Des sortes d'OPATB rurales depuis dix ans
Le CEIR, ou Conseil énergétique intercommunal et rural, est un concept inventé par la délégation régionale Centre de l'ADEME, mais que seule celle de Picardie met en oeuvre avec persévérance depuis dix ans. Il s'agit essentiellement d'un diagnostic des consommations d'énergie réalisé dans un patrimoine communal, avec une forte implication des élus locaux. Il s’adresse toujours à une structure intercommunale (communauté de communes) et fait intervenir l’ADEME et le Conseil régional comme soutien financier, ainsi qu’un PIE (Point Info Energie) en tant qu’animateur et opérateur technique, équipé du logiciel AMICE. C’est une opération groupée et programmée qui, en outre, est dans 80% des cas couplée avec une OPAH soutenue par l’ANAH. Le CEIR ressemble donc beaucoup à une OPATB (Opération programmée d’amélioration thermique des bâtiments, voir Energie Plus n°282), sans toutefois en avoir ni l’ampleur ni l’important volet de communication.
En voici le déroulement.
A l’occasion d’un commission environnement ou bâtiment de la communauté de communes, l’ADEME présente sa proposition. Si elle l’accepte, la communauté joue alors le rôle de maître d’ouvrage ; elle informe les communes et leur demande de désigner chacune un élu correspondant. L’ADEME et l’animateur du PIE réunissent ces correspondants, leur décrivent l’outil et leur remettent un questionnaire sommaire (une page) : quels bâtiments ? quelles énergies ? quels usages ? Ces données sont entrées dans le logiciel qui édite alors un questionnaire plus précis par équipement. Ce questionnaire est remis aux correspondants lors d’une deuxième réunion avec explications, information sur la tarification des énergies et glossaire technique, de façon à ce qu’ils soient capables de le remplir et de décrire ainsi en détail l’état de leur patrimoine. Les données sont entrées encore une fois dans le logiciel qui édite un rapport par commune et un rapport concernant la structure intercommunale (ratios). Pour chaque commune, le rapport rappelle l’ensemble des données, calcule des ratios et formule des propositions d’amélioration chiffrées en termes d’économies d’énergie et d’investissements. Ces rapports sont présentés aux élus lors d’une troisième et dernière réunion.
Si les élus décident de faire faire les travaux qui leur sont recommandés, le Conseil régional apporte une subvention à hauteur de 10% de leur montant. Aujourd’hui, dix structures intercommunales, regroupant 250 communes, ont joué le jeu et 300 dossiers de travaux ont été montés. En moyenne, chacune de ces petites améliorations coûte 12 kF et aboutit à une économie de 15%, soit 0,8 tep/an. C'est peut-être peu, mais c'est sans compter la sensibilisation et la formation d' un élu dans chaque commune.
COV : substitution ou incinération régénérative
En Picardie, les plus gros émetteurs industriels de COV ont déjà traité leurs effluents ou sont en train de le faire. La délégation régionale de l’ADEME a soutenu certaines de ces opérations individuellement, mais ici aussi, elle a organisé une opération groupée pour six sites dans le cadre des Fonds structurels européens (FEDER) qui ont permis de financer des études détaillées (nature des COV émis, concentrations, flux d’air pollué) afin de choisir et de dimensionner les solutions techniques les plus performantes, l’Agence prenant ensuite le relais pour l’aide aux investissements. L’objectif fixé était de réduire de 90% les émissions de chaque site, sauf dans le cas particulier où l’un ou l’autre des sites avait déjà entrepris des efforts de réduction. De manière générale, c’est la substitution des produits solvantés par des produits à base aqueuse qui a été privilégiée. Quand cette solution n’était pas envisageable, le choix s’est porté presque toujours vers l’incinération régénérative, technique qui permet de réduire la consommation de gaz, dans des fours à trois lits, ou mieux à douze lits (technologie Eisenmann) où les temps de passage d’un lit à l’autre, pendant lesquels l’air n’est pas traité, sont beaucoup plus réduits.
Les six établissements en question sont les suivants : Ugepa (papiers peints) ; Abélia (papiers peints) ; Boutté (décolletage) ; Essef (papiers peints) ; Soplaril (impression sur plastiques) ; Carnaux Métal Box (fabrication de boîtes de conserve). Les deux premiers fabricants de papiers peints, Abélia et Ugepa, sont passés aux peintures hydrosolubles, du moins pour leurs lignes nouvelles. Pour les lignes existantes, l'adaptation des machines est une opération onéreuse. Les encres acqueuses ont un pouvoir couvrant cinq fois supérieur à celui des peinturs solvantées, ce qui impose de mettre en place de ouveaux cylindres d'impression avec des gravures moins profondes. Il est en oute nécessaire de tripler la puissance du séchoir et de remplacer toutes les parties en contact avec la vapeur d'eau par de l'inox. Ils ont donc maintenu les encres à solvants sur les lignes existantes et installé des incinérateurs régénératifs pour détruire les COV. Chez Essef, on a également adopté les peintures hydrosolubles sur une ligne nouvelle, mais on fabrique des papiers plastifiés et il n'existe pour l'instant pas de substitut possible aux plastifiants. L'incinérateur mis en service est ici de type récupératif et il élimine les COV avec une efficacité de 99,9%. Le même problème s'est posé chez Soplaril : on n'a pas encore trouvé de substitut aqueux aux encres pour l'impression sur plastiques et l'établissement a mis en place un incinérateur régénératif.
Chez Boutté, il a "suffit" de modifier la machine de dégraissage, notamment en l'allongeant, pour éviter l'essentiel des émissions de vapeur de solvant. En revanche, le cas de Carnaud Métal Box, à Laon, s'est révélé beaucoup plus complexe, car l'usine utilise plusieurs types de solvants et vernis pour des fonctions diverses. Six opérations distinctes sont en cours, dont cinq relevant de la substitution de produits, la sixième concernant la mise en place d'un incinérateur régénératif. Parmi les cinq opérations de substitution, deux sont soutenues par l'ADEME au titre de ses opérations de démonstration. La première vise à utilisr un vernis de rechampissage sans solvant, à base d'eau, pour protéger le métal sur une bande de 5 mm de large le long de la soudure ; la seconde à remplacer les vernis à solvants, qui polymérisent sous l'action de la chaleur, par des vernis UV qui polymérisent sous l'action du rayonnement UV, sans chaleur, donc sans émission de vapeur. Des vernis UV existent déjà, mais la difficulté est ici de mettre au point un produit qui permette la stérilisation ultérieure de la boite. En 2003, lorsque tous les investissements auront été menés à bien, les émissions de COV de l'usine auront diminué de plus de 90%.
Deux autres opérations méritent d'être citées (...)
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MDE dans les supermarchés
La Picardie compte une centaine de supermarchés dont la consommation totale d'électricité a doublé en dix ans du fait de l'accroissement des surfaces commerciales, mais aussi de la multiplication des usages de l'électricité, notamment pour le froid et la climatisation.
La délégation régionale de l'ADEME a souhaité en savoir plus sur les postes de consommation. Elle a trouvé un "cobaye" volontaire, l'Intermarché d'Ailly-sur-Noye, une moyenne surface représentative du secteur, sans climatisation , et a demandé au bureau d'étude Enertech une analyse détaillée des postes de consommation et des économies d'énergie possibles. Enertech a installé une soixantaine de capteurs dans le magazin et ses annexes et a suivi les données pendant six mois. Constatation générale : le magasin en question n'est pas "très gaspilleur" ; il gère déjà avec assez d'efficacité certains équipements et l'éclairage extérieur n'est pas excessif. Les principaux gisements d'économies potentielles sont en outre rapidement cernés puisqu'à eux seuls, les postes froid et éclairage représentent 80 % de la consommation totale.
D'après Enertech, il serait possible de réduire d'un tiers la consommation du poste froid et de moitié celle du poste éclairage. les mesures proposées sont souvent techniquement simple, mais nécessiteraient parfois des équipements qui ne sont pas disponibles sur le marché, faute de demande suffisante. Une deuxième source importante d'économies consisterait à récupérer la chaleur du groupe froid positif pour chauffer l'eau utilisée à la boucherie et à la station de lavage sous pression. Une troisième source d'économies, enfin, réside dans de petits travaux et réglages spécifiques à certains appareils électriques (détecteurs antivol des caisses, emballeuse du laboratoire boucherie, réglage des horloges pour éviter des dégivrages simultanés ou pendant les heures d'éclairage, ...)qui, pour des investissements modiques permettraient des économies significatives de consommation et des réductions sensibles de la puissance souscrite.
Au total, et hors solutions non éprouvées, la mise en oeuvre des principales recommandations du rapport pourrait se traduire par une économie de 37 % de la consommation d'électricité du supermarché, une diminution de 40 % de la puissance souscrite et une réduction résultante de 40 % de la facture d'électricité, le tout pour un montant total d'investissements de 233 kF (environ 35.5 keuros), ce qui conduit à un temps de retour global de 2.5 ans. Signalons que parmi les mesures proposées, certaines relèvent d'une modification des comportements ou d'un câblage électrique simple, comme éteindre la nuit les vitrines, la réserve, les bureaux, les couloirs, la photocopieuse ...Elles sont gratuites et si l'économie qu'elles permettraient est assez faible, elles réduiraient quand même la consommation de près de 3500 kWh par an.
Dans sa conclusion, Enertech souligne que pour trouver des solutions techniques appropriées, il a eu recours plus souvent à des documents américains qu'à des documents français, ce qui, d'après lui, reflète le fait que "la France n'est manifestement pas encore dans l'engrenage de la MDE". Et c'est une absence de demande qui aboutit à une absence d'offre sérieuse. L'exemple le plus typique est celui des bacs froids qui restent ouverts toute la nuit, ce qui représente un "gouffre énergétique".On a du mal à trouver des couvertures standard dans le commerce et leur installation fait appel aux compétences d'un frigoriste expérimenté car la régulation des meubles n'est pas prévue pour un fonctionnement avec couverture, si bien qu'on peut craindre la formation de givre dans les bacs à froid négatif et l'apparition de gel dans ceux à froid positif. Il faut en coutre qu'une personne mette en place les couvertures tous les soirs. Certes, des bacs fermés existent, mais ils sont plus chers et il faut y penser dès le départ. Pourtan, la couverture de nuit est une solution très efficace, avec un temps de retour de l'ordre de 3 à 3.5 ans.
A l'ADEME, on aimerait bien voir se diffuser ces solutions de MDE dans le secteur car elles sont transposables moyennant quelques études préliminaires à l'ensemble des grandes et moyennes surfaces. Mais on ne se fait pas trop d'illusions : l'énergie n'y représente qu'un pourcentage infime du chiffre d'affaires et des bénéfices ; et les exploitants s'intéressent peu à ce poste. De plus, les nouvelles dispositions liées à l'encadrement communautaire des aides d'Etat lui interdisent désormais, sauf exception, d'aider des investissements dont le temps de retour est inférieur à 54 ans. Elle a donc charché une activité où les responsables seraient plus sensibls au poste énergie et s'est tournée vers les hôpitaux. une étude du même type est en cours dans un hôpital témoin de la région.
Péronne : ville pilote MDE
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De Saint-Quentin à Hô Chi Minh ville
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Maîtrise de l'énergie dans l'industrie
Eurolysine : retour immédiat
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Montupert : des économies sans investissement
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Cosserat : récupérateur sur fumées
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William Saurin : petite, mais facile
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Brenta : optimisation du froid
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Lire la suite dans le supplément technique d'ENERGIE PLUS n°284 du 15 avril 2002
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