Après quelques essais dès 1998, la société Caen Habitat, gestionnaire de logements collectifs, a décidé d’investir sur la cogénération afin déduire simultanément la pollution et les charges locatives. Les résultats obtenus l’incitent à pousser plus avant l'exploration de toutes les possibilités de cette technique.
Les deux opérations pilotes de cogénération mises en route en 1998 sur les quartiers de la Guérinière et de la Grâce de Dieu avaient apporté des réductions des charges de chauffage et eau chaude sanitaire de 4% pour la première et 5% pour la seconde, au moment où se posait le problème de la modernisation d'autres installations et de leur mise aux normes en matière d'environnement (Loi sur l'air).
C'était le cas tout d'abord pour l’ensemble de 1176 logements dans le quartier du Chemin vert, composé d'un bloc de 1132 logements alimentés par une chaudière reconvertie au gaz et d'un groupe de 644 logements dont la chaufferie fonctionnait toujours au fuel lourd. Il fut alors décidé de ne garder qu'une chaufferie et d’utiliser une installation de cogénération pour fournir chauffage et eau chaude à l'ensemble des logements.
De l’air plus propre et des charges plus légère
Sur le plan technique, les responsables de Caen Habitat optèrent pour un équipement alimenté au gaz ce qui éliminait le fuel lourd, épargnant aux caennais le rejet dans l’atmosphère de quelques 7 tonnes de poussières (avec un bon contenu en souffre) chaque année, et du même coup, les lourds investissements que cette énergie aurait imposé pour la mise aux nouvelles normes.
L'équipement retenu, composé d'un moteur à gaz Deutz couplé à un alternateur Leroy Sommer, délivre une puissance électrique de 3 200 kW et une puissance thermique de 3 690 kW. Les échangeurs placés sur le circuit de refroidissement du moteur et sur le circuit de fumée alimentent un réseau de chaleur qui dessert le bloc de 644 logements par une sous station implantée dans le local de l'ancienne chaufferie au fuel, L'équipement de cogénération est implanté dans un local neuf accolé à la chaufferie du groupe de 1132 logements, qui a été modernisée et fournit l'eau chaude sanitaire en dehors des périodes de chauffage. Cette configuration offre la possibilité d’étendre la desserte du réseau de chaleur, avantage qui profite dès cet hiver à une résidence de 55 logements pour personnes âgées, ainsi qu'à un groupe de 200 logements de la Société Caennaise de Construction dont la chaufferie a été également transformée en sous station alimentée par le réseau de chaleur.
Au premier rang de ces avantages, pour les locataires, il faut souligner une baisse de 17 % des charges locatives, confirmée par Michel ANGER, directeur général de Caen Habitat lors de la présentation des résultats du premier hiver (partiel) de chauffe. Au passage, il s'est plu à souligner cette démonstration d'un meilleur respect de l'environnement qui va de pair avec des économies pour les usagers,
Une structure administrative ouverte sur l’innovation
L'opération aura coûté au total 22 millions de Francs (3,35 Millions d'Euros), dont 1 million [financé à40% par la Ville de Caen) pour la modernisation de la chaufferie au gaz.
Convaincus des avantages de la cogénération, les responsables de Caen Habitat veulent les exploiter à fond. Pour cela, il leur a fallu d'abord vaincre certaines pesanteurs administratives qui, sous couvert de respect des normes d'appel à la concurrence, a parfois bloqué toute velléité d'innovation. Ils ont donc imaginé un montage juridique qui préserve les intérêts de tous les partenaires et a obtenu la bénédiction des pouvoirs publics.
Tout d'abord, l'appel d'offres porte sur un contrat de gestionnaire de chaufferie avec des objectifs en matière d'amélioration de l'efficacité énergétique, réduction de pollution et réduction des coûts d'exploitation. Caen Habitat n'a pas donné de délégation de service public, mais simplement achète de la chaleur au lieu d'énergie à la société la Normande de Cogénération, crée pour l'occasion par Les Combustibles de Normandie, exploitant des installations et la Compagnie Générale de Chauffe. Cette société bénéficie d'un bail enphytéotique de 24 ans avec Caen Habitat et d'un contrat de 12 ans avec EDF.
Désormais bien engagée dans cette voie, Caen Habitat a lancé plusieurs projets d'application de la cogénération à d'autres groupes de logements dont elle la charge, ainsi qu'à certains ensembles gérés par la Société Caennaise de construction. Pour Denis Brocard, Directeur de la maintenance, toutes les possibilités techniques sont étudiées dans le cadre d'une politique générale de réduction des charges et des nuisances. La société s'intéresse en particulier à la petite cogénération, pour les ensembles de 50 à 60 logements, domaine où elle s'est inscrite au concours européen Europe (programme Thermie).
D'autre part, on examine également les possibilités d'installations de micro cogénération dont l'électricité (qui n'intéresse plus EDF à ce niveau) pourrait alimenter les services généraux de la ville.
Les responsables de Caen Habitat sont bien conscient de s'être engagés dans un domaine où la technique est en constante évolution. Aussi ont ils prévu une remise en concurrence en 2 005 des premiers contrats de cogénération, dans le cadre d'un appel d'offre qui stipule l’ouverture à d'autres sources d'énergie. Ce faisant, ils envisagent sérieusement l'emploi de piles à combustibles en cogénération, technique déjà utilisée dans les pays nordiques et en Amérique du Nord.
Article publié dans ENERGIE PLUS n°257 du 15 décembre 2000
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