Émergence de la sobriété

L’idée de sobriété gagne du terrain… en tout cas, elle commence à être affichée de plus en plus comme une solution incontournable de la transition énergétique. NégaWatt a par exemple sorti récemment un document de synthèse sur la façon dont la sobriété peut s’appliquer à différents secteurs comme le bâtiment (isolation/rénovation), les transports (baisse du nombre de km.voyageur ou km.tonne) et l’industrie (moins de matières utilisées notamment grâce au recyclage et à la réparation). Rien de nouveau pour cette association qui défend depuis longtemps le triptyque sobriété-efficacité-énergies renouvelables.

Plus surprenante est la position désormais prise par eceee (european council for an energy efficient economy). Cette association européenne basée à Stockholm, très connue des économistes de l’énergie, a toujours centré son discours exclusivement sur l’efficacité énergétique. C’est un signe positif que de la voir parler maintenant de sobriété. Elle le fait dans le cadre d’un projet de trois ans dédié à ce que la langue anglaise dénomme “energy sufficiency”. Il est intéressant de constater que cette notion de “suffisance” (ou modération, frugalité, tempérance) amène les spécialistes de l’eceee à évoquer plus fortement les limites de la planète et l’équité dans les systèmes énergétiques. On regardera avec intérêt leurs travaux, comme le récent article sur l’effet rebond : typique des actions d’efficacité énergétique, il pourrait être diminué par des actions de sobriété.

Il est à mon sens essentiel que ce duo efficacité-sobriété soit mieux considéré à la tête des États participant à la Cop 24 en Pologne. L’AIE le prend d’ailleurs de plus en plus en compte dans son analyse prospective de l’énergie dans le monde (voir Énergie Plus n°616). Malheureusement, comme notre Enquête le montre (voir Énergie Plus n°616), les positions hostiles à une réelle transition à la Cop 24 sont légions. Il est à craindre une forme de reculade internationale, alors même que les projets locaux, de citoyens, de collectivités et d’entreprises se multiplient. La transition, ce sera donc par le bas !

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