Des politiques climatiques ambitieuses permettraient d’éviter 700 000 décès prématurés en réduisant la pollution atmosphérique

Édito : Modérer efficacement nos besoins

Un groupe de chercheurs, principalement regroupés au sein de l’International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA), a publié début juin les résultats de son travail dans la revue Nature (1). Il s’agit d’un scénario mondial de faible consommation d’énergie permettant de diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C. L’originalité de l’approche, par rapport aux scénarios habituellement produits, est de considérer que malgré une population et une économie croissantes, le recours aux meilleures solutions de baisse de la demande permet d’économiser 40 % d’énergie finale en 2050 par rapport à 2020.

Pour arriver à ce résultat, les auteurs ont divisé le monde entre Nord et Sud, et focalisé leur attention sur quatre usages finaux et cinq secteurs (2). Hormis l’industrie dont l’activité est revue à la baisse, tous les autres sont en hausse à cause de l’augmentation de la population et un certain rattrapage du Sud par rapport au Nord. Mais l’étude inclut une forte baisse de l’intensité énergétique, par exemple pour le confort thermique (-75 % dans le Nord) ou encore la mobilité (-70 %). Surtout, elle pointe une évolution dans la façon dont les services sont apportés : davantage de fret ferroviaire, stabilisation du nombre de mètres carrés par habitant, baisse de 15 % des besoins dans l’industrie (acier, aluminium, ciment, papier, etc.). Sans la nommer, cette étude met donc bien en avant une démarche de sobriété, en plus d’une meilleure efficacité énergétique des systèmes.

Comme d’autres scénarios (voir Énergie Plus n°600), celui-ci repose en termes de production d’énergie sur une forte électrification – portée majoritairement par des sources renouvelables – , sur une très forte réduction des énergies fossiles, et sur un maintien de la part relative de la biomasse. Autre point essentiel de ce scénario : il ne fait appel à aucune technologie de capture/stockage du CO2 ou autres technologies de géo-ingénierie pour réduire les émissions de GES. Enfin, il estime que les investissements à faire pour respecter cette logique sobriété/efficacité seraient deux à trois fois moindres que ceux des autres scénarios envisageant une hausse de la consommation. Modération, quand tu nous tiens…

(1) “A low energy demand scenario for meeting the 1.5 °C target and sustainable development goals without negative emission technologies”, accès payant sur www.nature.com/articles/s41560-018-0172-6
(2) Usages : Confort thermique, produits de consommations, mobilité et une réserve de sécurité. Secteurs : bâtiments publics et commerciaux, industrie, transport de fret, transport international aérien et maritime.

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