Le bois gagne du terrain
Dossier bois énergie - ENERGIE PLUS n°271 du 15 septembre 2001
Publié le: 15 septembre 2001
La filière bois-énergie connaît, depuis la mise en œuvre du premier plan bois-énergie en 1994, un développement sans précédent. Le mouvement n'est pas appelé à s'arrêter et l'ADEME s'est ainsi fixée comme objectif pour son deuxième plan bois-énergie l'installation de 1 000 nouvelles chaufferies bois d'ici 2006. Avec tous les bénéfices en termes d'environnement et d'emplois que cela suppose. Le bois est à la mode énergie renouvelable créatrice d'emplois Les raisons d'un décollage 1000 nouvelles chaufferies bois en 2006
Le bois est plus que jamais à la mode. C'est, par exemple, la signature en mars 2001 d'une charte "bois-environnement-construction" entre la profession du bâtiment et les ministères de l'Environnement, du Logement et de l'Agriculture. Charte qui entend inciter les établissements publics et les collectivités locales à intégrer le bois dans leurs projets de construction. C'est aussi, et surtout, le bois-énergie dont la filière connaît un essor sans précédent, aidé en cela par la mise en œuvre de deux plans bois-énergie, l'un achevé, l'autre en cours.
Une énergie renouvelable créatrice d'emplois Si l'utilisation du bois ne date pas d'hier, ses avantages sont semble-t-il mis en avant depuis peu. En effet, la valorisation énergétique du bois est intéressante à plus d'un titre. Le bois-énergie est tout d'abord une énergie renouvelable et propre. Tout le carbone libéré lors de la combustion du bois est incorporé par les arbres au moment de leur croissance. Il se forme ainsi un cycle entre le volume de gaz carbonique rejeté et incorporé. Par conséquent, la combustion du bois ne contribue pas à l'augmentation dans l'atmosphère de la teneur en dioxyde de carbone. La valorisation énergétique du bois-énergie contribue de cette façon à lutter contre le changement climatique, en participant notamment à la satisfaction des objectifs français de réduction de gaz à effet de serre. Comme l'indique le ministère de l'Environnement,"on retient que la substitution de 1 000 tep/an de combustible fossile réduit les émissions de gaz carbonique d'environ 3 000 t/an". Ou, pour prendre un autre exemple de l'ADEME, qui sera plus parlant aux usagers domestiques : "l'utilisation de 4 m3 de bois-énergie permet d'économiser 1 tonne de pétrole (tep) et d'éviter en moyenne l'émission de 2,5 tonnes de CO2 dans l'atmosphère".
Le bois-énergie pourrait en outre aider à réaliser l'objectif de la future directive communautaire sur l'électricité d'origine renouvelable, qui imposera si elle est ratifiée en l'état un taux de couverture par les EnR de 22,1% de la consommation d'électricité européenne en 2010. Pour atteindre cet objectif, environ 40 TWh d'électricité d'origine renouvelable supplémentaire devront être produits en France. Sachant que la contribution du bois-énergie à la production d'électricité est aujourd'hui de 1,5 TWh, on peut à juste titre se demander dans quelle mesure le bois-énergie permettrait d'aider à la réalisation de cet objectif. Selon le groupe de travail bois-énergie de l'ATEE, une production de bioélectricité (cogénération ou production d'électricité seule) supplémentaire de 1,5 TWh, voire 2 TWh, est envisageable si un tarif d'achat de l'électricité produite suffisamment élevé est mis en place (voir à ce sujet notre article sur les tarifs d'achat) ; tarifs d'achat qui doivent être fixés prochainement par un arrêté à sortir dans le cadre de la nouvelle loi électricité.
Toujours d'un point de vue environnemental, la combustion du bois dans une chaufferie bien conduite et équipée d'un système de dépoussiérage des fumées entraîne aussi des rejets limités en polluants. Elle n'entraîne de plus aucune émission de dioxyde de soufre (pour la bonne raison qu'il n'y a pas de soufre dans le bois).
Mais le bois-énergie n'est pas intéressant que d'un point de vue environnemental. Ainsi, on estime aujourd'hui que la filière bois emploie en France quelques 550 000 personnes. La seule filière bois-énergie représente 20 000 emplois ; soit, indique l'ADEME, environ un emploi pour 2 000 m3 de bois-énergie valorisé. Le bois-énergie dispose donc d'un rôle important à jouer dans le développement d'une économie en grande partie rurale. Pour reprendre l'exemple du MATE précédemment cité, "la substitution de 1 000 tep/an de combustible fossile [...] contribue au développement local et entraîne la création de 2 à 4 emplois".
Deux autres points forts sont enfin à verser au dossier du bois-énergie. Tout d'abord celui de permettre la valorisation des sous-produits de la filière bois bâtiment que sont les écorces, emballages, etc. (voir à ce sujet notre article sur la chaufferie urbaine au bois d'Autun). Ensuite celui de n'être pas soumis aux fluctuations des cours internationaux des monnaies et des carburants ; détail qui peut avoir son importance comme on a pu le voir à l'automne dernier. ↑ Au vu des avantages rappelés ci-dessus, on est en droit de se demander pourquoi toute la France n'est pas encore chauffée au bois. La raison est simple : le prix à l'investissement d'une chaufferie / chaudière au bois est plus onéreux que pour les énergies concurrentes. Par contre, et c'est là que le bois-énergie devient réellement intéressant d'un point de vue économique, le bois est un combustible plus compétitif que l'électricité et le fioul, et en général concurrentiel avec le gaz et le charbon. Ce qui, si l'on considère alors les aides mises en œuvre par les plans bois-énergie permet d'arriver très vite à la rentabilité. Car comme l'indique l'ADEME, "ce handicap est désormais compensé, sur tout le territoire français, par les aides accordées dans le cadre du programme Bois-énergie 2000-2006 développé par l'ADEME et les régions. Ces aides permettent de rentabiliser rapidement les investissements et, en développant le marché des équipements, d'en abaisser progressivement les prix".
Les raisons d'un décollage Un premier plan de soutien à l'utilisation du bois-énergie a été lancé en 1994 pour une durée de quatre ans. Il a permis de structurer les actions de l'ADEME pour les onze régions qui avaient alors répondu présent : Aquitaine, Auvergne, Basse-Normandie, Bourgogne, Bretagne, Champagne-Ardenne, Languedoc-Roussillon, Nord Pas-de-Calais, Poitou-Charentes, Rhône-Alpes, ainsi que trois des quatre départements de la région Franche-Comté (Doux, Jura et Haute-Saône). Ce premier plan, dont la cible excluait les consommateurs domestiques, a aidé 190 chaufferies au bois à voir le jour ; 2/3 en chauffage collectif et 1/3 dans l'industrie (essentiellement l'industrie du bois).
Un deuxième plan bois-énergie a été lancé en 1999. Plus ambitieux, le plan bois-énergie 2000-2006 implique désormais la totalité des régions françaises, et encourage aussi bien le développement des chaufferies bois urbaines et industrielles que la modernisation des conditions d'utilisation du bois-énergie sur le marché du chauffage domestique. L'objectif est la création de 1 000 nouvelles chaufferies au bois sur les sept ans que doit durer le plan. Soit une moyenne de 142 nouvelles chaufferies par an jusqu'en 2006. L'année dernière, le plan bois-énergie a bénéficié de l'appui de financements conjoints plan bois-énergie et contrats de plan Etat-Région. Le plan bois-énergie bénéficie en outre de la mise en place de démarches partenariales avec tous les acteurs de la filière, portant principalement sur les approvisionnements en combustibles. Les investissement réalisés par les collectivités, les organismes collectifs et les entreprises dans le cadre du programme bois-énergie 2000-2006 peuvent bénéficier d'aides financières de l'ADEME, des régions et des départements. L'ADEME peut apporter des aides de deux types : aides aux études (diagnostics, études de faisabilité) et aides à l'investissement. Ces dernières représentent en général entre 30 et 40% de l'investissement pour les chaufferies collectives. Elle sont par contre généralement plafonnées à 15% pour les chaufferies industrielles. Toutes aides confondues, l'enveloppe consacrée au bois-énergie par l'ADEME pour l'année 2001 a atteint 100 MF, soit un peu plus qu'en 2000 où 70 MF avaient été consacrés au plan bois-énergie. Un premier bilan de ce deuxième plan peut être dressé. Le mouvement initié par le premier plan ne s'est pas arrêté. Ainsi en 1999, la construction de 134 nouvelles chaufferies collectives et industrielles dans 18 régions a été décidée. Ce qui est plus que l'objectif affiché par l'ADEME qui était de 100 nouvelles chaufferies pour l'année 1999. L'année 2000 aura encore été meilleure, avec 142 nouvelles chaufferies (soit la moyenne à tenir sur sept ans pour satisfaire à l'objectif du plan). Au total, 360 installations ont été réalisées au cours des trois dernières années pour une puissance installée de 340 MW.
Le mouvement ne devrait pas s'arrêter. "Pour cette année, nous sommes bien partis pour atteindre 150 nouvelles chaufferies" confie Jean-Christophe Pouet, le monsieur bois-énergie de l'ADEME. Une centaine de nouvelles chaufferies ont ainsi déjà été réceptionnées depuis le début de l'année.
1 000 nouvelles chaufferies en 2006 Au début de l'année 2001, 515 chaufferies urbaines ou collectives au bois en fonctionnement représentant 433 MW de puissance installée et une consommation de bois équivalente à 155 500 tep/an ont été recensées par l'ADEME. Celles-ci assurent l'alimentation, directe ou par réseau de chaleur, d'ensembles immobiliers, de quartiers urbains, ou d'équipements publics (hôpitaux, écoles, piscines, etc.). Le tout permet d'éviter le rejet à l'atmosphère de 500 000 tonnes de CO2 par an et de mobiliser 500 emplois directs.
Selon l'ADEME, le nombre de chaufferies industrielles est supérieur au millier : 900 chaufferies bois dans l'industrie du bois représentant 1 970 MW de puissance installée et une consommation équivalente à 530 000 tep/an ; ainsi que plusieurs centaines de chaudières, générateurs d'air chaud, poêles industriels dans l'industrie de deuxième transformation du bois (menuiserie, agencement, meuble, etc.) non recensés. Celles-ci permettent de substituer plus de 1 million de tep par an et d'éviter la production de 3 MtCO2 par an.
Fort de cet état des lieux, des objectifs ambitieux ont été édictés pour 2006. L'ADEME ambitionne que le plan bois-énergie aide à l'installation de plus de 1 000 chaufferies nouvelles dont 400 dans le secteur industriel et 600 dans le secteur urbain et collectif. Soit une puissance supplémentaire installée supérieure à 1 000 MW pour une consommation de bois additionnelle de 2 Mm3 par an. La réalisation d'un tel objectif permettrait d'économiser 300 000 tep/an supplémentaires de combustibles fossiles, de réduire de 700 000 tonnes/an supplémentaires les émissions de CO2, et enfin de créer entre 600 et 1 000 nouveaux emplois.
Voir fichier ataché ci-dessous Bilan national du nombre de chaufferies engagées (chaufferies collectives, chaufferies industrielles) © 2001 ATEE – ENERGIE PLUS - Tous droits réservés
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