Les bâtiments au régime “décarboné”

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Dans la foulée des Accords de Paris, la France a pris des engagements ambitieux, notamment en matière de performance énergétique des bâtiments.

La future réglementation ne sera plus uniquement “thermique”, mais “environnementale”. Dans cette perspective, les pouvoirs publics expérimentent le label E+C- ( “énergie positive et réduction carbone”) depuis 2016, sur la base du volontariat. En effet, la filière devra être en mesure de respecter cette réglementation à des coûts raisonnables.

Sur le plan énergétique, le label E+C- prévoit un bilan Bepos sur 4 niveaux de performance. Les trois premiers reprennent les exigences de la RT2012. Le niveau 4 correspond au Bepos stricto sensu : les bâtiments susceptibles de l’atteindre devront afficher une production nette d’énergie.

Le volet carbone : nouveauté ambitieuse

Toutefois, la véritable innovation (et difficulté pour les thermiciens) du label réside dans son volet carbone. Celui-ci impose le respect d’un plafond d’émissions de gaz à effet de serre (GES) allant plus loin que l’étiquette GES actuelle.

L’évaluation se fera à deux niveaux. D’une part sur les quantités de CO2 émises sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. D’autre part, sur les émissions de CO2 engendrées par la phase construction du bâtiment, en procédant à une analyse du cycle vie (ACV) de ses matériaux de construction et équipements.

Le calcul du poids carbone des bâtiments requiert donc de connaître avec exactitude et de manière exhaustive l’ensemble des matériaux et équipements entrant dans leur constitution.

Ce qui en l’état actuel comporte deux écueils.

Une base de données incomplète

D’abord, il est difficile pour une équipe de maîtrise d’œuvre de réaliser une étude en ACV dès la phase amont. Nathalie Tchang, présidente du bureau d’études Tribu Energie, témoigne : «Un BE aura beaucoup de mal à identifier les matériaux qui seront utilisés in fine et, par conséquent, à obtenir des quantitatifs précis. Les BE travailleront donc avec des valeurs par défaut.»

Deuxième écueil : la base de données Inies (base nationale de référence sur les caractéristiques environnementales et sanitaires pour le bâtiment) n’est pas encore alimentée de manière exhaustive. Pour pallier ce manque de données d’entrée, la DHUP (Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages) a prévu des valeurs par défaut pour alimenter le moteur de calcul. Ces valeurs sont pénalisantes en contenu carbone, afin d’inciter les fabricants de matériaux et d’équipements à fournir les données de leurs produits. Ces lacunes peuvent malheureusement jouer des tours à des projets vertueux…

À l’heure actuelle, il est difficile d’évaluer de manière précise le nombre de projets participant à l’expérimentation du label E+C-. On note néanmoins qu’une centaine de projets représentant plus de 3 000 logements ont été sélectionnés dans le cadre d’un appel à projets lancé par l’Union sociale pour l’habitat.

LIEN(S) : Pour lire cette enquête dans sa totalité, rendez-vous dans le numéro 609 d'Energie Plus

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