Édito : Brexénergétique

Un jour avant que les urnes portent une (courte) majorité de Britanniques à se prononcer contre leur maintien dans l’UE, le SER et son homologue Renewable UK avaient signé un accord de coopération sur l’éolien et les énergies marines.
Que va devenir ce souhait de coopération une fois le processus de sortie de l’Union enclenché ? La question n’est pas si grave pour ces deux associations professionnelles mais montre bien la difficulté à envisager les conséquences du Brexit dans le secteur énergétique.

Je livre à votre sagacité quelques points de réflexions glanés ci et là (1) :
– en n’étant plus membre de l’UE, le Royaume-encore-Uni cherchera probablement à obtenir un statut proche de celui de la Norvège ou de la Suisse dans l’Espace économique européen. La législation de l’Union lui sera alors quand même imposée en bonne partie et il devra participer au budget commun, sans pouvoir donner sa voix sur les choix politiques. Un bien mauvais calcul des Anglais qui donne champ libre aux Allemands pour se rapprocher des pays de l’Europe centrale et prôner des orientations moins libérales que celles défendues par les sujets de Sa Majesté (mais doit-on s’en plaindre ?) ;

– désolidarisés des autres pays de l’Union, les Britanniques reverraient-ils à la baisse leurs ambitions dans les EnR et le nucléaire ? A priori la volonté de lutter contre le changement climatique restera intacte (sauf à laisser le pouvoir à des climato-sceptiques encore présents outre-Manche) mais il est clair que les objectifs de l’UE (EnR, efficacité énergétique, baisse des émissions de GES) devront être revus sans le “poids” du Royaume-Uni dans la balance. Et l’Europe ne pourra plus compter sur la force diplomatique anglaise pour les négociations internationales ;

– l’investissement pourrait être facilité sur les terres (et mers) d’Albion grâce à des aides d’État accordées sans entrave par le gouvernement britannique. Mais là aussi, les Anglais ont un peu trop rêvé : ces aides seront encadrées si elle rejoint l’Energy Community (accord avec les Balkans et l’Europe de l’Est) et d’autres contraintes économiques vont peser comme la dépréciation de la Livre Sterling, l’incertitude des investisseurs, les possibles taxes aux frontières, et la moins grande priorité des projets anglais pour la banque européenne d’investissement.

Tout est encore en point d’interrogation mais le surcoût “énergétique” pour les Anglais de leur divorce avec l’Union européenne pourrait dépasser 500 M£ par an après 2020, selon une étude réalisée en mars (2). Bye, bye !

(1) Conseil Français de l’énergie, Fransylva, Watson Farley & Williams, blog de Thomas Piketty.
(2) www.vivideconomics.com/publications/the-impact-of-brexit-on-the-uk-energ….

LIEN(S) : Article paru dans la revue ENERGIE PLUS n°570 du 15 juillet 2016

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