La PPE en consultation

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La ministre de l’Environnement, de l’énergie et de la mer Ségolène Royal a mis en ligne les textes de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ce 1erjuillet 2016. Attendus depuis décembre dernier, ces textes doivent décliner en modalités pratiques pour les 5 années à venir les grandes orientations de la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV).

Trois documents sont mis à la disposition du public et seront examinés comme la loi le prévoit par le Conseil national de la transition énergétique le 13 juillet. Le premier porte sur la demande d’énergie, la sécurité d’approvisionnement, le développement des infrastructures et la flexibilité du système électrique ; le second sur l’offre d’énergie et le troisième sur la mobilité propre. En ce qui concerne le premier, la tendance de consommation d’énergie en France est revue par deux scénarios (haut et bas), mais seul le plus ambitieux permet d’atteindre les objectifs de la LTECV (voir graphe). Il en découle la nécessité de mettre en œuvre de nombreuses mesures : révision des objectifs CEE, prix du carbone, massification des rénovations énergétiques, promotion des contrats de performance énergétique, performance dans l’industrie, etc. Il est également prévu que 5 à 6 GW de capacité d’effacement soient développées d’ici 2023. Sur le stockage, 1 à 2 GW de Step sont souhaités d’ici 2030 et d’autres solutions doivent être promues via des appels d’offres, tout en précisant les tarifications réseau qui leurs seront applicables, ainsi que le type de services systèmes auxquels elles pourraient répondre.

Pas assez de précision sur le nucléaire

Le second document relatif à l’offre d’énergie traite de l’électricité, du gaz, des produits pétroliers, de la chaleur, ainsi que de l’équilibre demande/offre de biomasse. Il précise pour chaque source d’énergie les objectifs quantitatifs de l’État et les actions concrètes à mener en 2016 et 2017. Sont ainsi détaillés les efforts à faire pour le développement des différentes sources d’électricité renouvelables (pour une croissance de la production de 100 TWh actuellement à 150-167 TWh en 2023), et baisser la part du parc thermique fossile (notamment avec la fermeture des installations fonctionnant au charbon et au fioul). La partie politiquement la plus difficile à formaliser a été celle sur le nucléaire dont la part dans la production d’électricité devrait passer de 75 % à 50 % à l’horizon 2025 selon la LTECV. Cela veut dire baisser la production nucléaire entre 10 et 65 TWh d’ici 2023*, alors que la fermeture de Fessenheim (environ 12 TWh/an) serait compensé par la mise en service de l’EPR de Flamanville. La PPE acte le fait que le décret d’abrogation de l’autorisation d’exploiter les deux réacteurs de Fessenheim sera publié cette année… si EDF en fait la demande. La négociation entre le ministère et EDF pour l’indemnisation des réacteurs alsaciens risque de ralentir cette demande. La PPE n’est guère plus précise sur d’éventuelles autres fermetures de centrales nucléaires, pourtant indispensables pour atteindre le 50 %. Le texte conditionne en effet ces arrêts à l’évolution du système électrique en général (consommation, exportations, développement des EnR), au taux d’utilisation de ces centrales et à leur coût, ainsi qu’aux prescriptions à venir de l’ASN. Autant dire qu’avec beaucoup de “si”, on peut tout faire, et son contraire… Côté gaz, la PPE pointe des besoins nouveaux à structurer pour la mobilité et la valorisation du biométhane (6TWh annuels visés), dans le cadre d’une consommation globale pour les bâtiments à la baisse (-16 à -23% en énergie finale). Pour les produits pétroliers, il est indiqué que les capacités de raffinage doivent être préservées (volume), avec un rééquilibrage du gazole vers l’essence. L’incorporation des biocarburants devaient augmenter, avec des taux portés à 3,4 % pour l’essence et 2,3 % pour le gazole en 2023.

Enfin, pour la chaleur, la PPE prévoit une augmentation de 50 % de la production de chaleur renouvelable, via les chaufferies biomasse (en passant de 12 Mtep à 2018 à 13-14 Mtep en 2023), les pompes à chaleur (de 2,2 à 2,8-3,2 Mtep) et la méthanisation (de 0,3 à 0,7-0,9 Mtep). La géothermie profonde (de 0,2 à 0,4-0,55 Mtep) et le solaire thermique (de 0,18 à 0,27-0,4 Mtep) sont également listés. Une ambition forte alors que la France n’est pas tout à fait en phase avec ses objectifs 2020.

* Malheureusement la PPE ne précise pas le scénario d’évolution de la consommation d’électricité en France, ce qui rend peu compréhensible ces chiffres et n’incite pas à la précision sur la quantité exacte de centrales nucléaires à fermer.

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