Dans un contexte où la demande d'électricité croît en permanence et où la production d'électricité engendre celle plus ou moins importante de gaz à effet de serre, il faut trouver des moyens pour éviter l'élargissement à l'infini des infrastructures existantes. La maîtrise de la demande d'électricité (MDE) s'avère être une solution intéressante car elle permet d'améliorer l'efficacité énergétique tout en préservant la qualité du service.
Il faut prendre en compte la place prédominante prise par l’électricité dans la société actuelle. Il est impossible de stocker de l’électricité donc la gestion de l’offre et de la demande se fait en temps réel ce qui nécessite une adaptation instantanée entre production, transport, distribution et consommation. Les usages de pointe posent donc un problème car c’est en fonction d’eux que seront quantifiés les besoins en capacité de production, de transport et de distribution de l'électricité. Même si aujourd’hui, le nucléaire permet de produire la majorité de l'électricité, la tendance à terme est de faire évoluer le parc de production vers une diversification des sources primaires. Si les usages de pointe continuent à se développer, les conséquences peuvent être soit une augmentation des moyens de production utilisant les combustibles fossiles qui contiennent une quantité importante de carbone pour couvrir ces pointes soit une reprise des investissements en capacités de production et de distribution difficile à amortir sur une courte période d'utilisation.
Tous secteurs confondus, la consommation d'électricité est en forte croissance mais deux secteurs totalisent à eux seuls 96% de la consommations d'électricité en France : l'industrie avec 35% et le bâtiment avec 61%. Le rôle de la MDE est d'intervenir sur deux points : l'amélioration du rendement aval du système électrique, au niveau des équipements situés après le compteur et la réduction des besoins de puissance de pointe. D'ailleurs, c'est sur le dernier point que la MDE se différencie de l'Utilisation rationnelle de l'Energie (URE) qui est le concept général d'économies d'énergie. Les axes stratégiques de la MDE sont triples : développer les usages et les équipements performants de l'électricité et créer un pôle de compétences scientifiques et technologiques sur la MDE, transformer les marchés et modifier les comportements d'achats et d'usages des consommateurs, des maîtres d'ouvrage et des gestionnaires et contribuer à l'élaboration des choix énergétiques futurs en anticipant et en optimisant la relation entre offre et demande d'électricité, en puissance et en consommation, au niveau local et national.
Francois Demarcq, directeur général de l'Ademe, a souligné lors du colloque MDE Partenaires les 17 et 18 décembre 2001 le fait "qu'un kWh non consommé est un kWh qui ne coûte pas et qui ne pollue pas". Donc le consommateur qui utilise des appareils performants est gagnant soit en terme de facture énergétique soit en terme de meilleure satisfaction à facture égale. Mais il n'est pas le seul, les producteurs d'énergies y trouvent aussi leur avantage. En effet, la MDE leur permet d'augmenter le bénéfice d'exploitation grâce au lissage des courbes de charge à la production mais aussi de réduire les besoins en puissance de pointe donc leur investissement en facilitant l'adaptation des capacités de production. Le gestionnaire du réseau de transport de l'électricité (RTE) bénéficie aussi de la MDE qui lui permet de réduire les coûts de renforcement des réseaux THT pour des territoires isolés ou mal sécurisés. Pour la même raison, les propriétaires de réseaux de distribution voient aussi pleinement les avantages de la MDE. L'objectifs de l'Ademe pour 2006 est de réduire la consommation de 15,5 TWh toutes cibles confondues grâce à la MDE.
Ouverture du marché de l'énergie et MDE
"La libéralisation du secteur énergétique et le respect des engagements de réduction des émissions de CO2 sont deux défis majeurs, aux enjeux contradictoires, auxquels il conviendra d'apporter des réponses pertinentes en recherchant un nouvel équilibre entre l'offre et la demande dans les prochaines décennies" note François Demarcq.
L'ouverture du marché européen de l'électricité induit une réaction logique chez les consommateurs. Ils cherchent la meilleure stratégie pour acheter leur gaz et leur électricité ce qui les amène à s'interroger sur leur consommation d'électricité. En effet, toute réduction de coût est un facteur de compétitivité. Avant c'etait l'offre qui fixait la demande mais aujourd'hui, la demande devient une variable stratégique.
La libéralisation nous fait entrer dans un marché compétitif et non plus monopolistique. Dans un marché compétitif, le fonctionnement est guidé par le prix. Dans ce cadre, l’environnement pourrait être un peu laissé à part mais il faut se rappeler qu’un équipement performant est plus rentable. L'électricité ne devient qu'une part du contrat et les clients sont plus exigeants. Ils veulent quelqu’un qui les aident aussi à concevoir et à gérer leur achat d’énergie. Les compagnies d'électricité s'orientent vers des programmes de maîtrise de la demande d'électricité pour fidéliser leur clients.
Par ailleurs aujourd'hui, la population en général ne veut plus que son paysage soit dégradé par des lignes hautes tensions ou de nouvelles constructions.
Les instruments de l'efficacité énergétique appliqués à la MDE
La nouvelle réglementation thermique des bâtiments appelée RT 2000 pose de nouvelles bases pour limiter la consommation d'électricité. Les exigences concernant le chauffage électrique ont été renforcées et de nouvelles exigences ont été définies sur des postes consommateurs d'électricité qui n'étaient pas réglementés jusque là : l'éclairage dans les bâtiments non-résidentiels, les consommations des ventilateurs et des circulateurs. La limitation de l'inconfort d'été fait aussi partie des nouvelles exigences pour limiter le recours à la climatisation.
Pour définir une réglementation, les pouvoirs publics s'appuient sur des normes de caractérisation du produit et des normes de calcul des consommations des systèmes. En décembre 1999, Christian Pierret, Secrétaire d'Etat à l'Industrie, a demandé à l'Afnor de mettre en œuvre un grand programme de normalisation sur l'énergie en particulier pour deux domaines précis : la consommation en veille des appareils électriques et électroniques et la consommation des circulateurs des systèmes de chauffage. L'intérêt du Ministère portait particulièrement sur la capacité de la normalisation à traiter efficacement la question des consommations diffuses notamment dans le secteur résidentiel et tertiaire. L'Afnor a alors créé un comité de pilotage sur la maîtrise de l'énergie et la normalisation avec le soutien financier de l'ADEME. Un programme coordonné de normalisation "Maîtrise de l'énergie" a ensuite été mis en place. Son but est d'améliorer l'efficacité énergétique des équipements utilisant de l'énergie, à service rendu équivalent voire amélioré. Ce programme a permis la mise au point d'une déclaration générale de stratégie destinée aux acteurs de la normalisation qui rappelle et qui chiffre les enjeux. Par ailleurs, elle propose trois dimensions de normalisation : internationale pour les aspects relatifs aux méthodes de mesure, européenne pour les aspects susceptibles de venir en appui à des directives et française pour les questions relatives aux usages et aux bonnes pratiques. Dans ce programme, les appareils et les composants sont considérés individuellement pour optimiser le système dans son entier. Il s'agit d'une approche intégrée où la normalisation est utile à chaque phase du cycle de vie y compris la fin de vie des produits. En effet, il serait aberrant que le recyclage des produits conduise à émettre plus de CO2 que leur conception qui respecte la maîtrise de l'énergie. Un plan d'actions concertées constitué d'un ensemble de fiches sur toutes une série de sujets a été défini : indications de consommation d'énergie des appareils domestiques et des lampes, classification des appareils de chauffage au bois, utilisation des déchets comme combustibles, harmonisation des mesures de consommation des véhicules etc…
Pour aller plus loin, l'Afnor a pris l'initiative d'associer la normalisation tant aux résultats des programmes de recherche européenne qu'aux discussions relatives aux nouvelles directives à venir.A travers cette initiative, la création d'un groupe de travail européen CEN/CENELEC permet d'associer aux débat des grandes agences nationales de l'énergie et de donner plus de force et de crédibilité aux différents programmes volontaires développés aux niveaux nationaux.
La politique communautaire a déjà eu un impact sur l'efficacité des appareils électriques dans le secteur résidentiel notamment depuis l'adoption d'une directive cadre sur l'étiquetage des appareils domestiques en 1992. D'ailleurs aujourd'hui, la majorité d'entre eux sont étiquetés. Une nouvelle phase a eu lieu en 1996 avec la mise en place d'accords volontaires avec les fabricants de téléviseurs, de magnétoscopes, de machives à laver, de lave-vaisselle, de chauffe eau à stockage électrique, etc...
Pour informer au mieux les consommateurs finaux et les aider à maitriser leur consommation d'énergie, des agences locales de l'énergie ont été créées ainsi que des espaces infos-énergies. Les agences locales de l'énergie ont vu le jour dans le cadre du programme européen SAVE qui leur octroie une aide financière les trois premières années de fonctionnement. De type associatif, leur objectif est de renforcer les capacités d'actions locales en matière de maitrise de l'énergie. Le réseau des points "Info Energie" a été mis en place dans le cadre du Plan National d'Amélioration de l'Efficacité Energétique (PNAEE), et il s'appuie sur les structures locales existantes (associations, agences locales...). Il est soutenu par l'ADEME en partenariat avec les collectivités territoriales. Leur but est de convaincre ceux qui viennent les voir qu'il suffit d'adopter quelques gestes simples et de disposer d'équipements et de produits adaptés pour que chacun d'entre nous puisse, à sa façon, réduire les émissions de gaz à effet de serre et de polluants tout en diminuant ses dépenses énergétiques.
MDE : une opportunité pour les réseaux ruraux
La MDE occupe une place toute particulière en milieu rural. En effet, les coûts de développement du réseau de distribution électrique sont plus élevés en milieu rural qu'en milieu urgain. La MDE constitue donc une alternative économiquement compétitive aux renforcements couteux du réseau. Comme c'est la puissance de pointe qui dimensionne le réseau, la MDE en milieu rural peut avoir une influence sur la diminution de cet aspect. L'ADEME et EDF ont défini deux tupes de MDE en réseaux ruraux : les opérations dites "micros" et celles dites "macros".
Les opérations micros traitent les petits réseaux identifiés concernant un nombre réduit d'usagers qui ont des défauts de tension importants (chutes de tension très supérieures aux normes admissibles). Dans ce genre de cas, le cout du renforcement est très élevé et il est plus intéressant de faire appel à la MDE.
La mise en place de la MDE se fait au cas par cas après enquête. En effet, pour déterminer chez quels clients seront placées les solutions MDE, il est nécessaire d'utiliser une méthode de diagnostic des réseaux basse tension en contrainte. Elle intègre une étude financière et les solutions proposées doivent permettre un report du renforcement de réseau. La rentabilité de ces opérations est généralement très bonne mais le principe de traitement des usagers à égalité n'est pas respecté puisque seuls ceux qui sont en réseau de contrainte se voit proposer des équipements performants. Une première série de travaux a été réalisée en Maine et Loire en 1999-2000. Le bilan de ces travaux montre une forte diminution du nombre de défauts de tension, un gain sur la durée cumulée des défauts compris entre 91% et 99% ainsi qu'une forte diminution de leur amplitude.
Toujours au stade expérimental, les opérations "macros" proposent à tous les usagers la mise en place d'équipements performants s'ils sont situés sur un territoire étendu desservi par une multitude de réseaux en contrainte. Pour ce type d'opération de grande envergure, la MDE est choisie si son prix est inférieur à celui des renforcements sur la même zone.
Actuellement deux opérations sont en cours. La première dans le canton de Lanmeur concerne huit communes soit 12000 habitants dont 8000 clients d'EDF et son but est de motiver la population à maîtriser sa consommation d'électricité mais aussi plus globalement sa consommation d'énergie au sens large. Une convention a été signée en juillet 1999 entre le syndicat intercommunal d'électrification du canton de Lanmeur, EDF et l'Ademe. L'opération a débuté en mars 2000 et s'est terminée le 31 décembre 2001. Le bilan n'est pas encore disponible.
La seconde a commencé en 1998 et concerne le département de la Loire. Elle est financée par le FACE (fonds d'amortissement des charges d'électricité). Elle résulte d'un partenariat entre le SIEL (syndicat intercommunales d'énergies du département de la Loire), l'Ademe et EDF. Un seul secteur géographique de 16 communes a, pour le moment, été traité et permet de tirer un bilan plutôt positif ainsi que des enseignements : une mauvaise diffusion des expériences précédentes, l'importance de l'acceptation de la démarche par les abonnés concernés, etc.
La MDE offre des potentiels énormes et il faut avancer dans ce sens car un jour, il faudra se dire que les renforcements sont inutiles et qu'il faudrait se contenter de ce que l'on a. Le moteur le plus important pour cette méthode, c'est la peur de l'effet de serre et la MDE est un des moyens dont dispose le citoyen pour participer à la diminution des émissions.
Article publié dans le supplément technique d'ENERGIE PLUS n°284 du 15 avril 2002
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