Le renouvellement des concessions hydroélectriques prend l’eau

© Franck Oddoux/EDF
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La mise en concurrence des concessions hydroélectriques s’invite progressivement dans le débat public. Elle génère de plus en plus de mécontentement… Le 10 avril, 107 députés ont formalisé leur opposition à la Commission européenne qui presse à nouveau la France de faciliter l’exploitation de ses barrages par de nouveaux acteurs, en vain. Ces installations représentent environ 24 GW de capacité et produisent 10 à 12 % de l’électricité française (juste derrière le nucléaire) et 61 % de celle d’origine renouvelable. Les barrages d’EDF renferment aussi les trois quarts des stocks d’eau douce artificiels de France, soit 5 milliards de m3. Ils sont donc considérés par les opposants à leur mise en concurrence comme des ouvrages stratégiques et il est pour eux inconcevable de confier leur gestion à des intérêts privés, potentiellement étrangers. Ce projet suscite de plus en plus d’oppositions, particulièrement chez les salariés d’EDF. Dès l’année dernière, à l’appel de l’intersyndicale CGT-CFDT-CGC-FO, les hydrauliciens ont multiplié les arrêts de travail et ont déployé banderoles et pancartes aux abords de quelques-uns des barrages gérés par l’entreprise, mais aussi devant le Parlement de Strasbourg. Toute la production hydroélectrique du Sud-Ouest a été coupée le 13 mars 2018.

Concrètement, de nombreux acteurs craignent que la présence de plusieurs opérateurs différents sur une même vallée perturbe la production. Les opposants redoutent aussi que la sécurité devienne plus difficile à assurer. Plus d’acteurs sur le marché -et moins expérimentés qu’EDF qui a construit bon nombre de ces barrages- demanderait une administration, une règlementation et une régulation fortes. Or, avec seulement une quinzaine d’ingénieurs qui travaillent pour le Bureau d’étude technique et de contrôle de grands barrages (BETCGB) et des budgets contraints, la puissance publique sera-t-elle en mesure d’assurer le même niveau de sûreté qu’aujourd’hui ? Les détracteurs de la concurrence en doutent. Tout comme de la capacité des futurs concessionnaires à prendre en charge la ressource en eau.

Si l’incertitude sur l’ouverture à la concurrence des barrages perdure, EDF s’y est préparé. Et ses rivaux s’agacent du retard pris. L’Association française indépendante de l’électricité et du gaz, qui défend les intérêts d’entreprises françaises ou de filiales d’opérateurs européens implantée dans l’Hexagone, s’impatiente et dénonce des contrevérités utilisées selon elle par les opposants à la libéralisation du secteur. Elle argumente que le code de l’énergie imposera aux nouveaux concessionnaires de s’acquitter d’une redevance proportionnelle aux recettes résultant des ventes d’électricité. Elle serait alors versée à l’État, aux départements et aux communes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Mais ça ne serait pas pour autant la panacée : à peine 520 M€ de redevances par an selon la Cour des comptes. Très loin des 9 milliards potentiellement générés par la privatisation d’ADP.

LIEN(S) : Vous avez lu une partie de cet article. Plus de détails dans le n°625

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