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Publié le: 28 juillet 2004

Une interview de Daniel CLEMENT, Directeur de la Recherche à l’ADEME, Co-Animateur du Réseau PACo (Pile A Combustible)

Cela fait 5 ans que le Réseau PACo a été créé. Pouvez-vous nous en décrire la genèse, les objectifs, le fonctionnement, les moyens ?
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Cela fait 5 ans que le Réseau PACo a été créé. Pouvez-vous nous en décrire la genèse, les objectifs, le fonctionnement, les moyens ?

Au cours des années 98-99 s’est déroulée une réflexion nationale dans le cadre du CIRST (Comité interministériel de la recherche scientifique et technique) dans le but de définir les thèmes prioritaires de R&D pour la France et le thème «Energie & Environnement» faisait partie des sept thèmes prioritaires ainsi déterminés. Cette réflexion a également débouché sur la création de «Réseaux de recherche et d’innovation technologique », définis comme des lieux de programmation de la recherche et dans lesquels la représentation des industriels devait être importante. C’est ainsi qu’est né le réseau «Pile à combustible et nouvelles énergies», dit bientôt «Réseau PACo».
Il a officiellement été mis en place le 25 juin 1999 avec comme mission de définir les axes d’une politique nationale de R&D sur les thèmes de son intitulé et de contribuer à la mettre en œuvre.

L’instance principale du réseau est son Comité d’orientation, chargé de fixer les axes d’action stratégiques. Il se compose d’une vingtaine de représentants de l’industrie et de la recherche, les représentants de l’administration n’y assistant qu’à titre d’observateurs. Le Bureau, au contraire, représente les administrations qui apportent des financements, c'est-à-dire le ministère de la recherche, le ministère de l’Industrie (DIGITIP), l’ANVAR et l’ADEME , qui ont été rejoints par le ministère chargé des transports et par un représentant de la DGA (Direction Général de l’Armement). Il est porteur des grandes politiques nationales, mais surtout, c’est lui qui tient les cordons de la bourse en fixant les orientations à prendre sur les moyens de financement et en répartissant les financements disponibles sur chaque projet labellisé par le Comité d’orientation. Enfin, la Cellule d’animation, composée de Françoise Barbier du CEA et de moi-même, assure le secrétariat du réseau, le suivi des actions et sert de point d’entrée vis-à-vis de l’extérieur.

L’objectif fixé au départ était de développer une filière nationale de la pile à combustible et de parvenir à l’industrialisation d’une PàC. C’était une réponse aux inquiétudes exprimées par les industriels, notamment du secteur transport, qui avaient connaissance des multiples annonces de leurs concurrents étrangers dans ce domaine. Il y avait bien eu quelques travaux dans le cadre du PREDIT, mais ils étaient peu nombreux et peu développés. Le Réseau PACo a été doté d’un budget autorisant un soutien de 50 MF/an à la recherche ce qui, compte tenu d’un facteur multiplicateur moyen de 2,5 à 3, correspond à l’exécution de 30 M€/an de recherche, représentant environ 300 équivalents-chercheurs. Il s’agit là d’un effort tout à fait significatif à l’échelle de notre pays sur un thème émergent. Statistiquement parlant, 40% de l’aide publique vont vers la recherche publique, 60% vers la recherche industrielle, et 80% de l’aide publique à la recherche publique se partagent à égalité entre le CEA et le CNRS.

Concrètement, comment les projets de recherche vous parviennent-ils et comment sont sélectionnés ceux qui seront aidés par le réseau ?

Le fonctionnement est de type bottom-up. Les projets nous parviennent spontanément ; ils sont alors soumis à des experts puis selon leur intérêt, labellisés par le Comité d’orientation. Le Réseau a néanmoins lancé un premier appel à propositions au départ, en juin 1999, afin de «lancer la machine», puis un second appel à propositions en 2001, à l’issue d’une phase de réflexion et de concertation qui a permis de réorienter les axes prioritaires. Mais en règle générale, les projets arrivent au fil de l’eau.

La labellisation n’est pas l’étape ultime : elle signifie que le projet mérite d’être soutenu par les pouvoirs publics et est envoyé devant les financeurs. Il peut encore y avoir à ce stade 10% environ des projets qui échouent, soit parce qu’il a été impossible de mobiliser les financements nécessaires, soit parce qu’entre temps, certaines entreprises ont pu modifier leurs orientations stratégiques.

Fin 2003, on comptait 52 projets labellisés, mobilisant plus de 60 équipes de chercheurs. Au cours de ces cinq années de fonctionnement, on a pu noter une évolution certaine : très orientés sur la recherche au départ, les projets que l’on nous propose sont de plus en plus technologiques. Il n’y a pas encore de projets d’industrialisation, mais certains, déjà, portent sur des procédés industriels de fabrication de composants des PàC. Ajoutons que la durée des projets étant au minimum de deux ou trois ans, ce n’est que depuis l’an dernier que nous voyons le nombre de projets achevés augmenter sensiblement.

Les recherches soutenues par le Réseau portent-elles sur tous les types de piles à combustible ou bien sur certains seulement ?

La recherche en France, comme un peu partout dans le monde d’ailleurs, se focalise surtout sur les piles de type PEMFC (à membrane échangeuse de protons) et SOFC (à oxyde solide), car la tendance générale est de s’orienter vers les piles à électrolyte solide, dont la gestion est moins complexe que celle des piles à électrolyte liquide. Le Réseau a cependant un peu travaillé aussi sur les piles alcalines (type AFC) qui comportent également des membranes polymères, mais échangeuses d’anions.

Les piles à aide phosphorique (type PAFC) ont été les plus répandues dans le monde jusqu’à ces dernières années – ce sont celles qu’a mises en place Gaz de France à Chelles, par exemple. Mais elles sont aujourd’hui à peu près abandonnées. Les piles à carbonate fondu (MCFC) a fait l’objet de nombreux travaux au Japon où l’on peut trouver des unités expérimentales de 1 à 2 MWe, mais ces travaux sont très ralenti. Il reste cependant un constructeur en Europe (MTU en Allemagne) et cette filière peut encore apparaître comme concurrente au SOFC. Les piles à méthanol direct, enfin, sont intéressantes techniquement, mais souffrent d’un handicap sérieux : la toxicité du méthanol. Si bien que, majoritairement, les Américains, les Japonais, les Européens (dont les Français) et les Coréens concentrent leurs efforts essentiellement sur les PEMFC à basse température et les SOFC à haute température.

Les développements actuels semblent également beaucoup se concentrer dans le secteur des transports où il y a énormément d’effets d’annonce. Est-ce vrai aussi pour la France ?

Lire la suite dans Energie Plus n°330 du 15 juillet 2004
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