À Orvault, l’énergie, ça se partage

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Le Syndicat départemental d’énergie de Loire-Atlantique (Sydela), Nantes métropole et Orvault viennent d’inaugurer un projet pilote d’autoconsommation photovoltaïque collective dans la zone d’activité du Bois-Cesbron. L’électricité produite est répartie entre trois sites et les surplus sont revendus à Enercoop.

Dans la banlieue de Nantes, trois collectivités se sont associées afin de développer un dispositif d’autoconsommation collective photovoltaïque. C’est sous l’impulsion du Sydela, syndicat mixte chargé la distribution d’électricité, de gaz, de l’éclairage public et du génie civil des réseaux téléphoniques sur le territoire du département de la Loire-Atlantique, que ce projet a été initié. «Nous avons lancé ce projet pour monter en compétence sur le sujet et pouvoir conseiller les collectivités qui voudraient développer l’autoconsommation», explique Emmanuel Bourien, chargé de projets EnR et réseaux intelligents au Sydela. Le syndicat s’est rapproché dès 2017 des deux autres collectivités propriétaires d’infrastructures près de son siège social : la commune d’Orvault qui détient la salle de spectacle de l’Odyssée et Nantes métropole, qui gère une aire d’accueil des gens du voyage à proximité. Ces deux partenaires n’ont pas été choisis par hasard. «L’autoconsommation collective était contrainte aux producteurs et consommateurs raccordés aux même postes à basse tension. Seul nos deux partenaires actuels répondaient à cette exigence», précise Emmanuel Bourien. Enedis a été rapidement associé à cette initiative qui s’inscrit dans le cadre d’un appel à projets de la région des Pays de la Loire.

Trouver son modèle économique

Des ombrières photovoltaïques ont été installées sur le parking de quarante places du Sydela. L’objectif était de produire des renouvelables sur des zones déjà artificialisées. «Au départ, nous voulions utiliser la toiture de notre siège social mais elle n’était pas compatible sauf si l’on avait fait énormément de travaux», détaille Emmanuel Bourien. Ces ombrières sont équipées de 272 panneaux bifaciaux répartis sur 470 m2 qui produiront 106 MWh/an. Cette technologie a été choisie car elle capte non seulement le rayonnement solaire direct qui arrive sur la face avant, mais aussi le rayonnement réfléchi sur la face arrière par l’albédo*. Cela améliore le rendement des panneaux. Cette production couvrira 40 % des besoins en énergie du bâtiment du Sydela et alimentera des bornes de recharge pour sa flotte de douze véhicules électriques. Un compteur Enedis calcule toutes les trente minutes le ratio d’électrons destinés à l’autoconsommation collective, en fonction des besoins des deux sites partenaires. Une centrale de gestion collecte les données : elle permet l’étude des courbes de charge, et une analyse fine des consommations par site. À terme, l’objectif est de piloter la consommation des bornes de recharge pour la caler sur la production photovoltaïque, et ainsi ajuster la planification des recharges de véhicules sur les périodes creuses de consommation des trois sites. 55 % de l’électricité produite sera utilisée par le syndicat alors que 37 % sera cédée à ces deux voisins en fonction de leurs demandes. «Nous la vendons à 6 c€/KWh. Cela représente juste le prix de l’électron et les acheteurs paient le Turpe et les taxes en plus. Quand on produit, cela nous coûte presque neuf centimes : notre installation ne devient rentable que grâce aux économies générées pour notre bâtiment», souligne le chargé de projets. Si le syndicat écoulait ses électrons au prix de revient, personne ne les achèterait car ils seraient bien trop chers. Nantes métropole et Orvault bénéficient donc d’un tarif équivalent à celui de leurs fournisseurs respectifs. Et ce prix ne changera pas pendant les 25 prochaines années. Les surplus – ils représentent 8 % de l’électricité générée – sont vendus à Enercoop à quatre centimes. Cela correspond à la part qui n’est pas consommée. En effet, il faut consommer au moment où on produit et cela n’est pas toujours possible notamment certains jours fériés.

Une extension à venir ?

Le projet a nécessité un investissement global de 226 700 € HT et a bénéficié d’une subvention de la Région Pays de la Loire de 50 000 €. Avec un coût de fonctionnement estimé à 64 000 € sur 25 ans, son temps de retour sur investissement est de 21 ans sur une durée de vie de quatre décennies environ. Toutefois, le projet pourrait prendre de l’ampleur. En effet, la loi énergie climat de décembre 2019 a fait évoluer le périmètre de l’autoconsommation collective. Il est désormais possible de l’étendre sur un cercle de 2 kilomètres sur le réseau basse tension. Cela ouvre de nouvelles perspectives. Dans la zone d’activités, de nombreux autres bâtiments sont présents (concessionnaires automobiles, bureaux, ateliers techniques, etc.) et susceptibles d’acquérir de l’électricité. Cependant, les surplus revendus à Enercoop restent limités. Il faudra donc accroître les capacités de production. L’Odyssée évalue déjà la possibilité de mettre des ombrières sur son propre parking. Quant à la métropole, elle compte installer des panneaux photovoltaïques sur un centre technique qui doit être construit prochainement. «On passerait alors à plusieurs producteurs qui s’échangent de l’électricité dans la zone, créant une véritable zone à énergie partagée», conclut Emmanuel Bourien.

 

* Fraction de l’énergie solaire qui est réfléchie vers l’espace.

LIEN(S) : Cet article est paru dans le n°653

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