Ce sont de bien étranges serres horticoles que celles inaugurées le 31 mars dernier sur le site du centre d’enfouissement technique (CET) de Balançan, situé sur la commune du Cannet des Maures (Var). Jusque là brûlé en torchère, le biogaz de décharge est en effet valorisé de manière singulière dans le cadre d’un complexe expérimental de culture de roses. Si l’une des voies de valorisation est classique, l’autre l’est par contre beaucoup moins. Brûlé dans une chaudière, le biogaz de décharge permet tout d’abord de produire de la chaleur utilisée pour chauffer l’une des deux serres. La technique est parfaitement connue et maîtrisée. Là où le projet innove, c’est que les fumées de combustion du biogaz sont utilisées comme source d’enrichissement carbonée pour les plantes. L’idée peut paraître simple au premier abord mais cette expérience est pourtant la première à être menée en France. Avec à la clef l’ambition de révolutionner la production horticole française tout autant que la valorisation des sous-produits de CET.
Le complexe expérimental
Le projet est né de la volonté conjointe de trois acteurs : l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) ; la société Sovatram, filiale du groupe Pizzorno, qui est en charge de la gestion du CET de Balançan ; et la société PICC, spécialisée dans la régulation informatique, le chauffage, l’enrichissement carboné de serres et la cogénération au gaz naturel sur des exploitations agricoles. Six mois auront été nécessaires pour monter l’installation. Deux serres de même surface (300 m2), dont l’une témoin, ont été installées. Le cultivat de roses Parfum de Roses, de la société Rosaplant, a été choisi puis cloné par l’Inra au sein d’un même bourgeon pour ensuite être mis en culture hors sol dans les deux serres.
Le biogaz de décharge, une fois capté par un réseau de puits forés dans les tumulus de déchets, est aspiré jusqu’à une chaudière pour être brûlé. La chaudière, de marque Giordano, a été adaptée à la combustion au biogaz par Nour Bentounes, de la société PICC, d’ailleurs en charge de toute la partie technique de l’installation. Initialement alimentée au gaz naturel, elle dispose d’une puissance de 150 kW qui lui permet de chauffer 1000 m2 de serres. L’épuration des fumées est effectuée par un système de lavage développé par la société PICC, qui doit d’ailleurs en déposer le brevet dans les prochaines semaines. Nour Bentounes indique juste que les fumées épurées satisfont aux seuils de toxicité et de phytotoxicité actuellement en vigueur.
BR>Un système de tubes en polyéthylène a été installé dans la serre expérimentale pour assurer le chauffage sous la partie verte de la rose. Un gradient de température allant de 20 à 35°C est ainsi créé d’un bout à l’autre de la serre. Des bouches d’injection permettent de diffuser les fumées de combustion épurées. La teneur en CO2 de ces fumées est de 2000 ppm, soit le double des teneurs naturelles. “De cette façon, nous allons pouvoir observer comment se comporte un rosier à 2000 ppm” indique André Jaffrin de l’Inra. Voici le second volet de l’expérimentation qui, si elle vise à démontrer la faisabilité technique de l’injection des fumées dans les serres, n’en est pas moins une opportunité de faire avancer la recherche fondamentale.
Outre le biogaz, les serres proposent une valorisation des eaux d’infiltration issues des déchets enfouies. Les lixiviats, après traitement par osmose inverse, sont en effet utilisés pour fabriquer les solutions nutritives qui alimentent les cultures hors sol sous serre, solutions qui sont d’ailleurs ensuite recyclées.
< b>Une volonté industrielle
Au terme des six mois d’essais, cette expérience pilote doit permettre de démontrer la faisabilité technique d’une tel concept pour la production horticole. Même si la production de biogaz de décharge va diminuer dans les années à venir, en effet seuls les déchets ultimes pourront être mis en décharge à partir du premier juillet 2002, les débouchés sont importants, ne serait-ce que pour l’installation de serres près de digesteurs. L’objectif est de transposer le concept de cette première expérience à des complexes horticoles d’une surface de 10 ha. Avec de fortes potentialités à la clef. En effet, il s’agit tout d’abord d’aider l’horticulture nationale et régionale à sortir de son marasme actuel. “La demande en roses est croissante et la part du marché français stagne”, indique André Jaffrin. L’angle d’attaque a adopter est économique puisque les producteurs français souffrent essentiellement des prix plus compétitifs pratiqués par leurs concurrents étrangers. La valorisation des biogaz et des lixiviats appliquée à la culture de roses doit permettre d’assurer une meilleure qualité de fleurs coupées tout en permettant de relever le rendement des roses, et donc de diminuer leur prix de revient. Les objectifs sont d’ailleurs ambitieux puisque les auteurs de ce projet espèrent augmenter la productivité de 30% par an grâce à cette nouveau mode de culture. D’un point de vue social, les retombées prévues sont aussi d’une grande importance puisque les auteurs de l’étude estiment qu’un complexe de 10 ha doit permettre de créer 60 emplois directs.
Le développement industriel d’une telle culture de roses pourrait aussi être aidé par l’installation d’une cogénération pour exploiter la totalité des biogaz de décharge disponibles. Outre le fait d’assurer en amont le chauffage et l’enrichissement carboné des serres, une cogénération permettrait en effet de dégager une rentrée financière par la vente de l’électricité produite à EDF. C’est d’ailleurs l’un des axes de développement prévu à Balançan où le complexe de roses sera étendu à 3 ha, dès l’achèvement de la phase d’essais.
Un tel concept de serres horticoles offre de nouvelles potentialités pour le biogaz. Outre le fait d’aller au delà de la réglementation actuellement en vigueur pour les CET, cette idée de nouvelle utilisation du biogaz (l’enrichissement carboné) doublé de celle éprouvée de l’usage thermique, semble particulièrement adaptée à la valorisation du biogaz de digesteur dont la composition est plus stable que pour le biogaz de décharge.
Des débuts prometteurs
Deux mois ont passé depuis l’inauguration du complexe horticole. André Jaffrin, de l’Inra, et Nour Bentounes, de la société PICC, indiquent que les premiers essais se sont déroulés de façon satisfaisante. Une serre témoin de 2 m3 a été installée dans la serre expérimentale pour les premiers essais d’injection de fumées de combustion. Ce premier essai doit encore durer un mois avant que l’injection ne soit pratiquée sur l’ensemble de la serre. Essai à suivre donc dans l’attente de la cueillette des première roses.
Article paru dans le DOSSIER BIOGAZ d'ENERGIE PLUS n°248 du 15 juin 2000
© ATEE – ENERGIE PLUS – reproduction interdite
retour RUBRIQUE TECHNIQUE BIOGAZ
retour ARCHIVES ENERGIE PLUS 2000
retour à LA UNE