La transition énergétique a besoin des cogénérations !

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Par quelle magie la cogénération disparaît-elle des radars ministériels lorsqu’il s’agit de construire la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) ? La question se pose aujourd’hui, à la veille de la sortie du texte de la PPE 2018-2023, car les cogénérateurs craignent depuis des mois un abandon pur et simple de leur filière dans le schéma du futur mix énergétique français. Pourtant, ils n’ont pas manqué de faire valoir leurs avantages dans un Cahier d’acteurs publié lors du débat national sur la PPE.

Les pouvoirs publics avaient lancé dans les années 1990 un système de soutien à la production combinée chaleur-force (comme on disait à l’époque) matérialisé en 1997 par des contrats d’obligation d’achat de l’électricité cogénérée. Modifiés plusieurs fois, et parfois supprimés par exemple pour les grandes puissances dès 2001, ces contrats ont eu le mérite de rattraper une partie du retard chronique de développement de cette filière performante, par rapport à nos principaux voisins européens en valorisant les externalités positives de la cogénération et d’assurer son déploiement dans les territoires. Leur disparition totale est en jeu, à moins d’un revirement – souhaitable – de dernière minute.

Toutes les cogénérations sont mises à mal

Pour les cogénérations de plus d’un mégawatt électrique, le sursaut provoqué par la fin du C13 et la courte fenêtre d’obtention du CR18/CR19 a permis la mise en service de près de 300 installations cumulant environ 1000 MWé. Majoritairement nouveaux, ces sites sont très représentés chez les serristes (plus de 400 MWé), dans les chaufferies / réseaux de chaleur urbains (300 MWé) et dans l’industrie (300 MWé). Malheureusement, cette “respiration” compense tout juste le démantèlement des grandes cogénérations industrielles depuis 2012 avec la disparition de plus de 800 MWé.

En outre, la fin progressive des contrats C13 devrait conduire à la fermeture de 290 installations entre 2021 et 2025, faute de rentabilité suffisante sur les marchés de l’énergie et de la garantie de capacité, pour un total de plus de 1000 MWé, soit l’équivalent d’une tranche nucléaire ! La fermeture de la centrale de Fessenheim fait autrement plus de bruit… Quant aux petites et mini-cogénérations, elles pourraient trouver leur place avec un faible coût global pour la collectivité, tout en confortant l’autoconsommation et générant des emplois non délocalisables. Mais si le C16 et le CR16 sont abrogés, elles seront tuées dans l’œuf et cette nouvelle filière ne pourra émerger.

De nombreux atouts à reconnaître

Face à ce constat amer, les acteurs de la filière mettent encore un peu d’espoir dans les dernières discussions avec la DGEC. La nomination du nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, et le délai de finalisation de la PPE prévue pour juin 2019, ouvrent en effet la possibilité d’infléchir la position du ministère. En toute logique, la raison devrait l’emporter quand on liste les atouts et bénéfices pour la collectivité des cogénérations gaz : économie d’énergie primaire de 10 à 35 % par rapport à une production séparée des mêmes quantités d’énergies par les techniques les plus performantes (chaudière gaz haute performance et cycle combiné à gaz) ; pertes sur les réseaux électriques minimisées ; moins d’émissions de CO2 que les grosses centrales électriques fonctionnant au charbon, au fioul ou au gaz.

Une étude d’Artelys publiée mi-2017 a évalué les externalités des cogénérations à l’horizon 2030 et a pu chiffrer globalement l’impact positif sur la collectivité : pour chaque MW électrique supplémentaire de cogénération, on verrait une économie annuelle de 300 tCO2, de 95 000 euros et de 130 tep d’énergie primaire.

Enfin, on peut rappeler que le cadre européen communautaire encourage le développement de la cogénération à haut rendement : nos voisins allemands, sur ce point, sont bien plus en phases avec les directives communautaires que nous… La PPE a tout à gagner à intégrer un objectif ambitieux de cogénérations : le Club Cogénération de l’ATEE l’a déjà chiffré à 10 GWé en 2030.

LIEN(S) : Vous avez lu un extrait de cet article, qui est à trouver en entier dans le n°613 d'Energie Plus!

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