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Publié le: 15 février 1999

Face à la concurrence qui va s’ouvrir, GAZ de France s’estime compétitif sur le marché national, mais il a lancé une politique d’alliances, notamment en amont et en aval de ses métiers traditionnels, afin de conforter sa dimension internationale.

D’après une étude qui vient d’être publiée par le consultant américain Standard & Pors DRI, l’ouverture du marché gazier à la concurrence en Europe de l’Ouest devrait conduire à un doublement de la consommation de gaz à l’horizon 2020. La compétition qui va s’ouvrir entre les anciens leaders sur ce marché estimé à 100 milliards de dollars par an et les nouveaux entrants pèsera sur les prix et tous les consommateurs, industriels ou domestiques, devraient voir leur facture baisser. S & P DRI identifie la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Grèce comme étant les marchés où les perspectives de développement sont les plus alléchantes, mais, conclut-il, les compagnies qui veulent rester veulent rester « sur le dessus du panier » doivent se préparer dès maintenant.

SE RENFORCER A L’INTERNATIONAL

C’est bien ce que fait Gaz de France. Son président, Pierre Gadonneix, porte un regard approbateur sur le projet de directive gaz adopté en décembre par les XV, qu’il estime « raisonnable et pragmatique » et qui, dit-il « respecte les préoccupations nationales, notamment celles de la France ». La directive n’est cependant qu’un aspect à ses yeux des bouleversements qui vont survenir dans les marchés de l’énergie et qui attirent –il les voit déjà arriver – de nouveaux compétiteurs internationaux et / ou multi-énergies. Face à cette perspective, GDF, s’il veut garder sa place de leader, se doit de développer ses activités à l’international. Mais il ne peut pas « faire tout, tout seul et tout de suite » et ce développement ne peut passer que par des alliances qui lui permettront de participer à des activités plus larges et d’acquérir de nouvelles compétences. GDF cherche en particulier vers l’amont à se procurer en propre des parts de gisements et à devenir ainsi producteur.

C’est ainsi qu’en janvier 97, GDF a signé un accord cadre avec Elf Aquitaine qui lui donne un accès au gaz de la Mer du Nord, puis en décembre de la même année, un autre accord avec Total, qui lui donne cette fois accès au gaz norvégien. Par ailleurs, jugeant que l’alliance entre le gaz et l’électricité était « pertinente », GDF et EDF ont conclu un accord de coopération, actif aussi bien en France qu’à l’international. Les deux partenaires ont d’ailleurs remporté un appel d’offre autrichien important, en Syrie, où ils ont pris le contrôle de la société Estag, qui fournit de l’électricité, du gaz et de la chaleur et qui représente à elle seule 22 % des activités énergétiques du pays. Enfin, GDF, par le biais de sa filiale Cofathec, vient de reprendre la filiale d’exploitation thermique de l’Italien AGIP, donnant ainsi à cette facette aval de ses activités une nouvelle dimension.

VALORISER LE RESEAU

Les alliances internationales ont d’ailleurs une autre justification : le marché unique va se concrétiser par un gonflement du transit du gaz en France, placée en situation de plaque tournante des réseaux gaziers européens. C’est un atout géographique remarquable à valoriser, mais le réseau de transport français, en permanence optimisé, ne dispose pas de surcapacité suffisante pour assurer ces nouveaux débits. D’où la nécessité, ici encore, de nouer des partenariats industriels pour financer le développement du réseau. Les deux premiers accords de ce nouveau type ont été conclu avec les Italiens SNAM et ENEL, le premier pour véhiculer le gaz britannique de Dunkerque vers l’Italie, le second pour alimenter l’électricien italien en GNL nigérian depuis Montoire. A partir du 1er janvier 2000, ils vont se traduire globalement par un transit supplémentaire de 9,5 milliards de m3 de gaz, dont la France pourra consommer environ un quart, un investissement de 4 milliards de francs et un chiffre d’affaires annuel de plus d’un milliard de francs pour GDF. Autres avantages de ces opérations : elles améliorent la sécurité d’approvisionnement en faisant intervenir deux fournisseurs supplémentaires (Grande-Bretagne et Nigeria) et elles représentent de l’investissement et des emplois en France… payés par les Italiens.

Le contrat avec l’ENEL est particulièrement original et complexe, puisqu’il met en scène six pays et sept opérateurs. L’ENEL a signé un contrat d’achat Take or Pay auprès du Nigeria, mais n’a jamais pu prendre livraison du gaz faute d’un terminal méthanier de taille suffisante pour accueillir les gros bateaux nigérians. Plusieurs milliards de dollars étaient en jeu et GDF a offert ses services pour résoudre le problème. Solution : 1,5 milliard de m3 de gaz algérien, acheté par la France, seront acheminés par petits méthaniers vers le terminal de Gênes ; le reste viendra de la Russie via une liaison qui passe par l’Autriche et sera transporté en Italie par la SNAM. Les Nigérians, eux, livreront leur gaz à Montoire, qui recevra ainsi 2 milliards de m3 par an supplémentaires (mais le terminal dispose d’une surcapacité, ayant été à l’origine dimensionné pour alimenter aussi la Belgique). Au bout du compte, l’Italie ne recevra pas une goutte de gaz nigérian !

UNE ORGANISATION COMMERCIALE ADAPTEE

Cela dit, GDF se prépare aussi en interne. Pierre Gadonneix a le sentiment qu, malgré les changements qui s’annoncent, le marché gazier européen continuera durablement de s’appuyer sur des contrats d’achat à long terme, car l’Europe a encore besoin d’infrastructures lourdes que seuls des contrats à court terme qui existent déjà en Grande-Bretagne où ils représentent 10 à 15 % des ventes. Il s’attend à un phénomène du même ordre de grandeur sur le continent, avec des effets importants car le prix à court terme peut influencer le prix à moyen terme. C’est pourquoi les activités internationales de GDF sont désormais séparées en une Direction du développement international, confiée à Philippe Jeunet, et une Direction de des approvisionnements gaziers, confiée à Jean Abitboul, qui a déjà l’expérience des marchés dérégulés.
Au plan commercial, la séparation des forces de vente sur le terrain de GDF et d’EDF est quasiment terminée, mais les servies communs de proximité, dont les Français se montrent satisfaits, subsisteront. Cependant, l’apparition des clients éligibles nécessite une organisation commerciale adaptée. Principe adopté : chaque client éligible aura un seul interlocuteur qui gérera la totalité de ses relations avec GDF.

Il faut enfin que GDF opère la séparation comptable de ses activités de stockage, transport et distribution, ce qui s’avère un problème complexe. Les financiers de l’établissement planchent en ce moment sur des questions comme : jusqu’à quelle finesse d’analyse des coûts descendre ? Quel niveau de péréquation pratiquer ? De quelle précision d’information a-t-on besoin, sachant que l’accès à l’information est parfois très cher, ils ont environ deux ans pour y répondre.

Article de Michel Hoëz paru dans Energie Plus n°200 du 15 février 1998

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