offrent différents niveaux de suivi, de la simple supervision des données, en passant par des applications d’optimisation industrielle, jusqu’à une connexion à l’ERP de l’entreprise. La technologie vient concurrencer d’importants acteurs du secteur comme NKE ou Adeunis, avec un atout solide, sa simplicité d’installation. La solution a d’ailleurs été saluée en 2019 par le convoité Pass French Tech dans la catégorie “industrie”.

Parmi les premiers clients d’Ewattch figure la société Platex, une PME de 40 personnes spécialisée dans l’injection plastique à Raon-l’Etape (Vosges). Elle a économisé 25 % de sa consommation énergétique en trois ans grâce aux capteurs d’Ewattch. «Nous cherchions la cause d’une surconsommation électrique dont le coût se chiffrait en milliers d’euros. La proximité géographique d’Ewattch nous a conduit à tester sa solution. Des capteurs ont été installés sur des points de raccordement et des équipements énergivores (compresseurs et production d’eau froide). Nous avons identifié la source de cette surconsommation : une chaudière électrique qui ne s’était pas coupée pendant le week-end. À partir de là, nous avons engagé en 2016 un processus global d’économies d’énergies», raconte Pierre-Alain Revert, responsable amélioration continue chez Platex.

Données sur PC, tablette, smartphone

L’entreprise (2 GWh par an d’électricité) a rentabilisé en deux ans l’investissement dans de nouveaux compresseurs. Pas la suite, elle a étendu l’instrumentation à ses 28 presses à injecter. Dans l’atelier, un affichage permet aux opérateurs de contrôler l’état des machines via un code couleur (arrêt, fonctionnement, en chauffe, fonctionnellement anormal) et d’intervenir rapidement en cas de besoin. Actuellement, Platex teste des boîtiers Ewattch capables de transférer leurs informations sur un PC, un smartphone ou une tablette, en attendant leur raccordement, à moyens termes, au logiciel de planification de la production.

L’efficacité énergétique dans l’industrie est désormais encouragée par la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et les appels à projets du Plan de relance. Cette tendance pourrait susciter de nouvelles opportunités pour Ewattch. Alors la jeune pousse accélère. L’entreprise (1 million d’euros de chiffre d’affaires en 2019) boucle en cette fin d’année une levée de fonds de 2 à 3 millions d’euros. «Il s’agit de financer le développement international de notre activité déjà implantée dans le Grand-Est mais aussi en Suisse, en Belgique et au Luxembourg. Nous allons également investir dans le marketing et poursuivre nos travaux de recherche-et-développement avec de nouvelles briques logicielles, des solutions d’analyse vibratoire, etc.», détaille Nicolas Babel.

Sous-traitance automobile

En parallèle, Ewattch entend multiplier les retours d’expérience dans différents secteurs industriels. C’est le sens du partenariat noué avec le sous-traitant automobile Gris Group à Lesménils (Meurthe-et-Moselle). Ce spécialiste des rondelles de fixation et composants mécaniques pour les systèmes de transmission (250 salariés) teste depuis ce mois de novembre les capteurs Ewattch sur cinq machines. «Nous étions accaparés ces dernières années par l’augmentation de nos capacités de production, ce qui laissait peu de marge de manœuvre pour aborder l’efficacité énergétique. La solution développée par Ewattch permettrait à nos conducteurs et régleurs de lignes de passer davantage de temps à affiner le travail des machines plutôt qu’à saisir manuellement des données dans notre ERP», analyse Jean-Yves Dosdat, responsable industriel et logistique de Gris Group. L’usine lorraine qui consomme 250 à 300 MWh d’électricité par mois, apprécie de pouvoir codévelopper la solution avec Ewattch plutôt que de devoir «rentrer aux forceps» dans un programme déjà préétabli.

Toutefois, l’investissement de 1 000 € par capteur et le coût de l’abonnement mensuel aux applications logicielles n’apparaissent pas neutres dans une période économiquement tendue en raison de la crise sanitaire. «Le retour sur investissement d’un outil de supervision industrielle n’est pas simple à établir. En revanche, si nous mettons le doigt sur de potentielles économies d’énergies, cela peut accélérer la prise de décision. Un premier test avec un boitier Ewattch nous a d’ailleurs montré que 25 % de l’énergie utilisée par une presse mécanique était consommé en pure perte pendant les phases de non production», poursuit le responsable industriel et logistique.

L’intégrateur de système de mesurage Kalliope promeut ainsi la simplicité de la technologie de la start-up vosgienne. «Ewattch demeure proche de la simplicité d’usage d’Apple et par conséquent moins gourmande en expertise», analyse son dirigeant, Étienne Barilley. Ce dernier loue le caractère “ouvert” et “abordable” de la solution avec la possibilité d’une intégration “haute” en interfaçant la supervision à un ERP ou “basse”. «L’énergie est un mal nécessaire dans l’industrie, il est somme toute logique qu’elle soit corrélée au fonctionnement des machines», ajoute le dirigeant de Kalliope.

L’intégrateur a déjà installé la technologie d’Ewattch auprès d’une dizaine d’industriels du quart Nord-Est ; de la petite PME à l’entreprise de 650 salariés. Il cite le fabricant alsacien de tuiles Wienerberger dont les fours brûlent du gaz 24/24 h et ne sont arrêtés qu’un mois par ans. Ou encore un fabricant de profils pour l’ameublement Elsa Profil (groupe Alsapan) chez lequel l’optimisation du réglage des lignes de production a généré d’importantes économies.

Sur le site Vetoquinol de Lure (Haute-Saône), les capteurs Ewattch sont couplés à la mise en place d’un système global de mesurage d’indicateurs de performance énergétique.  L’installation de 150 points de comptage permet de solliciter un cofinancement dans le cadre du dispositif des CEE (certificats d’économies d’énergie) «Pour un industriel gros consommateur d’énergies dont les ateliers tournent en trois ou cinq équipes, cela peut faire sens de solliciter la fiche CEE IND-UT-134», conclut Étienne Barilley.

 

LIEN(S) : Cet article est paru dans le n°656

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