L’autoconsommation se prépare à changer de dimension

68

L’autoconsommation va-t-elle enfin voir son ciel se dégager ? L’Union européenne semble, en tout cas, vouloir l’encourager. Les nouvelles directives sur l’énergie accordent formellement au citoyen le droit de produire, consommer et vendre son électricité. Tout comme de posséder une batterie et de fournir des services au réseau sans être doublement taxé, au soutirage et à l’injection. Elles simplifient les procédures pour raccorder les petites installations solaires. Elle instaurent aussi l’obligation pour les tarifs d’utilisation des réseaux de ne pas décourager l’autoconsommation. Cette nouvelle législation européenne exonère même de tout frais ou toute charge l’électricité autoconsommée… à condition, premier bémol, que les installations aient une capacité inférieure à 30 kW. C’est la principale limite du nouveau cadre européen : il facilite surtout l’autoconsommation de petite taille.

La France quant à elle a fixé un cadre à l’autoconsommation, même si la situation sur le plan réglementaire n’est pas tout à fait stabilisée. La loi énergie-climat a autorisé les bailleurs sociaux à faire office de “personne morale organisatrice”, c’est-à-dire à porter eux-mêmes leurs projets. Une mesure de simplification dont ne bénéficient pas, par exemple, les collectivités locales. Toujours au niveau français, le décret dit “tertiaire” pourrait aussi contribuer à dégager l’horizon.

Obstacles persistants à l’autoconsommation collective

Sur le terrain, on distingue deux cas de figure. L’autoconsommation individuelle s’est imposée comme une évidence dans le photovoltaïque. Elle concernerait 90 % des demandes de raccordement dans le résidentiel. L’appétence est aussi palpable dans d’autres secteurs, comme en témoigne la société Reservoir Sun. Cofondée fin 2018 par GreenYellow, filiale de Casino, et par Engie, Reservoir Sun développe des projets d’autoconsommation pour les collectivités et les entreprises.

La situation est plus délicate pour les opérations d’autoconsommation collective. Seuls seize projets fonctionnent aujourd’hui en France. Une centaine seraient à l’étude et devraient bénéficier d’un coup de pouce réglementaire : l’extension du périmètre géographique sur lequel ces opérations sont autorisées, conformément aux dispositions introduites cette année par la loi Pacte. Autre obstacle pour l’autoconsommation collective – et non des moindres – elle n’a pas encore de modèle économique. Dans une étude publiée en septembre, le cabinet SIA Partners l’a démontré en modélisant deux opérations. La première concerne une opération d’autoconsommation collective sur un immeuble résidentiel de 30 logements. La seconde, une collectivité locale désireuse d’équiper quatre bâtiments publics. Verdict: pour l’immeuble résidentiel, le temps de retour sur investissement est très long – 24 ans – et le gain pour les habitants quasi-inexistant : seulement 1,4 % d’économie sur les factures d’électricité. Le résultat est pire dans le cas de la collectivité locale, puisque la rentabilité du projet n’est jamais atteinte.

[…]

LIEN(S) : Vous avez lu un tiers de cette enquête, à retrouver dans le n°634

Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.