Anticiper le stockage : cas difficile en France

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Dans le rapport de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) publié fin janvier, il est rappelé qu’en 2050, la consommation d’électricité pourrait atteindre 580 à 610 TWh. Ce niveau est discutable mais il est reconnu comme « compatible avec le gisement technique » des énergies renouvelables, sous réserve de disposer de « moyens de stockage et de flexibilité permettant d’assurer le bon fonctionnement du système électrique ».

Cet horizon de temps lointain fait que, concrètement, le texte de la PPE pour 2019-2023 et 2024-2028 ne porte pas de réels objectifs pour le stockage d’énergies, malgré des potentiels révélés par l’étude PEPS 4. Le Gouvernement préfère mettre dans la balance la prolongation jusqu’à 60 ans d’une partie du parc nucléaire et l’éventuelle construction de nouveaux réacteurs EPR, tout en avouant ne pas pouvoir, pour l’instant, « déterminer avec certitude les technologies les plus compétitives ».

Il est donc juste prévu un soutien à l’investissement de stockage de chaleur par géothermie via le Fonds chaleur, et un appui à la recherche sur les batteries, sur le stockage d’hydrogène dans des cavités salines dans le cadre du Plan Hydrogène lancé par Nicolas Hulot, et sur le power-to-gas.

Le projet de « lignes virtuelles » de RTE sera aussi soutenu. La PPE rappelle qu’un potentiel de 1,5 GW de Step (station de transfert d’énergie par pompage) avait déjà été identifié et « pourrait être développé dans le cadre de la remise en concurrence des concessions hydro-électriques » : les démarches seront lancées pour envisager des mises en services vers 2030-2035.

Enfin, la PPE pointe les différents efforts en cours dans les zones non-interconnectées (ZNI) en matière d’EnR et de stockage.

L’Allemagne en avance sur la France

« Aucun objectif quantifié n’est donné pour le stockage dans la PPE hormis sur les Step et pour les ZNI, commente Patrick Canal, délégué général du Club Stockage d’énergies de l’ATEE. De façon assez claire, le stockage par batteries y est considéré comme trop pénalisant pour représenter une offre de couplage crédible pour le pilotage des EnR intermittentes. D’autant que les besoins de flexibilité ne sont pas avérés, selon Enedis, tant que le mix de production EnR, même localement, n’excède pas 70 %. On reporte donc les décisions d’investissements en matière d’infrastructure de stockage au mieux au réexamen de la PPE 2024-2028, et probablement de façon très progressive, suivant le pas de croissance du parc EnR… »

La PPE rappelle qu’a été lancée une coopération bilatérale franco-allemande avec un appel d’offres commun des deux pays en 2018 sur le stockage et la distribution de l’énergie. Il s’agit de soutenir la mise au point de solutions innovantes, efficaces et durables. Là encore, ce positionnement pro-européen participe à l’idée de mettre en place un “Airbus des batteries” en Europe, mais ne fait pas de la France un leader.

Loin de là d’ailleurs. L’Office franco-allemand pour la transition énergétique (Ofate) fait état du développement du stockage d’électricité en France et Outre-Rhin. Le décalage est grand…

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