Décarbonation de l’industrie : une dynamique à poursuivre

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Lancé en septembre dernier dans le cadre de France Relance, le Fonds de décarbonation pour l’industrie a permis de mettre en place différents outils de soutien, en plus de ceux existants, pour accompagner les industriels dans leurs démarches de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Entretien avec Sylvie Padilla, responsable du Service industrie – direction entreprises et transitions Industrielles à l’Ademe.

Comment a été perçu ce nouvel enjeu de décarbonation, porté notamment par le plan France Relance ?

Sylvie Padilla : Les acteurs industriels ont montré un grand intérêt pour le plan France Relance et les différents dispositifs proposés. On est en effet à la perception de deux dynamiques : la première est le renouvellement de l’outil de production vieillissant et la deuxième est la contrainte carbone qui se renforce. Il y a une prise de conscience industrielle de l’enjeu carbone qui est désormais devenu un critère de choix. Le constat principal de l’AAP indusEE est qu’il répond à de vraies demandes avec des projets de qualité, mûrement réfléchis, et portant des ambitions carbone et industrielle. Un travail de fond, par exemple de nouvelles organisations logistiques, peut ainsi être entrepris lors de la modification de l’outil industriel. Ces différents appels à projet et manifestations d’intérêt arrivent donc au parfait timing pour accompagner ces acteurs.

Pouvez-vous nous donner les principaux résultats des AAP IndusEE 2020 ?

S.P : Des acteurs de tous les secteurs industriels, notamment ceux énergo-intensifs comme la sidérurgie, la métallurgie, la chimie ou encore les matériaux de construction, ont répondu présents. Au total, et malgré des délais très serrés pour cette session, 32 projets sur les 73 dossiers déposés ont été retenus. Ces projets d’envergure (supérieurs à trois millions d’euros) vont permettre de générer 466 millions d’euros d’investissements industriels pour 97 millions d’euros d’aides. Au-delà de répondre à certains enjeux de la crise actuelle, ce dispositif s’inscrit surtout comme un moyen de restructurer l’outil industriel dans un but de modernisation, de performance énergétique et de décarbonation. Porter une ambition technologique et modifier le cœur d’un process industriel nécessitent toutefois des investissements lourds. Il faut ainsi se rappeler que les enjeux d’un Fond décarbonation Industrie avaient été initiés lors des travaux du pacte productif par la Direction générale des entreprises (DGE), avant la crise sanitaire, pour soutenir ces investissements massifs.

Un AMI avait été également lancé. Quel a été le retour des industriels ciblés ?

S.P : Sorte d’outil de prospection pour connaître les projets à venir sur site, cet AMI a suscité un fort engouement de la part des industriels. 125 dossiers (dont 72 étaient des projets d’envergure – Capex> à 3 M€) ont été proposés. Un quart d’entre eux était des projets qui auraient pu être éligibles à l’AAP IndusEE mais qui manquaient encore un peu de maturité. Surtout dix projets étaient liés à l’électrification et dix également aux intrants matières alternatifs. Notre conviction initiale profonde : la décarbonation de l’industrie ne se résume pas à l’efficacité énergétique, a été confortée. Cela nous permet d’élargir le nouvel AAP Decarb Ind à ces thématiques afin que les industriels puissent actionner plusieurs leviers. L’Ademe a donc envoyé un mail à tous les répondants pour les encourager à poursuivre leurs démarches et à candidater à la nouvelle version de l’AAP. Enfin, plusieurs projets de capture et de stockage de carbone ont été déposés. Nous poursuivons les réflexions pour leur proposer un dispositif de soutien adapté.

Quelles seront les nouveautés ou spécificités pour l’édition 2021 de l’AAP ?

S.P : En premier, il a changé de nom pour s’appeler AAP Decarb Ind. Son champ a été élargi et prend désormais en compte trois thématiques : l’efficacité énergétique, l’électrification et les intrants de matières alternatives. On a essayé de sortir d’un silotage théorique et de pousser à la mise en place de projets qui peuvent jouer sur différents mécanismes afin d’engager des démarches plus globales. Cette version du dispositif va ainsi mieux coller à la réalité industrielle. Avec cette possibilité donnée d’actionner plusieurs leviers, on s’attend donc à des dossiers ambitieux. Ceux-ci seront évalués selon quatre critères : performance de décarbonation, cohérence et ambition environnementale, cohérence et ambition industrielle et structuration de la filière. Des critères parfaitement en accord avec les objectifs du Plan de relance. Si les projets de décarbonation mobilisent de surcroit des technologies permettant des retombées économiques en France, c’est évidemment un plus !

Le fond décarbonation de l’industrie comprend également le volet chaleur bas carbone. Un premier bilan peut-il être dressé ?

S.P : Il faut tout d’abord rappeler que les projets de biomasse et de CSR étaient déjà soutenus via le Fonds chaleur et le Fonds économie circulaire. La nouveauté est l’aide au fonctionnement (opex) pour compenser une part du différentiel entre le prix du gaz et de la biomasse. Cela permet de sécuriser la rentabilité des projets. Pour l’AAP BCIAT, plus d’une cinquantaine de dossiers ont été déposés pour 17 projets retenus, représentant un investissement industriel de 130 millions d’euros. Ils bénéficieront d’une aide à l’investissement de 44 millions et au fonctionnement de 83 millions d’euros. Pour les projets biomasse et CSR, la problématique ne porte cependant pas sur une évolution des outils industriels mais sur le mix énergétique et son évolution dans le secteur industriel et se focalise davantage sur la mobilisation de ressources et la création de filière d’approvisionnement sur un territoire.

 

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