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DOSSIER MDE - ENERGIE PLUS n°291 du 15 septembre 2002
Publié le: 15 septembre 2002

Le secteur tertiaire se caractérise par l'augmentation croissante de ses besoins en électricité. Il représente donc une cible intéressante pour la maîtrise de la demande d'électricité (MDE. Les Politiques française et européenne prévoient de nombreuses actions pour favoriser l'utilisation d'équipements performants aussi bien pour la bureautique que pour l'éclairage ou la climatisation.

L’enjeu est de taille puisque l'électricité fournit au¬jourd'hui 40% des besoins en énergie finale de l'économie française soit 396 TWh, l'équivalent de 88 Mtep.
Deux secteurs absorbent 96% de l'électricité finale du pays, il s'agit du bâtiment (61 %) et de l'industrie (35%).
Ces 20 dernières années, la part de marché de l'électricité dans l'industrie a augmenté de 42% alors que la consommation totale d'énergie du secteur diminuait de 1,8%. Dans le même temps, à l'intérieur des bâtiments tertiaires et résidentiels, les consommations d'électricité ont augmenté de 130% alors que la consommation d'ensemble du secteur n'a augmenté que de 49%. Ces fortes croissances ont plusieurs raisons, notamment le développement des usages spécifiques liés par exemple à l'équipement des ménages ou encore celui du chauffage électrique et de la climatisation des bâtiments. 45% de l'électricité sont utilisés pour des usages spécifiques dans les bâtiments (l03 TWh par an) ou pour alimenter des moteurs dans l'industrie (79 TWh par an).

Dans les bâtiments, sur 103 TWh consommés, 11 TWh sont utilisés dans le tertiaire public (écoles, mairies, hôpitaux...) et 30 TWh dans le tertiaire privé.
Tous secteurs confondus, le gisement global de MDE est estimé, par l'ADEME, à 30 TWh à l'horizon 2010 ce qui corres¬pond à 660 millions d'euros par an d'économies.
Le secteur tertiaire est particulièrement énergivore notamment dans trois domaines : bureautique/multimedia, éclairage et auxiliaires de chauffage et de ventilation.

La meilleure solution est sans doute celle de Daniel Waller d'Euroace : l'alliance européenne des entreprises pour l'efficacité énergétique dans les bâtiments tertiaires: «Pour être efficace au niveau énergétique, il ne faudrait plus aller au travail». C'est une utopie bien sûr, mais réduire les consommations d'électricité notamment dans les bureaux est une nécessité. En effet, même en Grande-Bretagne, les bureaux sont climatisés alors que ce pays n'est pas connu pour la chaleur de son climat ! Mais il existe d'autres aberrations, comme de laisser toutes les lumières d'un étage allumées alors qu'il ne reste qu'une seule personne qui travaille.
Le coût de l'énergie n'est pas dissuasif pour les employeurs alors il faut éduquer la population, des décideurs jusqu'aux utilisateurs lambda.

MISE EN ŒUVRE DE PROJETS EXEMPLAIRES DE MDE EN FRANCE
En France, l'ADEME a mis en place des actions spécifiques. Tout d'abord, l'Agence a relancé la recherche appliquée dans la MDE en particulier dans le secteur du bâtiment car il y avait un déficit énorme d'innovations dans ce domaine. Ensuite, elle a relancé son système d'opérations exemplaires (appels à projets) avec notamment les opérations programmées d'amélioration thermique et énergétique du bâtiment (OPATB voir le n°281 d'Energie Plus). Dans le cadre des OPATB, l'ADEME s'intéresse à la maîtrise de l'énergie, à la promotion des énergies renouvelables, à la MDE et à la promotion d'équipements performants.
Tout se fait en partenariat avec l'ensemble des professionnels locaux. Pour cela, des incitations financières notamment vis à vis du secteur tertiaire aident à payer les surcoûts. Ces projets peuvent s'étaler sur 5 ans et l'ADEME souhaite lan¬cer 25 projets de ce type.

A côté de ces actions coup de poing, l’ADEME développe aussi une politique d'accord avec des partenaires. Il existe notamment un accord-cadre avec EDF sur la période 2002-2003 pour favoriser les actions de MDE ainsi que d'autres accords-cadre avec le gestionnaire du réseau de transport de l'électricité (RTE) ou encore avec des entreprises privées comme le groupe Accor.

Dans le secteur tertiaire, pour transformer les marchés, l'ADEME préconise de favoriser par exemple les politiques d'achats groupés, les accords volontaires avec de grands maîtres d'ouvrages, l'aide à la décision, les opérations vitrines ou encore les villes et territoires pilotes.
La plupart des équipements performants mis sur le marché présentent des surcoûts faibles et le temps de retour est relativement court, souvent inférieur à deux ans: électro¬ménagers, lampes fluo compactes (LFC), appareils électroniques ainsi que de nombreuses applications industrielles.
L'utilisation de ces appareils performants en plus d'un comportement sensé comme éteindre la lumière quand on sort d’une pièce ou encore éteindre les veilles électroniques permettent déjà de belles économies.

Selon l'ADEME, en comparaison avec un scénario «laisser faire», intégrant cependant une part de progrès technologique tendanciel sous la forme de «MDE rampante», les économies attendues suite à la mise en œuvre des programmes MDE sur les seuls usages spécifiques utilisés dans le secteur du bâtiment, seront de 11,5 TWh par an en 2006 soit 10% de la consommation actuelle de ces usages.

Le secteur du bâtiment tertiaire représente 30 à 40 % des émissions de CO2 dans les pays de l'OCDE.

La maîtrise de l'énergie dans le secteur des bâtiments s'introduit dès la construction du bâtiment et n'est jamais modifiée mais il ne faut pas oublier de l'intégrer lors de la rénovation de bâtiment. Il faut chasser les idées reçues. Pour beaucoup, moins d'énergie s'associe encore avec moins de confort, une qualité plus faible ou bien une réduction de la productivité.

Dans la réglementation thermique, aussi appelée RT 2000, une partie concerne les bâtiments tertiaires. Pour permettre des améliorations sensibles dans le tertiaire, la RT 2000 repose sur trois principes: limiter la consommation d'énergie du bâtiment au regard d'une valeur de réfé¬rence, réduire l'inconfort d'été en fixant un niveau maximal de température au sein du bâtiment et enfin déterminer les performances minimales qui ont valeur de «garde fou».
Cinq usages de

l'énergie sont particulièrement pris en compte : ventilation, chauffage, eau chaude sanitaire, climatisation, éclairage (non résidentiel). La réglementation thermique est révisée tous les 5 ans et elle doit permettre de réduire à chaque fois de 10% la consommation d'énergie globale.

MULTIPLICATION DES MESURES LÉGISLATIVES EUROPÉENNES

La Communauté Européenne occupe une place centrale car elle a mis en œuvre des directives et des programmes pour inciter les Etats membres à maîtriser leurs consommations d'électricité.
Le 7 juin 2002, une position commune a été trouvée en ce qui concerne la proposition de directive sur la performance énergétique des bâtiments. Elle devrait donc bientôt être adoptée. Son but est d'entreprendre une action pour améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments afin de réaliser l'important potentiel d'écono¬mies d'énergie qui existe dans ce secteur.
D'autres directives sont encore en projets comme celle qui consiste à labelliser les appareils de climatisation.

Les programmes Save et Ahener respectivement chargés de promouvoir l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables ont été renouvelés cette année et devraient ensuite être remplacés par un programme appelé «Energie Intelligente pour l'Europe» qui poursuivra leur action ainsi que celle d'autres programmes notamment en ce qui concerne l'efficacité énergé¬tique dans les transports. Autres programmes importants : Greenlight, qui a débuté en février 2000 pour inciter à l'achat d'éclairages performants ou encore Energy Star qui a débuté en janvier 2002 et qui est un label garan¬tissant l'efficacité énergétique notam¬ment du matériel informatique.

En 2006, en France, si 60% des ventes étaient des produits estampillés Energy Star, il en résulterait une économie de 1,9 TWh sur une consommation totale actuelle de 3,1 TWh (chiffres ADEME).

L'European Climate Change Programme (ECCP) est une étude menée pour la Commission Européenne afin d'identifier et de développer les éléments les plus importants de la straté¬gie de l'Union Européenne pour dimi¬nuer les émissions de gaz à effet de serre dans le but de respecter les engagements pris à Kyoto. Il faut garder à l'esprit que la diminution de la con¬sommation d'électricité engendrera par effet de conséquence une diminution des émissions de gaz à effet de serre.

Les recommandations qui découlent de cette étude sont nombreuses, en voici quelques unes : la révision de la directive d'étiquetage énergétique pour l'étendre aux produits du secteur tertiaire, la mise en place d'un accord avec les fabricants de lampes pour diminuer le coût des LFC ou encore la poursuite de la promotion du programme Greenlight. L'ECCP a confirmé ce que la Commission avait identifié : pour que le secteur tertiaire participe à la diminution des émissions promises à Kyoto, il faut un bon équilibre entre les mesures obligatoires et volontaires.

Les actions qui viennent en tête des plus importantes sont : l'accélération de la mise en place des exigences d'efficacité,le développement des sociétés de service énergétique (ESCOs) et s'occuper des équipements bureautiques qui sont ceux où le potentiel d'économie d'électricité est le plus grand (notamment grâce au program¬me Energy Star).

Une des recommandations les plus appuyées pour développer l'efficacité énergétique dans l'industrie et le secteur tertiaire est de mettre en place un programme appelé E2MAS (Energy Efficiency Management and Audit Scheme). Ce programme a pour but d'encourager la mise en place d'audit énergétique et les experts pensent qu'il doit se baser sur les programmes qui existent déjà (Greenlight, Energy Star...). E2MAS doit encourager d'une part les sociétés à être plus efficaces et plus actives dans ce domaine et d'au¬tre part les sociétés de services énergétiques (ESCOs) qui vont aider les so¬ciétés à améliorer leur efficacité éner¬gétique.

Depuis 1988, la Communauté européenne essaie de motiver le développement des ESCOs en particulier avec des subventions mais le suc¬cès n'est pas le même en Europe qu'aux USA. Que faire pour développer les ESCOs en Europe ? Selon Paulo Bertoldi, de la Commission Européenne (DG JRC), il faut améliorer leur définition, instaurer un code de conduite ainsi qu'une accréditation et ensuite mettre à disposition des entreprises une liste des ESCOs accréditées et mettre en place des associations européennes de fournisseurs d'énergie.

LE RESPONSABLE ENERGIE
Lors de la conférence IEECB 2002, Mario de Renzio représentant de la fédération italienne pour utilisation efficace de l'énergie (FI RE) a évoqué la particularité italienne en ce qui concerne les ESCOs.
Il existe deux acteurs primordiaux pour promouvoir l'efficacité énergétique : les responsables énergie (Energy manager en anglais) et les sociétés de services énergétiques (ESCOs).
La loi italienne oblige les sociétés qui consomment plus de 1000 tep par an à nommer un responsable énergie qui peut être soit un employé soit un consultant extérieur, dont le nom doit être communiqué au ministère via la FIRE. Son rôle est de gérer les consommations d'énergie. Il doit tenir une comptabilité énergétique très détaillée sur les consommations d'énergies, de carburants et sur les coûts associés afin de déterminer le coût énergétique de la société et il doit mettre un œuvre un dispositif de maitrise de la demande d'énergie.
Il doit faire des profils annuels, des prévisions de demande en énergie.
Le profil du responsable énergie définie par la loi, un ingénieur qui a une expérience du secteur et qui maîtrise les dernières technologies dans le domaine de l'efficacité énergétique. Le responsable énergie peut travailler pour les utilisateurs principalement les forts consommateurs d'énergie comme les administrations publiques mais il peut aussi travailler pour les ESCOs, les agences locales de l'énergie, les agences gou¬vernementales.

Les interventions du responsable énergie varient en fonction des entreprises pour lesquelles il travaille. D'après Mario de Renzio, les résultats en Italie sont positifs même si certains rencontrent quelques problèmes dus au fait qu'ils ne bénéficient pas de moyens suffisants pour agir. En Italie, il existe plus de 2000 responsables énergie déclarés.

LES ESCOs
Les ESCOs jouent un rôle complémen¬taire. Elles fournissent des services in¬tégrés à leurs clients, exécutent des projets d'économie d'énergie, fournissent des garanties de performances et d'économie d'énergie et sont payées selon leur efficacité pour réduire les consommations.
Au préalable, ces sociétés de services énergétiques doivent faire un audit pour cibler les actions d'amélioration. Elles peuvent faire tout cela seules ou bien en sous-traiter une partie. Selon Mario de Renzio, Une définition commune voire même une certification doit être mise en place pour ces sociétés afin que les clients y voient plus clair.

LE PRINCIPALE MOTEUR DE LA MDE : LE GRAND PUBLIC
Le moteur économique n'est pas suffisant pour motiver le secteur tertiaire: il y a actuellement des excès dans la consommation d'énergie et de carburant fossile.
Incontestablement, c'est le grand public qui va tirer la demande car c'est une exigence liée à des an¬goisses collectives.

Le changement climatique est un moteur pour encourager la MDE dans les bâtiments tertiaires. L’environnement est désormais un passage obligé. Commercialement parlant, il peut être intéressant pour les entreprises d'avoir une façade qui montre leurs actions dans l'environnement. D'ailleurs, nombre d'entre elles établissent désormais, en parallèle avec leur rapport d'activité, un rapport sur leur action pour le développement durable.

Article publié dans le supplément technique d'ENERGIE PLUS 291 du 15 septembre 2006
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