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Publié le: 10 janvier 2003

Il y a des coïncidences, cachées bien sûr mais qui ne doivent certainement rien au hasard. Rappelez-vous : 1997 fut une grande année pour la cogénération en France, avec la mise au point du fameux “ contrat 97-01 ” ; 1999 fut également à marquer d’une pierre blanche, avec la naissance du “ 97-02 ”. Et nous voici à l’orée de 2003.

Vous pouvez vérifier : 1997, 1999 et 2003 sont trois nombres premiers, qui plus est consécutifs. Et ce ne serait pas un signe du destin ? Il faut y croire, 2003 sera forcément l’année de la renaissance pour la cogénération.
Vous voudriez une autre raison d’être optimiste ? Après le décryptage ésotérique, voici le raisonnement statistique : la probabilité pour que l’année qui arrive soit meilleure que celle qui s’achève est nécessairement égale à un, puisqu’on ne peut imaginer pire année que 2002. Inattaquable, non ?

Plus sérieusement, il existe des raisons objectivement recevables d’espérer. Le contrat d’achat est enfin prêt– peut-être sera-t-il publié au moment où vous lirez ces lignes. Le tarif d’achat n’est pas si défavorable – à condition d’accorder le plus grand soin à la récupération de chaleur afin de bénéficier à plein de la prime à l’efficacité énergétique. Les nouvelles conditions de raccordement sont certes encore en discussion et il reste des points litigieux – mais les anciennes existent et sont toujours valides. Le dispositif légal, tarifaire et technique est maintenant complet. Les opérateurs peuvent enfin opérer. Alors, nous pouvons être optimistes ?

Pas si vite ! De gros nuages noirs s’amoncellent en plusieurs points de l’horizon. Le contrat d’achat et les conditions de raccordement comportent des clauses et des dispositions qui risquent de constituer de vrais freins au développement de la cogénération. Celle-ci paie, semble-t-il, une certaine crispation défensive de la part d’EDF face au déferlement des projets d’éoliennes. Par ailleurs, les primes d’assurance ont augmenté depuis les évènements du 11 septembre 2001, mais aussi à la suite de l’épidémie de casses subie par certains moteurs qui se sont révélés incapables de résister aux variations de la qualité du gaz. Ce surcoût relève à 1,5 MW le seuil de rentabilité au lieu de 0,5 à 1 MW, ce qui, conjugué au plafond de 12 MW, réduit le nombre et la variété des opérations envisageables. De plus, les deux principaux opérateurs dans cette gamme de puissance, Dalkia et Elyo, ont déjà réalisé leurs investissements les plus rentables et la cogénération va certainement perdre des places dans l’ordre de leurs priorités stratégiques.

Mais il y a plus grave encore à moyen terme. Dans les jours qui viennent, la “ loi gaz ” va être promulguée et elle accorde l’éligibilité à tous les cogénérateurs, ce qui ne leur est pas aussi favorable qu’on pourrait le croire a priori. Que ce soit pour les installations existantes ou les nouvelles, le problème risque de venir de la référence au tarif gaz pour le calcul du tarif d’achat : sur le marché libre du gaz, quel tarif ? Sans aller jusqu’à se référer au tarif gaz auquel pourrait accéder un cycle combiné de 650 MW qui n’est pour l’instant que virtuel, EDF pourrait être tenté de tirer la référence vers le bas, à un niveau “ industriel ” dont les cogénérations de moins de 12 MW ne pourront jamais bénéficier.
Rappelons enfin que le décret sur l’obligation d’achat prévoit que le plafond de 12 MW pourra être abaissé au fur et à mesure que le seuil d’éligibilité diminuera avec l’ouverture croissante du marché de l’électricité. Or, ce marché sera totalement ouvert pour les entreprises dès 2004 et pour les particuliers en 2007. Avec un seuil d’éligibilité à 0, à quel niveau sera fixé le plafond de puissance pour l’obligation d’achat ?
On voit d’ici les perspectives : une rémunération de plus en plus faible dans une plage de puissance de plus en plus étroite. Soyons donc optimiste, oui… mais pas trop. Michel HOËZ

Article paru dans le supplément technique d'Energie Plus n°297 du 15 décembre 2002
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