Bilan prévisionnel de RTE : baisse de la consommation actée

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Fidèle à ses missions, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité a réalisé récemment le bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France. Cette version 2016 pointe quelques évolutions notables par rapport à la version 2015. Et à l’heure où la programmation pluriannuelle de l’énergie ne compte aucune simulation de la demande en électricité dans les prochaines années, il est intéressant de voir comment l’analyse de RTE, elle, prévoit l’avenir à moyen terme.

Le premier point saillant du bilan prévisionnel est en effet la probabilité de plus en plus forte que la demande d’électricité baisse. Stabilisée à un peu moins de 480 TWh par an depuis 2010, la consommation corrigée des aléas climatiques pourrait descendre à près de 470 TWh en 2021 dans le scénario de référence de RTE. Malgré de nouveaux usages ou transferts vers l’électricité (+10 TWh) et une augmentation du volume global due à la hausse de la démographie et une reprise de l’activité économique (+18 TWh), les mesures d’efficacité énergétique devraient conduire à une baisse plus significative de la consommation (-36 TWh). Ces mesures concernent à la fois le recours à des matériels plus performants, et de plus fortes exigences de performance énergétique dans le bâtiment, qu’il soit résidentiel ou tertiaire. Dans l’industrie, c’est une baisse tendancielle de la consommation d’électricité dans tous les secteurs d’activités (sauf l’agro-alimentaire) qui se poursuit. Deux variantes de ce scénario ont été étudiées par RTE : une variante “haute” qui conduit à une consommation de 490 TWh en 2021, et une variante “basse” qui pousse la baisse jusqu’à 448 TWh. L’analyse est également faite sur la pointe de puissance appelée par le réseau : là aussi, le scénario de référence voit une légère baisse ce celle-ci, de 101,1 GW en 2016-2017 à 100 GW en 2020-2021, malgré l’estimation d’un parc d’un million de véhicules électriques qui créerait un appel de puissance à la pointe supplémentaire entre 0,6 et 0,9 GW.

Du côté de la production renouvelable, RTE se base sur les déploiements en cours de l’éolien et du solaire photovoltaïque qui arriveraient respectivement à des parcs installés de 17 GW et 12 GW, sur un total de 55 GW d’EnR électriques. Le gestionnaire du réseau s’attarde plus longuement sur le parc thermique à flamme. Entre fermeture des centrales au fioul, baisse du parc charbon et fortes incertitudes sur la rentabilité des cycles combinés gaz, deux scénarios très contrastés sont envisagés : alors que tout le parc compte aujourd’hui plus de 12 GW installés, il n’y en aurait plus que 3 à 8 GW en 2020-2021. RTE considère par ailleurs que le parc de cogénérations gaz va légèrement diminuer par rapport à la situation existante. En ce qui concerne le parc nucléaire, RTE s’en tient à la ligne « l’arrêt de Fessenheim est compensé par la mise en service de l’EPR de Flamanville », mais il a tout de même intégré une variante avec réduction de capacité de 1 GW en 2019 puis encore 1 GW en 2020. Le recours à l’effacement est toujours pris en compte par RTE mais les effacements tarifaires continuant de baisser, ils sont tout juste compensés par les effacements de marché, autour de 3 GW par an.

En conséquence, avec ces différentes hypothèses*, l’équilibre offre demande est assuré dans le cas du scénario thermique “haut”, avec 3600 à 6600 MW de marges dans les 5 ans à venir. Mais ce n’est plus le cas avec le scénario thermique “bas” : si des marges semblent assurées en 2016-2017 (600 MW) et en 2020-2021 (900 MW), les années intermédiaires voient des déficits de capacité jusqu’à 2500 MW (voire graphe joint). La mise en œuvre du mécanisme de capacité permettrait probablement de se rapprocher du scénario le plus optimiste. Comme le dit RTE, 2016 marque « un tournant majeur de la politique climatique et énergétique » de la France mais cela se traduit par une incertitude sur l’équilibre offre-demande dont la version 2015 du bilan prévisionnel montrait un visage plus rassurant. D’ailleurs, les analyses de sensibilité de RTE sur cette version 2016 prouvent combien les marges peuvent être encore réduites en cas de plus forte consommation. Le seul point positif d’un parc qui ne serait pas trop en surcapacité, sera de faire remonter les prix de gros de l’électricité.

* On notera que RTE fait aussi une analyse très poussée de la situation européenne (page 79 à 100 du rapport complet du Bilan), des échanges transfrontaliers, avec des profils détaillés de certains de nos voisins.

Rte – Marges ou déficits de capacité 2016 :

LIEN(S) : RTE - Bilan prévisionnel - 2016

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