Fiscalité des carburants : nécessaire pédagogie

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Lancée en catimini par le précédent gouvernement, la contribution climat-énergie (CCE, encore appelée taxe carbone) fait aujourd’hui les frais d’un manque de pédagogie. Le président Emmanuel Macron, le premier ministre Edouard Philippe et ses ministres n’en finissent plus d’essayer d’éteindre l’incendie, face aux plaintes des Français prisonniers de leurs véhicules et de leurs réservoirs toujours plus chers à remplir.

Pourtant, le prix de l’essence était aussi élevé en 2012 qu’aujourd’hui et personne n’était descendu dans la rue comme certains prévoient de le faire le 17 novembre prochain. Pourtant, les parlementaires ont voté en 2017 la hausse progressive de la CCE sans que personne ne s’en émeuve. En fait, comme le rappellent les spécialistes de la Chaire économie du climat dans une récente note, le réveil des automobilistes vient qu’à la taxe carbone lancée sans douleur en 2014 se sont ajoutés une hausse des cours du baril de pétrole et un rattrapage fiscal entre l’essence et le diesel.

Comment redistribuer la fiscalité carbone ?

La question est alors de savoir comment faire passer la pilule nécessaire à la transition vers une économie moins carbonée. Question d’autant plus d’actualité que le projet de loi de finances 2019 prévoit de renforcer la fiscalité écologique. A juste titre d’ailleurs, car ne pas le faire serait renier les engagements de la France pour lutter contre le dérèglement climatique. Mais changer de voiture ou supprimer son chauffage au fioul pour une solution moins polluante n’est pas chose aisée pour tout le monde. Comment, donc, redistribuer une part de cet impôt écologique quand « la taxe carbone a un caractère intrinsèquement anti-redistributif » interrogent Christian de Perthuis et Anouk Faure ?

Ils pointent la possibilité sur le moyen-long terme de maintenir des soutiens pour l’habitat et la mobilité, mais en veillant bien à réorienter une large part de cet argent public vers la lutte contre la précarité énergétique et vers la recherche & développement. A plus court terme, ils recommandent d’améliorer le chèque-énergie (qui est en fait un bon d’achats pour de l’énergie ou des travaux de rénovation) qui devrait  » inclure une composante mobilité et gagnerait à s’intégrer dans un dispositif plus global du type revenu minimum universel ». ce ne serait pas de l’argent jeté par la fenêtre mais bien « des investissements en capital humain, totalement justifiés sous l’angle de l’équité, et indispensables pour gagner l’adhésion des citoyens à la transition bas carbone ». À bon entendeur…

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