Électricité : l’hiver s’annonce sous forte surveillance

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Les premiers jours de froid de novembre en France ont eu leur effet sur l’actualité, un jour avant qu’un grand blizzard souffle des Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump. En effet, l’habituel passage de l’hiver du point de vue de la production électrique a pris cette année une tournure plus complexe avec l’arrêt de plusieurs réacteurs nucléaires du parc d’EDF. Le 8 novembre, RTE a pointé les différents paramètres de l’équilibre offre-demande pour les mois à venir et l’équation n’est pas si évidente à résoudre. Pour la première fois depuis longtemps, RTE est obligé d’envisager des mesures exceptionnelles en cas de grand froid.

Premier paramètre : la consommation d’électricité des Français. Stagnante en moyenne sur l’année depuis 2011, elle est estimée à 221,5 TWh entre mi-novembre 2016 et fin mars 2017, sur la base des températures moyennes de saison. Grâce aux mesures d’efficacité énergétique, 2 TWh pourraient être économisés chaque hiver jusqu’en 2020. De plus, les volumes d’effacements sont de 3 TWh (appels d’offres, effacement des fournisseurs, tarifs EJP et Temp). Mais le problème électrique national est dû au chauffage par convection qui conduit à des pointes importantes de consommation, proportionnellement à la température. La France est ainsi le pays le plus thermo-sensible d’Europe, avec 2,4 GW de capacités supplémentaires nécessaires pour chaque degré Celsius en moins sur le thermomètre. Selon les différents scénarios de Météo-France, la puissance appelée lors des pointes de consommation peut varier entre 81 GW (conditions normales), 97 GW (vague de froid décennal) et 109 GW (vague de froid extrême). Pour rappel, la pointe a été de 102,1 GW en février 2012 alors qu’elle n’a été que de 88,6 GW l’hiver dernier.

Deuxième paramètre : la production d’électricité. C’est là que le bât blesse cette année. Si les énergies renouvelables ont augmenté leur capacité (+0,6 GW), si celles des centrales thermiques baissent un peu moins que prévu (-1,2 GW), le parc nucléaire voient 10 GW être rendus indisponibles ! Un chiffre hors-norme dû à l’arrêt de 4 à 13 réacteurs nucléaires pendant l’hiver pour des prolongations de maintenance et des obligations de contrôles de l’ASN. Ce niveau d’indisponibilité est une première depuis 10 ans, et conduit globalement à disposer en moyenne sur l’hiver de 11,3 GW de production en moins que l’hiver dernier (avec un maximum à presque 14 GW fin décembre).

Troisième paramètre : les interconnexions. Elles ont été renforcées avec la nouvelle ligne France-Espagne ou une meilleure coordination avec l’Italie, portant le potentiel technique à 12,2 GW. Mais les imports réels, selon les besoins en France, dépendront aussi des capacités des pays frontaliers à fournir de l’électricité selon leurs propres contraintes. Quand il fait froid dans l’Hexagone, il fait aussi froid chez nos voisins et les soucis techniques ne concernent pas qu’EDF (par exemple en Belgique avec des arrêts également de centrales nucléaires). RTE estime tout de même qu’entre 7 et 11 GW seraient mobilisables aux interconnexions.

Le bilan est très clair. En cas de températures normales, l’hiver se passera sans encombre (ce qui montre au passage qu’on peut se passer d’une bonne partie du parc nucléaire). Par contre, pour des températures de 3 à 6°C en dessous des normales de saison, et toutes choses égales par ailleurs, RTE devra gérer des situations tendues et faire appels à des mesures exceptionnelles. En premier lieu, il fera appel à 21 industriels volontaires (sélectionnés dans le cadre d’un appel d’offres) qui ont la possibilité d’effacer 1500 MW de leur consommation en cinq secondes. Ensuite, il sollicitera les citoyens pour des éco-gestes (baisser la température de consigne du chauffage, éteindre les appareils en veille, reporter certains usages domestiques, etc.) via une application Alerte Eco2mix qui sera lancée le 5 décembre. Après il passera à des actions plus fortes comme une baisse de tension de 5 % opérée par les gestionnaires des réseaux de distribution : en baissant le rendement des équipements électriques, celle-ci créerait une baisse de l’appel de puissance de 4 GW. Enfin, en dernier recours, RTE devra procéder à des délestages « programmés, momentanés (maximum 2 heures) et tournant » dans certaines zones géographiques. Selon RTE, 5 % des scénarios étudiés pour cet hiver présentent une marge nulle pour assurer l’équilibre offre-demande et pourraient conduire à ces mesures extrêmes avec coupures de courant. Une expérience inédite pour la majorité des Français !

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