Édito : Macron-Hulot : le couple de la transition ?

Il est attendu au tournant. Plus jeune président de la Ve République, Emmanuel Macron a été élu sur la promesse d’un renouvellement de la vie politique, hors du cadre des partis traditionnels. Saura-t-il incarner réellement ce changement ? Trouvera-t-il le savant dosage entre un modèle libéral qui ferait que «le travail sera libéré, les entreprises seront soutenues, l’initiative sera encouragée»* et un État protecteur où «tout ce qui forge notre solidarité nationale sera refondé, réinventé, fortifié» ? Aura-t-il les coudées franches avec nos voisins pour aller vers «une Europe plus efficace, plus démocratique, plus politique»* qu’il appelle de ses vœux ?

Dans ce champ des possibles, le nouveau président hérite d’une bonne part de défiance, tant à droite qu’à gauche de l’échiquier politique. Et donc autant de freins possibles à son action. Il compense en s’entourant de technocrates à l’Elysée et en faisant appel à des personnes des deux bords, en plus de celles issues de la société civile, pour former le gouvernement. La nomination de Nicolas Hulot au poste de ministre d’État de la Transition écologique et solidaire est à ce titre révélatrice : l’image apolitique de l’ex-animateur et son engagement réel et profond pour l’environnement vont en faire un porte-drapeau idéal. Mais face à un Premier ministre, Edouard Philippe, qui n’est pas connu pour ses positions écologiques, il devra surtout avoir les moyens d’agir en faveur d’objectifs qui demandent encore engagement et persévérance.

Côté énergie, Nicolas Hulot aura fort à faire. “Juste” pour faire appliquer la loi de transition énergétique, il devra rapidement mettre en œuvre trois chantiers majeurs : accélérer le rythme des rénovations dans le bâtiment, assurer le cadre de développement de toutes les énergies renouvelables, et planifier la fermeture de plusieurs réacteurs nucléaires à l’horizon de 10 ans. Au niveau européen, il devra aussi lutter contre les ambitions de Malte qui préside l’Union et souhaite revoir à la baisse les objectifs de la directive efficacité énergétique. Enfin, autre sujet d’envergure : la possible vente de parts détenues par l’État dans des groupes énergéticiens à des investisseurs privés. Areva, EDF, Engie, Alstom ? Le ministère de l’Économie aura la tentation de récupérer de l’argent tout en gardant une main décisionnaire dans ces entreprises, grâce à l’attribution de droits de vote double. Mais le peu capitaliste Hulot acceptera-t-il ?

* Discours d’investiture d’Emmanuel Macron : www.elysee.fr/declarations/article/discours-d-investiture-du-president-d…

LIEN(S) : Article paru dans la revue ENERGIE PLUS n°587 du 1er juin 2017

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