Prendre le temps d’évaluer les bénéfices de la cogénération

© Phillipe Bauduin
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Sortie du radar des soutiens des pouvoirs publics, la cogénération pourrait rapidement voir son parc être divisé presque par deux d’ici 4 ans, si rien n’est fait. La filière demande a minima un état des lieux sérieux sur les avantages de cette technologie avant toute décision.

La cogénération ne représente qu’une petite partie de l’énergie générée en France* avec environ 1 000 installations. Pourtant, ses rendements élevés et sa capacité à produire simultanément électricité et chaleur peuvent en faire un levier de la transition énergétique. Même alimentée en gaz d’origine fossile, cette technologie, de par son pilotage, son efficacité énergétique et sa réponse à des besoins locaux d’énergie (spécialement l’hiver), permet d’économiser 300 tonnes de CO2/an pour chaque nouveau mégawatt installé. Tous ces arguments connus et répétés depuis des années n’empêchent pas les pouvoirs publics de saper les soutiens à cette filière. Dernier épisode en date : le projet de loi énergie-climat ne donnerait pas de suite au contrat C13, sous forme d’un arrêté de complément de rémunération, et empêcherait les cogénérations de moins d’un mégawatt de bénéficier d’un mécanisme d’accompagnement. «La cogénération a été soutenue sans discontinuer pendant plus de 20 ans. Avec ce projet de loi, elle est directement menacée : les petites installations de moins d’un mégawatt ne verraient jamais le jour et le risque de démantèlement d’ici fin 2023 des unités existantes de 1 à 12 mégawatts – on en dénombre 400 représentant 850 MWe – est très élevé, explique Patrick Canal, délégué général du Club Cogénération de l’ATEE. C’est pourquoi nous avons interpellé directement les parlementaires pour leur montrer la gravité de la situation.»

Risques de fragilisation

Gravité, le mot n’est pas trop fort. Alors qu’en Europe il existe des dynamiques très différentes et souvent plus positives (voir l’entretien avec François Paquet de Cogen Europe), la France prendrait le risque de se séparer d’une technologie performante, de sa capacité de production et des compétences et emplois afférents… On peut noter en particulier l’impact sur les réseaux de chaleur urbains. 196 d’entre eux, sur les 761 exploités en France, sont équipés d’une cogénération qui délivre en moyenne 17,5 % de l’énergie entrante sur le réseau (source SNCU). Si ces cogénérations ne pouvaient pas se renouveler, la performance des réseaux serait dégradée et le prix de la chaleur vendue aux usagers augmenterait mécaniquement (d’au moins 10 %). Des constats similaires peuvent être faits sur la compétitivité des sites industriels : par exemple dans les secteurs de la chimie, du papier, de l’automobile, etc., près de 900 MW de capacités de cogénération ont déjà été démantelés depuis 2012 sur plus de 25 sites. Dans le secteur du maraîchage sous serres, fortement équipé, la fin des dispositifs d’accompagnement mettrait à mal de nombreuses exploitations.

Face à ces risques de fragilisation, le Club Cogénération demande donc au Gouvernement :

  • de maintenir les mécanismes d’accompagnement mis en place récemment pour les petites cogénérations (contrats C16 et CR16) de moins d’un mégawatt électrique ;
  • de programmer des appels d’offres destinés aux cogénérations de taille moyenne (entre 1 et 12 MWe) qui sortent des contrats C13 et CR13 ;
  • de réaliser une véritable évaluation de l’utilité et de l’efficacité des mécanismes d’appui au développement de la cogénération, au terme de la première période de la PPE.

Cette dernière demande permettrait d’ailleurs à la France d’être en phase avec la directive sur l’efficacité énergétique 2012/27/UE : dans son “considérant 35”, elle enjoint les États membres à procéder à une évaluation “exhaustive” du potentiel de la cogénération à haut rendement, afin de «procurer aux investisseurs des informations concernant les plans nationaux de développement, et offrir un environnement stable et propice aux investissements.»

* 2 % de la consommation électrique et 2,5 % des besoins en chaleur

LIEN(S) : Cet article vous est offert en entier. Il est paru dans Energie Plus n°629

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