Décarbonation de l’industrie : les premières mesures dévoilées

Entretien avec David Marchal, directeur exécutif adjoint de l'Expertise et des Programmes à l’Ademe

298

Présenté le 3 septembre dernier, le plan de relance du gouvernement français alloue 30 milliards d’euros à la transition écologique sur un budget total de 100 Md€. Développement des énergies renouvelables et de la mobilité verte, rénovation des bâtiments, soutien au transport ferroviaire, lutte contre l’artificialisation des sols font partis des grands axes d’actions de ce plan, sans oublier la décarbonation de l’industrie. Pour cette thématique, une enveloppe de 1,2 Md€ (200 millions en 2020 et 1 Md€ en 2021 et 2022) a été consentie afin d’aider les entreprises industrielles à investir dans des équipements moins émetteurs en CO2.

Comment se traduira ce plan de relance pour la décarbonation de l’industrie ?

David Marchal : Ce plan contient plusieurs mesures qui nécessitent d’investir dans l’outil industriel. C’est avant tout un signal fort pour l’industrie afin qu’elle amplifie et accélère sa décarbonation. Ce dispositif s’inscrit donc dans la durée avec des appels à projets prévus jusqu’en 2022, à la fois sur la chaleur bas carbone, mais également sur l’efficacité énergétique et l’électrification des procédés.  Et ces outils visent à être en adéquation avec les réalités industrielles que ce soit en termes de délai, de montants, mais aussi de type de soutien. Premier exemple, l’appel à projet  BCIAT du Fonds Chaleur sur les installations de production de chaleur renouvelable à partir de biomasse a été relancé début septembre. Soit quelques mois plus tôt que traditionnellement, mais surtout avec la possibilité d’obtenir une aide à l’exploitation (Opex). Cette grande nouveauté, qui sera opérationnelle après notification à la Commission européenne, doit permettre aux installations de production de chaleur industrielle à base de biomasse de bénéficier, lorsque cela est nécessaire pour garantir la faisabilité du projet, d’un mécanisme de compensation et d’amortissement de fluctuation du prix des combustibles fossiles par rapport à celui de la biomasse. Cette aide sera recalculée chaque année en fonction de l’évolution de la fluctuation des prix du gaz. En outre, les porteurs de projets ayant candidaté en 2018, 2019 et 2020 peuvent également la solliciter si le projet n’a pas encore été réalisé. Des réflexions sont ouvertes pour envisager la pertinence de déploiement d’une telle mesure aux installations utilisant des combustibles solides de récupération (CSR).

Cette aide à l’Opex était-elle attendue par le secteur industriel ?

D.M.: Cela faisait partie de discussions menées depuis plus d’un an avec les industriels sur la décarbonation de l’industrie, et initiées dans le cadre du pacte productif. C’était une de leurs demandes afin d’apporter de la visibilité dans la durée dans le but de sécuriser les investissements et faciliter la prise de décision. Avoir cette visibilité pour les industriels en termes d’aides à l’Opex est un élément clé pour amplifier le passage aux énergies renouvelables, et encore plus dans un contexte de prix des énergies fossiles bas.

Quelles seront les autres mesures ?

D.M.: L’enjeu portant également sur la décarbonation de l’industrie par l’efficacité énergétique, un nouvel appel à projets (AAP IndusEE) a été lancé par l’Ademe début septembre pour apporter des aides à l’investissement à des projets dont les montants sont supérieurs à 3 millions d’euros. Ce soutien complète le dispositif des certificats d’économies d’énergie que connaissent bien les acteurs industriels. Comme l’AAP BCIAT, l’AAP Indus EE se clôturera mi-octobre pour une contractualisation avec des industriels d’ici la fin de l’année. Ce délai de six semaines peut sembler court, mais cela traduit l’envie d’avancer rapidement sur le sujet et d’engager l’enveloppe de 200 millions d’euros budgétés en 2020 dans le cadre du plan de relance. Dès lors que les industriels sont prêts à investir et contractualiser sur les thématiques de l’AAP, une aide correspondante à leurs efforts pourra leur être octroyée dès cette année. Cet appel à projets doit être reconduit en 2021 et 2022.

Biomasse, efficacité énergétique, les AAP sont lancés, mais qu’en est-il du soutien aux autres champs technologiques de la décarbonation de l’industrie ?

D.M.: La stratégie nationale bas carbone a identifié d’autres leviers technologiques comme l’électrification ou l’usage de nouveaux matériaux permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les possibilités sont très larges, aussi il nous a semblé préférable de commencer d’abord par un appel à manifestations d’intérêt afin de savoir ce que les industriels envisagent comme projets d’évolution de leurs procédés de fabrication pour pouvoir ensuite mieux configurer un appel à projets, ses critères d’éligibilité et les modalités de financement les plus appropriées. Cet AMI nous permettra d’élaborer un appel à projets qui sera sûrement fusionné avec celui sur l’efficacité énergétique… Il nous semble important d’avoir un outil cohérent capable de répondre à la multiplicité des projets abordant la décarbonation de l’industrie dès 2021.

Qu’en est-il des soutiens de l’Ademe pour l’hydrogène ?

D.M.: En accord avec la stratégie nationale de développement de l’hydrogène présentée par le gouvernement le mardi 8 septembre, l’Ademe amplifie son accompagnement du développement de la filière hydrogène. D’ici 2023, 275 M€ seront dédiés à l’appel à projets « Écosystèmes territoriaux H2 : industrie et mobilité » qui vise à financer des projets de hubs territoriaux permettant le déploiement des usages diffus de l’hydrogène couplant industrie et mobilité (flotte professionnelle et mobilité lourde) inférieurs à 20 MW sur l’ensemble du territoire y compris les zones non interconnectées. Par ailleurs, dans le cadre programme des Investissements d’avenir doté de 350 M€ sur la période 2020-2023, un AAP « briques technologiques et démonstrateurs H2 » doit permettre de financer des projets innovants de développement de composants et systèmes innovants essentiels à la chaine de valeur française de l’hydrogène (réservoirs, PAC, …) mais aussi des démonstrateurs innovants en industriel et sur les réseaux ainsi que des projets de conception de nouveaux véhicules. Ces deux AAP sont lancés dès ce mois de septembre 2020 ; la stratégie d’accélération H2 prévoit d’autres initiatives pour compléter le périmètre des soutiens, répondant également à des enjeux de décarbonation de l’industrie et au renforcement de la filière française H2. L’objectif étant de cumuler le développement de l’emploi et de la valeur ajoutée sur une filière prometteuse, avec les objectifs de neutralité carbone que la France s’est fixés pour 2050.


Parallèlement au plan de relance gouvernemental, l’ATEE a publié ses propositions afin de permettre d’accélérer d’une part le développement des gaz verts, et de l’autre, la maîtrise de l’énergie dans l’industrie. Retrouvez ces propositions sur le site internet de l’ATEE.

Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.