Le tic-tac de l’horloge climatique

Christian de Perthuis, Ed. De Boeck Supérieur, 326 pages, 19,50 euros

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Entre deux romans – l’un paru en 2014 et l’autre à paraître prochainement – Christian de Perthuis revient à une forme plus académique. Cet essai lui permet de porter une nouvelle thèse : avec le nouvel objectif de la neutralité carbone, les sociétés vont devoir remettre en cause leurs modèles de croissance. Non, vous n’avez pas rêvé, ce n’est pas le responsable d’une ONG qui dit ça mais bien le professeur d’économie fondateur de la Chaire Économie du climat. L’auteur part des constats qu’il a déjà fait à maintes reprises sur le changement climatique et sur l’usage encore bien trop important des énergies fossiles. Il pointe en particulier la dynamique de l’empilement : le gaz s’ajoute au pétrole, qui s’ajoute au charbon sans jamais que l’un remplace définitivement l’autre. Il estime ainsi que la transition énergétique «doit abandonner la logique de l’empilement en court-circuitant le rythme d’exploitation de la ressource fossile. Et le faire rapidement». En effet, le tic-tac de l’horloge climatique nous rattrape très vite. Comme l’indiquent les travaux du Giec, la quantité de gaz à effet de serre émise dans l’atmosphère (le budget carbone) qui nous fera dépasser les 1,5°C de réchauffement planétaire moyen sera atteinte dans 10 ans, au rythme actuel d’émission.

Christian de Perthuis détaille minutieusement toutes les tendances actuelles de cette transition, entre un début timide de désinvestissement dans les énergies fossiles, un développement prometteur des énergies renouvelables, et le rôle crucial de l’efficacité énergétique et de la sobriété. Il rappelle le poids majeur du stockage de carbone dans les écosystèmes vivants (sol, végétaux, océans, etc.). Entre inertie des dirigeants et désir de justice climatique des plus jeunes, il met judicieusement en avant le besoin de réduire les inégalités économiques. L’occasion pour lui de remontrer l’intérêt d’une taxe carbone redistributive, couplée à un corridor de prix du CO2 au niveau européen et à la taxation progressive de toutes les sources d’émissions de gaz à effet de serre. Au final, arriver à la neutralité carbone revient à abandonner le modèle thermo-industriel en vigueur depuis deux siècles pour aller vers un capitalisme post-carbone. Mais même ce dernier semble limité pour répondre pleinement à l’enjeu. L’auteur interroge donc en conclusion la notion de décroissance choisie. Un terrain difficile pour un économiste dans notre monde de surconsommation ! Christian de Perthuis laisse la porte ouverte à la réflexion et invoque la philosophie de Spinoza invitant à «ne pas nous laisser dominer par nos appétits immédiats». Vous pouvez en revanche laisser libre cours à votre désir de lire ce livre sans souci !

 

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