250 euros : la nouvelle référence carbone

On appelle ça un “tunnel” : les huit pages que nous consacrons dans le numéro 621 à la programmation pluriannuelle de l’énergie et à la stratégie nationale bas-carbone vont vous enfermer dans un long moment de lecture… Après plusieurs mois d’attente, il était temps de faire cette mise au point sur deux textes planificateurs, alors même que le projet de “petite loi” modifiant des objectifs de la loi de transition énergétique pour la croissance verte est en cours d’examen. Mais notre attention ici est retenue par le rapport de la commission présidée par Alain Quinet sur « la valeur tutélaire du carbone pour évaluer les investissements et les politiques publiques ». Dix ans après le premier rapport de ce type, son actualisation laisse pantois. La valeur de l’action pour le climat – on appelle désormais ainsi la valeur tutélaire du carbone – à l’horizon 2030 est en effet désormais de 250 euros : c’est plus du double de la précédente estimation ! Elle reflète le retard pris la décennie passée pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, ainsi que le nouvel objectif de neutralité carbone en 2050.

Il ne faut pas s’y tromper. Ce chiffre envoie un signal éminemment fort. Il dit que toute action menée par une entreprise, une collectivité, un particulier évitant l’émission d’une tonne de carbone pour moins de 250 euros est à réaliser au plus vite sans regret. La commission Quinet dit bien d’autres chose mais c’est le message clé à retenir, avec le fait que toutes les actions ne se valent pas. En effet, sobriété et efficacité énergétiques sont à faible coût, voire à coût nul, tandis que certaines options technologiques ont des coûts plus ou moins élevés, même quand elles sont matures. La remarque n’est pas neutre : dans tous les cas, quel que soit le chemin pour réduire nos gaz à effet de serre, les dernières émissions seront les plus coûteuses à abattre. Le rapport les évalue en moyenne à 500 €/t en 2040 et 775 € en 2050.

La messe est dite. Entrons dans un autre tunnel, celui du carbone cher pour assurer un avenir à nos enfants. En ce sens, Énergie Plus soutient la grève mondiale pour le climat le 15 mars.

 

LIEN(S) : Cet Edito est paru dans Energie Plus 621

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