Le rapport du GIEC alerte sur l’usage des terres

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Le groupe international d’expert sur le climat (GIEC) publie ce matin un nouveau rapport spécial. Encore une fois, il met les habitants de la Terre et tous leurs dirigeants politiques face aux constats scientifiques concernant le changement climatique. Ce rapport traite spécifiquement de la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre (GES) dans les écosystèmes terrestres. Il met néanmoins à portée de décision tout un panorama de solutions.

Globalement, selon Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et coprésidente du Giec, « la surface continentale terrestre est sous pression croissante des activités humaines. Avec le changement climatique, une pression supplémentaire s’exerce. En ce sens, l’activité humaine n’est pas soutenable et il y a besoin de se diriger vers une gestion plus durable des terres. Le rapport insiste sur le fait qu’il faut agir dès maintenant. Le coût de l’inaction est bien plus élevé que le coût de l’action ».

Des chiffres alarmants

Avec la croissance de la population, les êtres humains ont une influence directe sur plus de 70% des surfaces terrestres sans glace. L’agriculture à elle seule capte 70% de la consommation d’eau. Si les pratiques agricoles et forestières ont augmenté et permis de nourrir une large part de la population, elles sont aussi engendré une hausse des émissions de GES, une perte d’écosystèmes naturels et un déclin de la biodiversité.

Les chiffres décrivent l’ampleur de l’impact des modes de vie. À titre d’exemple, depuis 1961, les quantités de viande et d’huiles végétales disponibles par personne ont plus que doublé ; mais 25 à 30% de la nourriture produite est perdue ou jetée ; et plus de 820 millions de personnes sont en manque de nourriture tandis qu’environ deux milliards sont en surpoids ou obèses !

Le changement climatique a de graves effets : la hausse de la température moyenne du globe affecte la productivité agricole et la hausse de l’intensité et de la fréquence des phénomènes extrêmes (vagues de chaleur, pluies intenses, sécheresse, etc.) met en danger la stabilité de l’approvisionnement en nourriture. « Le rapport montre que les surfaces des terres ont vu leur température augmenter deux fois plus vite que la température moyenne globale. De 2007 à 2016, 23% des émissions de GES d’origine anthropique viennent des terres et on peut y ajouter plus de 5% avec les émissions des pratiques alimentaires, précise Jean-François Soussana, agronome, vice-président de l’INRA et auteur principal du chapitre 6 du rapport. Surtout, le rapport montre que dès 2°C de réchauffement climatique planétaire, la stabilité des systèmes agroalimentaires n’est pas assuré, ce qui veut dire que la sécurité alimentaire mondiale est en danger ! Le niveau d’alerte est bien plus important que dans le précédent rapport où on estimait que la limite était à 4°C de réchauffement. »

Fragilité des populations déjà en difficulté

L’avenir apparaît rapidement hypothéqué. D’ailleurs, reconnaît Valérie Masson-Delmotte, « la séance d’approbation du rapport a été très longue car les délégués de chaque pays ont pris le temps de s’approprier les enjeux et on a pu sentir une forme de gravité chez eux ». Selon les niveaux futurs d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, le rapport inclut cinq “trajectoires partagées socio-économiques”, aux conséquences différentes. Une des plus moyennes (SSP2) donne déjà des frissons. : à 2°C de réchauffement planétaire (ce vers quoi on se dirige pour l’instant), la pression sur les zones les plus vulnérables (stress hydrique, sécheresse, dégradation des habitats) toucherait 220 millions de personnes en 2050, avec un fort risque de migration. L’Asie et l’Afrique seraient les plus affectées par les désertifications et des parties de l’Amérique et la région méditerranéenne seraient plus affectées par des incendies. La baisse de qualité des récoltes conduirait aussi par exemple à une hausse de 7,6% du prix des céréales(valeur médiane), réduisant l’accès à la nourriture des plus pauvres.

Choisir une voie plus durable

Le rapport donne une quarantaine de recommandations sur la gestion des terres, sur l’offre et la demande en alimentation et en bioénergie, et sur la gestion des risques. Parmi les solutions proposées, beaucoup sont connues depuis longtemps et demandent désormais des mises en œuvre rapides :

  • lutter contre la déforestation et reboiser ;
  • réduire les pertes et gaspillages alimentaires ;
  • opter pour des modes alimentaires plus durables (moins de viande, plus de végétal) ;
  • modifier les pratiques agricoles pour réduire leurs émissions de GES, voire leur redonner la capacité de capter et stocker du carbone dans les sols et les plantes (agroforesterie, agriculture biologique, rotation des cultures, usages modéré de l’eau, protection des pollinisateurs, etc.) ;
  • développer les bioénergies.

Sur ce dernier point, le rapport avertit sur le risque de concurrence d’usage des terres si les bioénergies étaient pensées à trop grande échelle (notamment par ceux qui imaginent leur couplage avec du captage et de la séquestration souterraine du CO2 après combustion de la biomasse). « Au-delà d’un certain seuil, les bioénergies pénaliseraient elles aussi la sécurité alimentaire et les ressources en eau » insiste Jean-François Soussana.

Enfin, le rapport donne quelques évaluations des émissions de GES de chacune des activités humaines sur les sols. Mais la tenue des inventaires d’émissions est parfois difficile selon les gaz, notamment le méthane même si on sait que l’élevage des bovins et l’extension des rizières sont de toutes manières des sources importantes de CH4. Des évaluations plus complètes seront faites pour le rapport global du GIEC en 2021.

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