Le méthane, l’oublié des politiques climatiques

Après une période de relative stabilité, le taux de méthane dans l’atmosphère est reparti à la hausse depuis une décennie. Selon les chiffres de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), l’augmentation des taux de méthane s’est accélérée ces cinq dernières années, affichant une croissance deux fois plus élevée que sur la période 2007-2013. Si cette évolution récente reste encore peu documentée, les taux recensés pour ce gaz considéré comme plus puissant que le CO2 en matière de réchauffement, risquent d’éliminer les gains escomptés de l’Accord de Paris sur le climat, et ainsi mettre à mal les politiques nationales et internationales prônant la neutralité carbone.

Pourtant, que ce soit dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), la loi Énergie-Climat ou encore la stratégie nationale bas-carbone, aucun objectif de réduction du méthane n’est inscrit. La nécessité de mieux prendre en compte le méthane a été un des chevaux de bataille de Benjamin Dessus qui s’est éteint le 6 octobre dernier. Dans un article publié sur son blog, cet ingénieur, économiste et un des fondateurs de l’association Global Chance indiquait que «la métrique en usage pour la comptabilisation du CH4 conduit à une sous-estimation très notable du cumul des gaz à effet de serre et donc une sous-estimation du réchauffement».

Ainsi, avec une prise en compte plus réaliste du méthane, la contribution de la France au réchauffement climatique en 2100 serait 63 % supérieure à celle envisagée par la SNBC… Cela justifierait un recentrage des politiques publiques contre le changement climatique, ce qui n’est malheureusement pas encore à l’ordre du jour. Mais «le fait de changer sans précaution ce coefficient d’équivalence [NDLR, entre CH4 et CO2] pour pouvoir parler, notamment au niveau des négociations internationales, de tonnes équivalent CO2, modifierait l’équilibre des politiques comparées des différents pays ayant ratifié le protocole de Kyoto et pourrait s’avérer contre-productif», avançait l’Académie des technologies en 2014 dans un rapport. Cinq ans après, rien ne semble avoir évolué… Dommage pour le climat.

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