Energie plus
Dossier méthanisation
Dossier biomasse
Publié le: 13 septembre 2002

La valorisation énergétique de la biomasse ne se résume pas aux chaudières à bois, et plus généralement à la production de chaleur et/ou d’électricité. Les deux articles de notre petit “ dossier biomasse ” en témoignent. Les réflexions conduites par les chercheurs du CEA ouvrent des perspectives très (trop ?) séduisantes sur la création d’une filière nationale de production de biocarburants. Dans sa “ Libre opinion ”, Claude Roy, directeur de l’Agriculture et des Bioénergies à l’ADEME, montre avec sagesse que les réflexions sur l’avenir de la filière biomasse énergie dans son ensemble doivent prendre en compte la concurrence avec les autres filières que sont l’alimentation, la chimie, les matériaux, ainsi que les limitations liées à la disponibilité de l’eau et des sols.

Pour l’instant pourtant, la production de chaleur reste le principal débouché énergétique de la biomasse, et particulièrement du bois. La Commission interprofessionnelle du bois énergie (CIBE) constituée au sein de l’ATEE, tout comme l’ADEME d’ailleurs, estime que la production d’électricité n’est pas le débouché prioritaire du bois et que l’électricité ne doit être considérée que comme un sous-produit de la chaleur. La produire avec un rendement de 22% est une aberration à la fois énergétique et écologique face aux 70 ou 80% de rendement d’une bonne chaudière. Si la France doit néanmoins respecter les objectifs européens et qu’elle veuille ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier éolien, il faut alors protester contre le tarif d’achat proposé pour l’électricité produite à partir de biomasse, qui s’avère très insuffisant en niveau de rémunération et inadapté dans ses clauses. Et ce n’est pas la cogénération qui peut constituer une solution de recours, tant les exigences imposées par sa structure tarifaire semblent elles aussi inadaptées à l’utilisation du bois. En résumé, il devrait y avoir très peu d’électricité produite à partir de bois et plus généralement de biomasse, et il est quand même regrettable que cette voie de diversification se trouve barrée.

La production de chaleur reste donc pour l’instant l’axe prioritaire de valorisation du bois énergie. Elle stagne dans ses usages domestiques individuels et si elle se développe dans le collectif, c’est essentiellement grâce aux subventions à l’investissement accordées par l’ADEME dans le cadre du Plan bois énergie et en brûlant des déchets de bois, dont la ressource est par nature limitée. Pourquoi, demande la CIBE, ne pas instituer, à l’image de ce qui s’est fait pour l’électricité, un “ fonds de péréquation de la chaleur ” qui serait alimenté par une taxe sur tous les combustibles d’origine fossile (à hauteur d’environ 75 euros par tonne de carbone évitée, par exemple) et dont pourrait bénéficier toutes les énergies renouvelables à vocation thermique, en particulier le bois “ neuf ” ? Sans ce soutien structurel, seul le bois de rebut, dont le coût est faible, voire négatif, aura l’opportunité de se développer.

Cependant, l’utilisation du bois de rebut lui-même est sévèrement bridée par la réglementation des installations classées (rubrique 2910) qui impose une autorisation administrative pour brûler du bois enduit ou traité à partir de 0,1 MW de puissance installée. Or, les premières campagnes d’analyse sur chaudières à bois montrent que les fumées contiennent en moyenne 0,2 à 0,4 ng/Nm3 de dioxine quand on brûle du bois neuf, qui contient naturellement du chlore. Elles démontrent aussi que si le bois de rebut traité contient effectivement un peu plus de chlore, les émissions de dioxine restent en moyenne dans la fourchette de variabilité naturelle. Les résultats pour les autres polluants n’appellent pas de commentaires particuliers. Le classement réglementaire pourrait donc s’effectuer non pas entre bois neuf et bois de rebut, mais selon la teneur en chlore du combustible. Ce critère permettrait de brûler des mélanges de bois neuf et bois de rebut et d’améliorer ainsi la combustion en maîtrisant mieux le taux d’humidité moyen.

Dernière voie de réflexion, qui appelle cette fois quelques progrès techniques : recourir à la condensation des fumées peut faire gagner de 10 à 30 points de rendement selon le taux d’humidité du bois consommé (voir notre article sur le retour en force de la condensation dans ce même numéro). Cette solution se rencontre déjà en Allemagne, par exemple, mais pose il est vrai, quelques problèmes. Si la condensation s’effectue “ à sec ”, l’échangeur est sujet à des attaques de corrosion et la difficulté consiste à trouver le bon matériau à un coût raisonnable, ce qui n’est certainement pas impossible. Si la condensation s’opère par pulvérisation d’eau sur les fumées, l’exploitant récupère une boue très liquide chargée en métaux lourds pour laquelle il n’existe actuellement aucune filière économique de traitement, vu les quantités en cause (2 m3/an pour une chaudière de 400 kW, par exemple). Voilà un petit sujet de R&D qui serait bien utile.

Signalons que la voie de la gazéification prônée par le CEA requiert une étape d’épuration du gaz de synthèse qui s’effectue généralement par lavage et qui conduit à récupérer un liquide chargé de phénol, de poussières et de métaux lourds qui s’apparente à la boue de condensation ci-dessus et qu’on ne sait pas non plus traiter de manière économique. Le coût de traitement est exorbitant, de l’ordre de 500 euros/m3, et il a “ tué ” la cogénération au fuel, tout comme il a entraîné l’arrêt de l’installation autrichienne de 50 MW de production d’électricité avec gazéification préalable de biomasse. Le petit sujet de R&D n’est donc pas un sujet futile…

Lire la suite dans le supplément technique ENERGIE PLUS Spécial MDE n°291 du 15 septembre 2002

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