Par ailleurs, la biomasse offre, par la chimie du “végétal” et à hauteur d’environ 1% du marché, une diversification récente des matières premières de la pétrochimie vers de nouveaux “bioproduits” renouvelables (additifs aux carburants, lubrifiants, solvants, polymères, tensioactifs,…).
Enfin, la biomasse alimente d’importantes filières traditionnelles de matériaux renouvelables restées concurrentielles face aux alternatives d’origine fossile, comme le bois pour la construction, l’ameublement, le papier, les plantes textiles, l’oléochimie (savonnerie,…) et l’amidonnerie (papeterie,…).
Un fort développement des énergies et matières premières renouvelables dans le moyen terme est incontournable, parallèlement à la maîtrise des consommations énergétiques, face au renchérissement progressif des ressources fossiles épuisables et au défi de l’effet de serre. Cet enjeu est d’ores et déjà partiellement pris en compte au plan politique global (protocole de Kyoto, Livre blanc communautaire, directives sur l’énergie,…) et commence à se traduire au niveau économique (permis d’émission négociables, fiscalité différentielle,…).
En France, les politiques conduites à ce titre, si elles sont pérennisées, permettent de prévoir que la biomasse apportera une contribution énergétique d’environ 15 Mtep/an en 2010 et de 20 Mtep/an en 2020-2025 (rappel : 11 Mtep en 2001). Dans le même temps, la part des produits renouvelables d’origine végétale dans la chimie pourrait atteindre 4 à 5% (contre 1% en 2001) et la part de marché du bois matériau croître de 25% (référence : 10% en 2001).
Une telle évolution entraînera, dès 2005 – 2010, pour la valorisation énergétique et chimique de la biomasse, le passage d’une logique (actuelle) de filières basées principalement sur l’utilisation de biodéchets végétaux ou de coproduits (dont les gisements sont devenus limités) à une logique de filières dédiées (exemple actuel du bois matériau, des biocarburants ou du textile), fondées sur des cultures spécialisées (agricoles ou sylvicoles) qualifiées dès à présent de “ cultures non alimentaires ”. Il est possible sur 1 ha de produire annuellement l’équivalent de 4 tep de bioénergies ou de matières premières renouvelables.
On conçoit dès lors qu’en aucun cas la biomasse ne pourrait, seule, se substituer aux sources d’énergies actuelles en cas de pénurie. A raison de 4 tep/ha, il faudrait en effet, à titre d’illustration, 60 Mha de cultures non alimentaires intensives pour satisfaire la consommation d’énergie française actuelle (250 Mtep), soit plus que la surface totale de la France ! A l’inverse, par exemple, l’énergie éolienne pourrait en théorie remplacer la totalité de l’énergie consommée en France en occupant “ seulement ” 12 Mha (soit un quart du pays), à raison d’une éolienne de 1 MW tous les 10 hectares, tout en autorisant la poursuite en parallèle des activités agricoles traditionnelles sur cette même zone. Autre exemple : il suffirait pour atteindre le même objectif d’installer 2,5 Mha de panneaux photovoltaïques.
A ce stade, on pourrait conclure que le défi énergétique n’existe pas, puisque des alternatives crédibles existent ! On pourrait aussi conclure que, vu la pression démographique croissante au plan mondial (+90% d’ici à 2050) et l’effet conjoint du développement économique (+275% à la même date), l’allocation des terres disponibles aux activité agricoles alimentaires restera et sera même de plus en plus prioritaire.
b>La biomasse pour l’énergie serait-elle donc une fausse bonne solution ?
…
Article de de Claude ROY, Directeur de l’Agriculture et des Bioénergies à l’ADEME (qui s’exprime ici à titre purement personnel).
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